Laurent Berger, le nouveau visage de la CFDT

PORTRAIT Inconnu du grand public, homme de dossiers et de négociations, Laurent Berger, 44 ans, prend officiellement les rênes de la CFDT ce mercredi...

Avec Sipa

— 

Laurent Berger, le patron de la CFDT.
Laurent Berger, le patron de la CFDT. — DENIS CHARLET / AFP

Laurent Berger, 44 ans, prendra officiellement les rênes de la CFDT -quelque 800.000 adhérents- ce mercredi. Réfutant l'étiquette d'apparatchik que lui collent ses détracteurs, l'ancien militant de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) entend maintenir la ligne d'un syndicat «réformiste», porteur des attentes des salariés dans toute leur diversité, dans les petites comme les grandes entreprises.

«Quand on prend des responsabilités de ce type, il faut être un peu blindé sur ce qu'on peut entendre sur soi. Le terme apparatchik je le réfute. Les gens qui l'emploient, ça fait sans doute plus longtemps que moi qu'ils n'ont pas vu un salarié de près. Il y a un petit côté parisianiste», répond-t-il à Sipa. 

«J'ai mis les mains dans le cambouis»

«J'ai connu le chômage, j'ai été aussi remplaçant de prof. J'ai mis les mains dans le cambouis comme surveillant d'externat, dans l'aide à l'insertion. Si mettre les mains dans le cambouis, c'est taper sur de la tôle ou avoir un travail manuel, on ne va pas se raconter d'histoires. Mais il y a un certain nombre d'acteurs qui n'ont pas vu que le salariat avait bougé (...) que les salariés ont des parcours professionnels différents, et comme ils ont un parcours professionnel qui est différent ils ont un parcours syndical qui l'est aussi», poursuit-t-il. 

Né à Guérande (Loire-Atlantique) le 27 octobre 1968, d'une mère auxiliaire de puéricultrice et d'un père ouvrier des chantiers naval de l'Atlantique, catholiques de gauche et tous deux membres de la CFDT, il prend sa carte du syndicat en 1991, puis poursuit un temps son parcours militant à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) dont il sera secrétaire général pendant deux ans.

En 1996, il devient permanent à l'Union locale CFDT des Pays-de-Loire, puis sera élu secrétaire général de l'Union régionale sept ans plus tard en 2003, et intègre le bureau national de la CFDT. Remarqué par la direction confédérale, il est élu à la commission exécutive (le parlement du syndicat) en juin 2009. C'est lui qui négocie avec le patronat les accords interprofessionnels liés aux questions d'emploi, notamment des jeunes, ou à l'assurance-chômage. Il est secrétaire général adjoint de la confédération depuis 2012.

Un «climat externe extrêmement compliqué»

Avec Thierry Lepaon, futur secrétaire général de la CGT, «on est dans le même cas de figure», poursuit Laurent Berger. «Je n'ai jamais demandé de responsabilités, sauf quand j'ai souhaité être délégué du personnel dans ma boite, mais depuis on m'a sollicité à chaque fois pour me demander d'être responsable de l'union locale, permanent pour travailler sur les petites entreprises, ensuite être à l'union régionale, de venir à la commission exécutive et d'être secrétaire général. Moi là ou je pense pouvoir être utile j'y vais», affirme-t-il.

«François Chérèque passe la main au moment où l'organisation syndicale est dans un climat extrêmement positif», se réjouit Laurent Berger. La réforme des retraites de 2003, et la tempête interne provoquée par la signature de la CFDT avec, à la clé, le départ de milliers de militants, est désormais de l'histoire ancienne. Ce qui le réjouit moins en revanche, c'est le «climat externe extrêmement compliqué, qui est lourd», avec la crise, le chômage en hausse continue, les plans sociaux des entreprises, et des négociations sur la sécurisation de l'emploi qui sont difficiles avec le patronat.

Ce mercredi en fin de journée, François Chérèque lui confiera les rênes, lors d'une assemblée générale de la confédération, après dix ans de mandat comme secrétaire général.