Nouvelles rames du RER A: La Cour des comptes éreinte la gestion de la RATP

TRANSPORTS «Le Monde» s'est procuré son rapport très critique resté confidentiel depuis juin 2012...

C.P.

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Nicolas Sarkozy, lors de l'inauguration de la nouvelle rame du RER A, le 5 décembre 2011.
Nicolas Sarkozy, lors de l'inauguration de la nouvelle rame du RER A, le 5 décembre 2011. — BONAVENTURE -POOL/SIPA

Champions des négociations à la RATP? Sûrement pas, à en croire le rapport très sévère rendu au printemps par les sages de la Cour des comptes et révélé ce mardi par Le Monde.

Au cœur des critiques la «pratique contestable» et «peu efficace» de la régie de transport francilienne pour attribuer au meilleur prix le marché du renouvellement de 130 rames du RER A, dont 65 exemplaires traversent l'Ile-de-France d'est en ouest en passant par Paris depuis le 5 décembre 2011.

Méthodes farfelues

La commande passée en avril 2009 par la régie à Alstom-Bombardier n'a pas permis de faire jouer «ouvertement la concurrence», souligne le rapport.  En cause: la volonté du  PDG de la RATP, Pierre Mongin de commander «un matériel aussi proche que possible» des trains déjà en service sur la ligne, et construits par le groupement Alstom-Bombardier, explique la Cour. «L'industriel a pu faire des propositions rapidement. Ce qui l'a "favorisé" au détriment de concurrents potentiels. Aucun n'a présenté d'offre alternative», note Le Monde.

La Cour des comptes dénonce également la méthode de négociation farfelue et peu efficace de la RATP. L’idée: dissimuler la vérité des prix à son conseil d'administration en diffusant «des coûts prévisionnels très inférieurs à l'estimation réelle», et ce «en toute connaissance de cause».  Un leurre qui était censé selon la direction de l’entreprise «dissuader les industriels de présenter des offres trop chères», indique le rapport.

Du bluff qui tourne au bide

Un échec total: alors que l'estimation établissait le coût par train à 20 millions d'euros, lors de la signature du marché en 2009, l'offre réelle d'Alstom a atteint plus de 25,8 millions d'euros par train. Pire, ce bluff sur les prix «a privé la Régie d'une partie du financement qu'elle pouvait espérer du STIF», le Syndicat des transports d'Ile-de-France, qui avait «pour la première fois » accepté de «cofinancer un programme majeur d'acquisition de matériel».

Après s’être engagé à payer la moitié du marché sur la base du coût prévisionnel annoncé par la RATP en 2008, c'est-à-dire à verser 650 millions d'euros, le STIF a en effet refusé de revoir sa contribution à la hausse quand le prix réel total a été réévalué à 2 milliards d'euros en 2012. Le STIF promet toujours de verser 650 millions d'euros, ne supportant ainsi que 37% du cout total au lieu des 50% promis. Reste 1,35 milliard d'euros à la charge de la RATP.