Budget européen: cure d'austérité forcée pour les fonctionnaires

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Vilipendés par le Premier ministre britannique, les fonctionnaires européens pourraient faire les frais d'un accord sur le budget pluriannuel 2014-2020, avec pour conséquence un renforcement du rôle des Etats au détriment des institutions, déplore la Commission européenne.
Vilipendés par le Premier ministre britannique, les fonctionnaires européens pourraient faire les frais d'un accord sur le budget pluriannuel 2014-2020, avec pour conséquence un renforcement du rôle des Etats au détriment des institutions, déplore la Commission européenne. — John Thys afp.com

Vilipendés par le Premier ministre britannique, les fonctionnaires européens pourraient faire les frais d'un accord sur le budget pluriannuel 2014-2020, avec pour conséquence un renforcement du rôle des Etats au détriment des institutions, déplore la Commission européenne.

Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a annoncé son intention de les mettre à contribution dans la nouvelle proposition de compromis qu'il va soumettre aux dirigeants de l'UE lors du prochain sommet consacré au budget au début de l'année 2013.

Mais il entend prendre son temps. "On ne peut pas improviser, car il s'agit de personnes et d'emplois", a-t-il précisé vendredi dernier après avoir acté l'échec du sommet consacré au budget.

Très offensif, le Premier ministre britannique, David Cameron, est revenu à la charge lundi devant la Chambre des députés à Londres.

"L'accord n'a pas été trouvé car les coupes proposées n'étaient pas suffisantes", a-t-il expliqué.

"Aucun euro d'économie n'a ainsi été proposé sur les coûts bureaucratiques de la Commission européenne", a-t-il attaqué.

"Faux", a réagi Koen Doens, le chef du service des porte-parole de la Commission européenne, dans une réponse via son compte twitter. "Des économies de l'ordre de 8 milliards sur les dépenses administratives sont en cours d'exécution", a-t-il affirmé.

La Commission européenne est sur la défensive. Elle emploie 33.000 des 56.000 fonctionnaires de l'UE et entend défendre "un recrutement très qualifié et géographiquement diversifié" pour négocier avec les Etats sur un pied d'égalité.

Pour contrer les affirmations de David Cameron, elle a diffusé un comparatif montrant que les fonctionnaires britanniques sont mieux rémunérés, travaillent moins et ont une retraite plus avantageuse que les fonctionnaires européens.

Mais le Premier ministre britannique n'est pas isolé.

"On ne peut pas dire à tout le monde +serrez votre ceinture+ et prendre de l'embonpoint", a déclaré le Premier ministre socialiste belge Elio di Rupo, un Européen convaincu pourtant.

"La Commission a fait très fort dans ses demandes" pour le budget administration des institutions, passé de 57 milliards pour la période 2007-2013 à 63 milliards pour le budget 2014-2020, a souligné un négociateur européen.

"Le Royaume-Uni demande de le geler à 57 milliards, l'Allemagne à 58 milliard et la France à 60 milliards", a-t-il précisé.

Le président de la Commission européenne José Manuel "Barroso a catégoriquement refusé" tout au long des négociations, a-t-il indiqué.

"Mais il ne serait pas raisonnable que l'administration européenne ne fasse pas d'efforts, notamment sur ses dépenses pour les bâtiments et sur les missions et voyages", a commenté ce négociateur.

David Cameron chiffre les économies à 7 milliards d'euros grâce à une réduction de 10% des traitements, l'arrêt des promotions automatiques et une réforme des retraites.

La marge d'économie est beaucoup plus faible, estime le négociateur européen. L'enveloppe administration représente 6% du budget européen. La moitié sert aux rémunérations et retraites.

Les vraies coupes seront réalisées en redimensionnant l'enveloppe des actions extérieures et celle demandée pour les infrastructures, a-t-il insisté.

Mais "taper l'administration relève du symbole pour David Cameron et lui donner satisfaction pourrait permettre de débloquer un accord", a-t-il expliqué.

José Manuel Barroso ne veut pas rendre les armes, car il voit dans cette attaque une "volonté d'affaiblir la Commission européenne" face aux Etats et au secteur privé en la privant de moyens pour recruter et conserver ses élites, soutient son entourage.