Comment faire (vraiment) baisser les prix dans l'optique

BUDGET Le débat fait rage alors que le gouvernement veut «réguler le prix des lunettes» en favorisant notamment les réseaux d’opticiens agréés des complémentaires santé...

Claire Planchard

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Les changements touchent aussi à la santé, domaine où les ménages pauvres se restreignent "significativement plus" que les autres. 31% ont renoncé à des soins dentaires (contre 15% des ménages en général) et 22% à des soins optiques.
Les changements touchent aussi à la santé, domaine où les ménages pauvres se restreignent "significativement plus" que les autres. 31% ont renoncé à des soins dentaires (contre 15% des ménages en général) et 22% à des soins optiques. — Stephane de Sakutin AFP/Archives

«Mieux encadrer la tarification» des lunettes. C’est l’une  des priorités annoncées  fin octobre par la ministre de la santé Marisol Touraine. Le chantier démarrera mercredi, avec l’examen à l’Assemblée d’un texte visant à autoriser les mutuelles santé à mieux rembourser leurs adhérents lorsqu'ils se font soigner par des professionnels agréés dans le cadre de réseaux de soins.

Le principe de ces réseaux est simple: demander aux opticiens de réduire leurs marges en contrepartie de la garantie d’un volume de clientèle supérieur. «Le nombre de magasins d’optique a presque doublé en dix ans en France, ce qui a réduit leur productivité à trois équipements par jour en moyenne. Plus on a créé de magasins, plus on a vu le panier moyen du client augmenter», analyse Christian Py, membre du bureau de la Mutualité française.

Des réseaux 20 à 50% moins chers

Selon un rapport publié par l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) en juillet, ces réseaux affichent des tarifs de 20 à 50% plus bas que les tarifs catalogues sur l’optique. «Plus l'équipement est cher plus l'écart constaté est important. Dans 35% des cas, le reste à charge oscille entre 100 et 200 euros mais dans majorité des cas, il tend vers zéro», précise Christian Py.

Bien mais insuffisant, rétorquent les associations de patients. «Le vrai problème c’est que les complémentaires n'ont jamais vraiment fait baisser le prix des lunettes», estime Christian Saout, le président du Collectif interassociatif sur la santé (CISS). «La preuve c 'est qu’elles remboursent des offres du type ‘3 paires pour le prix d'une’. Ce qui signifie que ces lunettes sont au moins trois fois trop chères parce qu'il est certain que l'on ne vous en fait pas cadeau!» assure-t-il

Un secteur insuffisamment concurrentiel

«La baisse des coûts de l'optique n'est pas centrale dans la stratégie de développement de ces réseaux de soins des complémentaires santé car le remboursement de l'optique est un produit d'appel pour séduire de nouveaux assurés», avance également Olivier Babeau, professeur à l’université Paris VIII. Pour lui, seule une véritable ouverture à la concurrence du marché, notamment aux acteurs du Web permettra une véritable baisse des prix. Grâce à des marges divisées par deux et des frais d’exploitation réduits, le site de ventes de lunettes en ligne Happyview assure par exemple proposer des produits «2,5 à 4 fois moins chers que les opticiens classiques en fonction du modèle».

Une offre alternative, qui est toutefois freinée en France par des obstacles culturels mais aussi commerciaux. «Les fabricants de verre nous interdisent de dire qu’ils nous fournissent car les grands réseaux d’optique les menacent de ne plus travailler avec eux», confie Marc Adamowicz, président fondateur d’Happyview.

Un double jeu, doublement gagnant pour les verriers, qui contribueraient aussi grandement à l’inflation tarifaire dans le secteur. «Ils mènent un lobbying intense pour vendre le plus cher possible des verres aux innovations technologiques parfois douteuses», souligne Christian Py. «C'est un système totalement opaque pour le consommateur qui ne peut constater le résultat du verre qu'une fois monté. Alors que pour la plupart des corrections légères, un verre standard serait suffisant», estime-t-il. 

Le coût des lunettes à la loupe

Trop chères, les lunettes? Le constat fait désormais l'unanimité. Alors que le budget moyen atteint 277 euros pour un équipement avec des verres unifocaux et 590 euros une monture équipée des verres progressifs, la prise en charge de la sécurité sociale se limite aujourd’hui à environ 4% et celle des complémentaires santé à 66%. Résultat, le reste à charge pour le porteur de lunettes atteint en moyenne 29% du prix total, selon une étude du ministère de la Santé.

Un montant excessif qui pousserait plus de deux millions de Français chaque année à renoncer ou à reporter leurs soins d’optique pour des raisons financières, selon l’Institut de recherche sur l’économie de la santé (Irdes).

Sans surprise, 90% des porteurs de lunettes souscrivent donc à une mutuelle pour couvrir au mieux ces dépenses. A l’heure où deux Français sur 3 portent des lunettes correctrices, on mesure derrière l’enjeu de santé publique, l’enjeu commercial pour les opticiens et assurances complémentaires qui bataillent sur ce marché estimé en 2011 à une dépense totale 5,329 milliards d’euros selon l’Irdes.