Stéphane Richard: «Orange se bat pour encaisser le choc»

INTERVIEW Stéphane Richard, PDG d'Orange, a reçu «20 Minutes» pour faire le point sur l'évolution du secteur depuis l'arrivée de Free sur le marché du mobile en France et discuter des projets à venir...

Propos recueillis par Bertrand de Volontat
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Le PDG de France Telecom-Orange Stéphane Richard à Paris le 7 novembre 2011.
Le PDG de France Telecom-Orange Stéphane Richard à Paris le 7 novembre 2011. — WITT/SIPA

Depuis l’entrée de Free sur le marché du mobile français, il y a un an, les opérateurs historiques ont dû revoir totalement leur stratégie. Au prix de coupes budgétaires, de pertes de revenus et de suppressions d’emplois. La 4G et la vague d’innovation redonnent le sourire à Orange, qui doit désormais préparer l’avenir. Stéphane Richard, son PDG, confie à 20 Minutes le plan d’attaque et les dégâts causés par cette entrée du trublion low-cost dans le secteur.

Un an après l’arrivée de Free, comment se porte Orange?

Orange se bat pour encaisser le choc et a mieux résisté que les autres acteurs historiques. On finit l’année avec presque autant de clients qu’on l’a commencée, mais la forte baisse des prix nous procure moins de marges, de chiffre d’affaires, de ressources, donc moins de moyens pour investir et innover. C’est une année d’adaptation mais nous préservons deux axes en priorité: l’emploi et l’innovation, notamment avec l’arrivée de la 4G. Nous n’avons pas attendu Free pour connaître la concurrence. C’est une réalité depuis vingt ans et nous n’avons jamais été en situation de monopole sur le mobile. Le marché était déjà concurrentiel avant Free. Aujourd’hui, notre activité ne se limite pas au mobile en France, nous sommes présents notamment sur le fixe dans 35 pays différents, où nous réalisons 75% de notre chiffre d’affaires. Heureusement pour nous.

Mais l’impact sur l’emploi dans le secteur est réel?

Il n’y aura pas de licenciements ni de plan de départs à l’horizon 2015. Toutefois, nous ne pourrons pas recruter comme nous ne le voudrions, nous ne remplacerons sur cette période qu’un emploi sur deux/trois, à savoir 4.000 recrutements en CDI -c’est l’effectif de Free en France tout de même- pour 9.000 départs naturels, les départs à la retraite notamment.

Selon une étude commandée par Free, son arrivée dans le mobile aurait permis de créer entre 16.000 et 30.000 emplois. Vous partagez ces conclusions?

Sur le secteur, les suppressions de postes sont certaines. Le raisonnement de l’étude commandée par Free selon lequel les prix bas libèrent du pouvoir d’achat et permettent la création de 16.000 à 30.000 postes est faux. Nous voyons bien en cette période de crise que les Français épargnent beaucoup plus et s’ils consomment plus, ce sont pour acquérir des produits manufacturés hors de France.

L’arrivée de Free a donc des dommages collatéraux? 

Le timing de la décision de faire entrer un quatrième acteur sur le marché du mobile a été catastrophique. Lancer un opérateur avec une stratégie de guerre des prix sur un marché saturé, c’était prendre un risque énorme sur le tissu industriel. Regardez l’impact sur Bouygues et SFR avec leurs plans sociaux mais aussi sur les sous-traitants ou les équipementiers comme Alcatel-Lucent.

Rapatrier les centres d’appel en France comme le souhaite le gouvernement, est-ce viable?

Nous n’avons pas de centre d’appels à l’étranger, nos sous-traitants oui. Je comprends la logique du gouvernement de vouloir recréer de l’emploi mais c’est difficile. Notamment d’un point de vue de la disponibilité 24h/24 et 7j/7, en termes de législation du travail mais aussi d’attente du consommateur.

Pour résister, le secteur des télécoms doit-il se concentrer?

La logique de consolidation se tient. Les rumeurs sur un rapprochement entre SFR et Numéricâble en sont l’illustration. Mais je suis dubitatif quant à la concrétisation de ce type de projet en raison des règles de concurrence. Nous serons très vigilants au respect de ce principe, c’est un message très clair.

Mais pourtant, vous avez signé un accord d’itinérance avec Free pour faciliter son arrivée sur le marché. Le contrat se poursuivra-t-il avec la 4G? 

Ce n’est pas à l’ordre du jour. Celui en cours sur la 2G et la 3G reste temporaire en attendant qu’Iliad –la maison-mère de Free– installe son propre réseau. Ça ne se prolongera pas, sinon Free n’est plus un opérateur, c’est un opérateur virtuel (MVNO).

Concernant les tarifs,  peut-on aller plus encore plus bas?

Le prix moyen de l’illimité est de 20 euros. Nous sommes déjà aux prix les plus bas! Nous sommes à ce jour le pays le plus low-cost. Ceux qui zappent d’un forfait à l’autre, d’un opérateur à l’autre, pour un euro de différence, représentent une minorité. Mais nous avons des clients dans toutes les gammes de prix. Demain, pour la 4G et les services premium, il faudra certes payer quelques euros de plus.

Comment justifiez-vous auprès de vos clients qu’ils aient payé plus cher pendant des années un forfait dont le tarif a subitement fondu cette année?

Ces prix permettaient de plus investir et de verser plus d’impôts. La baisse des tarifs nous permet de rester compétitifs. Mais les Français paieront la différence autre part car les rentrées fiscales pour l’Etat sont moindres. Aujourd’hui, par exemple, le financement de la fibre, c’est 30 milliards d’euros et nous avons moins de ressources pour avancer. Il faut comprendre que nous n’étions pas riches avant.