Pacte de compétitivité: A quelles entreprises va-t-il profiter?

MESURES Moody's a dégradé la France, notamment en raison de sa perte de compétitivité. Reste à savoir si les mesures présentées par le gouvernement pour la restaurer changeront la donne et à qui elles profiteront...

Céline Boff

— 

Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, et Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, lors de l'inauguration de la 20e Conférence nationale pour l'industrie
Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, et Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, lors de l'inauguration de la 20e Conférence nationale pour l'industrie — WITT/SIPA

«Une perte de compétitivité continue». C’est l’une des raisons avancées par Moody’s pour retirer à la France son triple A, le 20 sur 20 version finance. Et la sanction aurait pu être plus sévère, explique un analyste de cette agence, si le pays n’avait pas présenté le 6 novembre dernier son «pacte pour la compétitivité». Et surtout sa mesure phare: un allégement du coût du travail de 20 milliards d’euros pour les entreprises, sur trois ans. 

Ce «crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi» (CICE) doit être effectif dès 2013. Selon quelles modalités? C’est le casse-tête que cherchent à résoudre les technocrates de Bercy. Car l’enjeu est de s’assurer que les entreprises utiliseront bien ce pactole pour investir et/ou embaucher.

GDF sera le premier bénéficiaire

Seules certitudes pour le moment: les allégements de cotisations sociales porteront sur les salaires inférieurs à 2,5 smic, soit à 3.500 euros brut mensuels, et ils dépendront du nombre de salariés. Ce qui favorise de fait les grandes entreprises. D’après Natixis, en l’état actuel, les premiers bénéficiaires de ces allégements en 2014 seront GDF (119 millions d'euros), suivi d’EDF (110 millions), de Vinci (82 millions), de Carrefour (75 millions) et enfin de Peugeot (72 millions).

Or, à l’exception de Peugeot, ces groupes ne sont pas réellement soumis à la concurrence internationale et sont donc peu concernés par la question de la compétitivité. Utiliseront-ils cette manne pour renforcer leurs recrutements? Certains redoutent qu’ils en profitent pour multiplier les investissements à l’étranger ou pour accroître les dividendes de leurs actionnaires.

C’est notamment les craintes de la CGT, qui rappelle que depuis 2003, les entreprises ont donné davantage d’argent à leurs actionnaires qu’à leurs investissements. Et que la somme des dividendes a été multipliée par vingt depuis les années 1980, quand celle de la masse salariale a été multipliée par 3,6.

Le commerce et la construction favorisés

Pour éviter ce type de dérives, rappelons que les entreprises seront contraintes de présenter à leur comité d’entreprise la manière dont elles utilisent les marges créées par le CICE. Et qu’un comité de suivi sera installé par l’Etat pour évaluer à intervalles réguliers, avec les partenaires sociaux, le bon fonctionnement du dispositif.

Pour l’institut COE-Rexecode, si le gouvernement choisit de concentrer les allégements principalement sur les bas salaires, soit entre un et deux smic, le premier bénéficiaire du CICE sera l’industrie. Qui en a bien besoin. Mais ce serait le commerce et la construction qui profiteraient de l’impact le plus élevé en termes de réduction du coût salarial, puisqu’ils rémunèrent moins leurs salariés. Et ces secteurs ne sont pas ceux qui se révèlent les plus exposés à la concurrence internationale…

Une «énorme usine à gaz en construction»

Bercy a donc du pain sur la planche pour faire en sorte que son CICE favorise bien la compétitivité, l’investissement et l’emploi. D’autant que les attaques se multiplient déjà, comme celle de l’économiste Thomas Piketty, qui signe ce mardi une tribune dans Libération. Il y parle du CICE comme d’une «énorme usine à gaz en construction» qui serait «l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire: au lieu de se lancer dans une réforme de fond des cotisations sociales, ce qui aurait demandé courage et détermination au gouvernement comme aux partenaires sociaux, on contourne l’obstacle en ajoutant une couche de complexité sur un système fiscalo-social qui en comporte déjà beaucoup trop».

Oui mais voilà: le temps du politique n’est pas celui des marchés, ni des agences de notation. Et la finance veut aller vite… Tout comme le patronat. Le Medef exige que le CICE soit mis en œuvre dès le 1er janvier 2013. «Ce signal doit être donné d'ici à la fin de l'année. Car une telle perspective de réduction de charges peut orienter d'une manière différente les budgets d'entreprise qui sont en train d'être finalisés. Par ailleurs, nous n’accepterons aucune condition dans l'application de ce crédit d'impôt», a déclaré ce mardi Laurence Parisot, patronne du Medef, lors de son point presse mensuel.