Télécoms: Les prix doivent-ils continuer à baisser?

TELEPHONIE Les syndicats de la filière organisaient mardi une journée de mobilisation pour protester contre les destructions d'emploi annoncées dans le secteur depuis l'arrivée de Free sur le marché...

Claire Planchard
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Xavier Niel, le fondateur d'Iliad, lors de la présentation des offres Free Mobile, le 10 janvier 2012.
Xavier Niel, le fondateur d'Iliad, lors de la présentation des offres Free Mobile, le 10 janvier 2012. — Jacques Brinon/NBC/AP/SIPA

Toujours moins cher, toujours plus longtemps. Depuis le lancement des offres Free Mobile en janvier, le secteur des télécoms se livre à une surenchère de prix cassés sur le marché des abonnements mobiles.

Dernière offensive en date: les deux nouvelles offres B&You, le service low cost de Bouygues Télécom, présentées comme encore plus compétitives que celles du champion Free Mobile.

Une guerre des prix «paradoxale»

Une fuite en avant qui inquiète les syndicats alors que l’opérateur a annoncé la suppression de 556 postes. «C’est alarmant, on ne sait pas comment on va pouvoir continuer à financer les investissements et payer les salariés avec des prix aussi bas. On ne sait pas où cette guerre va nous mener», confiait mardi catastrophé, Azzam Ahdab, délégué central CFDT de Bouygues Télécom.

«Cette logique de guerre des prix est très paradoxale», confirme Henri Tcheng, spécialistes des télécoms au sein du cabinet Bearing Point. «Le coût variable d’une communication est en pratique extrêmement faible donc dans une telle logique de court terme on pourrait continuer à casser les prix si on arrête de subventionner les téléphones. Mais on oublie qu’il faut rémunérer les investissements dans son réseau, des investissements qui ne sont encore pas amortis dans le 3G et qu’il va falloir accélérer dans la 4G», souligne-t-il.

Montée en gamme et consolidation 

Pour financer ces investissements, pas d’autre solution selon les experts que de sortir de cette spirale low-cost. «Offrir des terminaux subventionnés ne suffit pas, cela dope les ventes mais ça coûte cher. Les opérateurs doivent aussi offrir du service téléphonique et pour cela développer leurs réseaux et des offres complémentaires et premiums de niche comme le cloud ou les services en ligne de télésurveillance», estime Edouard Barreiro, responsable des nouvelles technologies chez UFC-Que Choisir.

Une montée en gamme tirée par la 4G qui pourrait permettre aux opérateurs historiques de se refaire une santé financière et de «ringardiser» l’offre 3G low cost de Free Mobile, selon Henri Tcheng.

Autre possible facteur de stabilisation des prix: une probable consolidation du marché dans les années à venir. «Il n’y a pas la place pour quatre opérateurs profitables sur le marché français et il y  a donc une forte probabilité de fusion de deux opérateurs ou de mutualisation de leurs infrastructures de réseaux 4G » estime Henri Tcheng. Des spéculations sur un mariage Free-SFR,  notamment relancées fin octobre par Natixis.

Des emplois durablement fragilisés ?

Cela suffira-t-il à récréer les emplois sacrifiés en France, en interne comme en externe, sur l’autel de la compétitivité prix? Sur ce point, les syndicats restent prudents. «Il est évident que Free est utilisé comme un prétexte pour supprimer des emplois chez SFR. On ne voit pas pourquoi restaurer les marges, suffirait améliorer la situation sociale aujourd’hui», confiait mardi Olivier Lelong, délégué central CFDT de SFR.

«La situation de l’emploi dans les télécoms n’est pas liée seulement à Free mais à notre désert industriel», estime pour sa part Edouard Barreiro: «Les hausses de pouvoir d’achat dégagées par ces baisses de tarifs ne sont pas réimportées en France. Les consommateurs les utilisent pour acheter des téléphones Apple ou Samsung.  Les opérateurs ont aussi une responsabilité car leur riposte à l'arrivee de Free est un investissement dans des équipements 4G ou 3G qui viennent d’Asie et non pas dans ceux d’Alcatel Lucent». Une petite pique à la toute dernière diatribe anti-casse des prix lancée par  le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, dans une interview accordée lundi  à L’Usine Nouvelle.