Etats-Unis: C'est quoi le «mur fiscal»?

ECONOMIE Si aucun accord sur les impôts et les dépenses n'est trouvé avant le 31 décembre, l'économie pourrait bien faire boum...

Philippe Berry

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Barack Obama parle du «mur fiscal», le 9 novembre 2012.
Barack Obama parle du «mur fiscal», le 9 novembre 2012. — K.LAMARQUE/REUTERS

C'est le premier gros dossier d'Obama: éviter l'Armageddon du «fiscal cliff» (mur fiscal en VF). Si aucun accord n'est trouvé au Congrès avant la fin de l'année, les Etats-Unis feront face à une double peine: une hausse brutale des impôts et une forte baisse des dépenses. Un remède de cheval qui pourrait replonger le pays dans la récession. Explications.

C'est quoi le «fiscal cliff»?

Au sens propre, la «falaise fiscale», un terme popularisé par le patron de la Fed, Ben Bernanke, l'épilogue potentiellement dramatique d'un feuilleton qui dure depuis plus de 10 ans. Tout commence en 2001. George W. Bush baisse les impôts pour tout le monde, y compris les plus riches. La date d'expiration est fixée à 2011. Mais en plein milieu de la récession, les Etats-Unis doivent augmenter le plafond de la dette, pour emprunter davantage. Un compromis temporaire est donc trouvé: remontons le plafond et prolongeons les baisses d'impôts. Avec un fusible de sécurité destiné à réduire les déficits sur le long terme: si aucun accord global n'est trouvé par la suite, la baisse des dépenses sera brutale et automatique, avec des coupes massives à la fois dans la défense (pour faire peur aux républicains) et les programmes sociaux (pour effrayer les démocrates). Une dissuasion nucléaire fiscale, en quelque sorte.

Et concrètement?

Il s'agit d'une double peine pour une reprise déjà fragile. Avec d'un côté une hausse des impôts, jusqu'à 3.500 dollars par an pour une famille type. Et de l'autre une baisse automatique des dépenses de plusieurs centaines de milliards de dollars, qui affecterait tous les secteurs et dont souffrirait particulièrement les plus démunis.

Des hausses d'impôts et moins de dépenses, n'est-ce pas ça la rigueur?

En partie. La plupart des économistes sont d'accord: sur le long terme, davantage de revenus et moins de dépenses sera la seule voie permettant d'avoir une base budgétaire saine. Mais à court terme, la croissance serait affectée (avec une baisse des projets publics, notamment sur les infrastructures, et un ralentissement de la consommation) et le chômage repartirait à la hausse vers les 9%.

Quelle issue possible?

C'est la grande inconnue. L'élection du 6 novembre n'a rien changé: les démocrates contrôlent la Maison Blanche et le Sénat, et les républicains, la Chambre. Le temps presse, avec une semaine de vacances à la fin du mois pour Thanksgiving, avant les fêtes de fin d'année. Le Congrès pourrait décider de de prolonger la situation actuelle de quelques mois, le temps de négocier un bon accord. Obama veut augmenter les impôts pour les plus riches, ce que les républicains ont toujours refusé jusqu'à présent. Ces derniers réclament une vaste remise à plat des dépenses, y compris sur des programmes jusqu'ici protégés comme les retraites ou la santé des seniors. Chez les démocrates, certains, comme Howard Dean, conseillent de foncer dans le mur un bref instant début 2013, histoire de mettre la pression sur les républicains pour les faire capituler sur la question des impôts. Car cette fois, c'est le parti conservateur qui se trouve dans une position inconfortable: il court le risque de perdre le contrôle de la Chambre lors de l'élection de mi-mandat, en 2014.