EADS craint un retour des ingérences étatiques

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Après avoir souffert à sa naissance des ingérences de la France, le géant européen de l'aéronautique et la défense EADS a demandé jeudi à l'Allemagne, son futur actionnaire, de respecter son indépendance.
Après avoir souffert à sa naissance des ingérences de la France, le géant européen de l'aéronautique et la défense EADS a demandé jeudi à l'Allemagne, son futur actionnaire, de respecter son indépendance. — Joel Saget afp.com

Après avoir souffert à sa naissance des ingérences de la France, le géant européen de l'aéronautique et la défense EADS a demandé jeudi à l'Allemagne, son futur actionnaire, de respecter son indépendance.

L'Allemagne, qui s'est opposée il y a un mois à ce qu'EADS fusionne avec le fabricant d'armes britannique BAE Systems, s'apprête à entrer au capital du groupe pour maintenir l'équilibre avec la France.

En se gardant de nommer l'Allemagne, le directeur financier d'EADS, Harald Wilhelm, a exprimé le souhait que les nouveaux actionnaires "aient à coeur de protéger les intérêts de la société, sa capacité de grandir, d'exécuter des programmes, et de préserver les intérêts des actionnaires privés".

La France, l'Allemagne et l'Espagne contrôlent directement ou indirectement un peu plus de 50% du capital du géant européen, maison mère d'Airbus. Le reste des actions est détenu par des investisseurs privés, américains, français et britanniques principalement.

Le constructeur automobile Daimler, qui représente jusqu'à présent les intérêts allemands, souhaite se retirer et le gouvernement fédéral s'apprête donc à racheter jusqu'à 15% des parts.

Or ce futur actionnaire n'hésite pas à exercer de fortes pressions sur le groupe, lui reprochant de ne pas suffisamment prendre en compte ses intérêts nationaux. C'est apparemment la raison de son veto à la fusion avec BAE, dont il ne s'est jamais expliqué.

Les dirigeants du groupe craignent qu'une fois entrés au capital, les représentants de l'Allemagne "soient beaucoup plus interventionnistes et tatillons", explique-t-on de source proche d'EADS.

Le gouvernement fédéral insiste notamment sur la parité avec la France dans les créations d'emplois et les sites industriels et de recherche. Il n'a pas digéré que le nouveau patron d'EADS, l'allemand Tom Enders, transfère à Toulouse la direction du groupe jusque-là éclatée entre Paris et Munich.

Rappel à l'ordre

Berlin refuse ainsi de verser une tranche de 600 millions d'euros d'avances remboursables dues pour le développement du futur long-courrier A350 XWB, qui doit entrer en service fin 2014.

"Notre trésorerie se porterait mieux si l'Allemagne avait payé", a reconnu M. Wilhelm lors d'une conférence téléphonique avec les analystes.

Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault a implicitement rappelé l'Allemagne à l'ordre le 23 octobre sur ce point. "Il est essentiel que les engagements soient intégralement tenus", a-t-il lancé.

Berlin devra bien parvenir à un accord avec Paris.

En effet, en vertu du droit néerlandais qui régit EADS (son siège social est à Amsterdam), l'Allemagne peut acquérir les parts de Daimler mais pas ses droits de vote, à moins d'un arrangement avec la France, expliquent les conseils d'EADS.

Des contacts sont en cours entre les deux pays, sans qu'EADS soit nécessairement tenu au courant, ce qui peut expliquer la déclaration du directeur financier.

EADS s'alarme d'autant plus de l'attitude de Berlin que ce groupe, créé en 2000 par apport des actifs industriels de la France et de l'Allemagne, a longtemps souffert de leurs ingérences.

Le président français Jacques Chirac avait imposé son homme à la direction, déclenchant des luttes d'influence qui avaient empoisonné le climat de l'entreprise et débouché sur une crise grave en 2007.

Un compromis franco-allemand avait mis fin aux directions bicéphales et permis d'enterrer la hache de guerre.

Tom Enders et le français Louis Gallois, auquel il a succédé en juillet, avaient depuis réussi à gérer l'entreprise en fonction des compétences et non des nationalités. Le personnel d'EADS, très fier de cet esprit d'entreprise, sans équivalent en Europe, craint de le voir disparaître.