Les groupes allemands se serrent la ceinture pour se préparer à 2013

CRISE Siemens ne fait que suivre une tendance de fond en Allemagne depuis le début du second semestre...

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Siemens ne fait que suivre une tendance de fond en Allemagne depuis le début du second semestre. Dans l'automobile par exemple, Daimler a annoncé fin octobre son intention de réduire ses coûts de 2 milliards d'euros d'ici fin 2014 dans sa division voitures.
Siemens ne fait que suivre une tendance de fond en Allemagne depuis le début du second semestre. Dans l'automobile par exemple, Daimler a annoncé fin octobre son intention de réduire ses coûts de 2 milliards d'euros d'ici fin 2014 dans sa division voitures. — Michele Tantussi afp.com

Alors qu'elles ont dans l'ensemble bien résisté à la crise européenne au troisième trimestre, aidées par leur présence internationale, les grandes entreprises allemandes se serrent la ceinture pour se préparer à une année 2013 qui s'annonce difficile.

Leur tour de vis s'inscrit dans un contexte de ralentissement de l'économie chinoise et d'une reprise encore timide aux Etats-Unis, deux marchés qui ont jusqu'ici permis à la plupart des poids lourds allemands de résister à la récession qui frappe la zone euro.

"Le recul de la production et du chiffre d'affaires au quatrième trimestre sera important, et les entreprises allemandes le savent", a déclaré à l'AFP le stratégiste actions Heino Ruland de Ruland Research.

Le conglomérat industriel Siemens a ainsi annoncé jeudi vouloir économiser 6 milliards d'euros sur ses deux prochains exercices annuels.

Ce vaste programme "aura un impact" sur les effectifs du groupe, a admis son patron Peter Löscher, sans vouloir le détailler davantage pour le moment.

Siemens ne fait que suivre une tendance de fond en Allemagne depuis le début du second semestre. Dans l'automobile par exemple, Daimler a annoncé fin octobre son intention de réduire ses coûts de 2 milliards d'euros d'ici fin 2014 dans sa division voitures.

Dans le secteur bancaire, confronté à une conjoncture morose, à un contexte de taux d'intérêts bas et des exigences réglementaires accrues, Deutsche Bank et Commerzbank préparent aussi des plans d'économies conséquents.

Deutsche Bank compte réduire ses coûts annuels de 4,5 milliards d'euros d'ici 2015. Dans sa division de banque d'investissement, 1.900 postes ont déjà été condamnés cette année. Commerzbank, qui prévoit de se concentrer sur son coeur de métier, envisage de réduire d'environ 10% ses effectifs, soit entre 5.000 et 6.000 salariés, selon le journal Die Zeit.

La compagnie aérienne Lufthansa a quant à elle décidé d'intensifier encore ses mesures d'économies, alors qu'elle vise déjà la suppression de 3.500 postes dans ses services administratifs.

pas de saignée en termes d'emplois

Dans la chimie, le numéro un mondial BASF compte économiser environ un milliard d'euros par an d'ici fin 2015. Et le producteur de gaz industriels Linde, en dépit d'un excellent troisième trimestre, a annoncé un nouveau plan d'économies courant de 2013 à 2016, devant lui permettre de réduire sa facture de 750 à 900 millions d'euros.

"Cela va contribuer à consolider notre forte rentabilité dans un environnement délicat", a expliqué son patron, Wolfgang Reitzle.

La réduction des coûts n'est cependant pas un phénomène nouveau pour les entreprises allemandes, qui "savent qu'elles doivent s'adapter continuellement aux nouvelles conditions économiques car elles sont en compétition au niveau mondial", notamment avec les entreprises américaines, japonaises et chinoises, a rappelé Heino Ruland.

Rationalisation des portefeuilles, efforts dans la division achats et actions sur l'emploi sont les voies empruntées pour y parvenir.

Si les programmes d'efficience mis en place ne s'accompagnent pas forcément de suppressions de postes, comme l'illustre le cas de Daimler, ils sont souvent synonymes d'un moindre recours aux intérimaires, qui subissent le plus les retournements de conjoncture.

"Les plus fortes suppressions de postes ont lieu dans le secteur bancaire en Allemagne, pas dans les entreprises cycliques, qui veulent conserver leurs salariés spécialisés", selon Robert Halver, stratégiste actions de Baader Bank.

Les industriels préfèrent utiliser les possibilités de flexibilité du travail à leur disposition, comme le chômage partiel qui a fait son retour chez certains, comme Opel ou le numéro un allemand de l'acier Thyssenkrupp.

Grâce à ces instruments, une "grande saignée" en termes d'emplois ne devrait pas être d'actualité en Allemagne, estime M. Halver.

En Allemagne, le taux de chômage brut, tombé à son plus bas niveau depuis 20 ans l'an dernier, à 7,1%, a encore diminué depuis (6,5% en octobre) mais le nombre de chômeurs augmente depuis plusieurs mois en données corrigées des variations saisonnières.