Emplois d'avenir: Une vraie solution pour l'emploi des jeunes?

SOCIAL 150.000 contrats sont prévus d'ici 2014...

Avec Sipa

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Laurence Parisot, présidente du Medef, et Michel Sapin, ministre du Travail.
Laurence Parisot, présidente du Medef, et Michel Sapin, ministre du Travail. — WITT/SIPA

Les emplois jeunes à la sauce Hollande, seront-ils vraiment utiles pour les 16-25 ans sans qualification, particulièrement vulnérables à la flambée du chômage? Au moment où le gouvernement se mobilise pour faire la promotion des emplois d’avenir, Bernard Gomel, chercheur du Centre d'étude de l'emploi (Cee), et Pierre Boisard du CNRS, estiment qu’ils devraient être efficaces.

18% de jeunes sans qualification chaque année

Même si ces 150.000 emplois (100.000 créés en 2013 et 50.000 en 2014) subventionnés pendant trois ans à hauteur de 75% du Smic dans le secteur public et privé non lucratif et à hauteur de 35% du Smic dans le secteur marchand, ne seront pas suffisants pour régler le problème du taux d'emploi des jeunes en France, l'un des plus faibles des pays de l'OCDE, ils vont y contribuer, notamment pour les 18% de jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans qualification, estime Bernard Gomel. «Ils étaient ainsi 133.000 en 2007. Des jeunes souvent dans une grande précarité. Ces emplois leur permettront d'envisager l'avenir, au moins pendant trois ans. Au delà, il est peu probable que ces emplois se maintiennent. Ils survivent rarement à l'arrêt des subventions», explique-t-il.

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Pierre Boisard, chercheur du CNRS aux institutions et dynamiques historiques de l'économie (IDHE), rappelle pour sa part que le principe n'est pas nouveau. «Souvenez-vous des TUC, les fameux travaux d'utilité collective de Laurent Fabius en 1983». Mais en ciblant cette fois les jeunes sans qualification, il estime qu'on évite les effets d'aubaine. «La mesure a une efficacité directe: il y aura bien 150.000 nouveaux emplois sur trois ans. Parce que les emplois accessibles sans qualification sont devenus extrêmement rares et que les activités proposées, plutôt socialement utiles, créent peu de valeur ajoutée. Ces emplois ne pourront donc pas exister sans aides de l'Etat».

«Pari sur la formation»

Pour ce chercheur, le dispositif est aussi un «pari sur la formation». «Le gouvernement espère que ces jeunes auront acquis après ces trois ans, une formation suffisante pour trouver du travail dans le secteur marchand. Ce pari est possible. Ces jeunes déscolarisés, s'ils sont suffisamment bien accompagnés, pourront trouver un intérêt à une formation différente de l'école et plus liée au travail et aux tâches qu'ils réalisent».

Sur ce chapitre, Bernard Gomel est beaucoup plus dubitatif. «Ne soyons pas naïfs, il y aura des désistements tout au long du chemin. Ces publics en difficulté avec l'école n'auront pas forcément envie de s'engager sur la formation. L'obligation déjà contenue dans le dispositif des contrats d'avenir de Jean-Louis Borloo n'a pas fonctionné. Au lieu d'en faire une obligation, on aurait pu travailler sur les moyens d'inciter à la formation, ce qui est beaucoup plus complexe», rappelle-t-il.

Evaluation du système

Bernard Gomel estime qu'il faudra aussi s'interroger sur «l'efficacité d'un système scolaire qui laisse autant de personnes sur le bord de la route». «Pourquoi les employeurs exigent toujours plus de diplômes pour des emplois où ils ne sont pas directement nécessaires?», demande-t-il.

Pierre Boisard souhaite pour sa part que le dispositif s'accompagne d'une évaluation sérieuse afin «d'en corriger les éventuels défauts» et propose de réfléchir aux moyens de pérenniser le dispositif. «Le problème ne pourra pas disparaître en trois ans. Des jeunes continueront à sortir du système scolaire sans qualification et auront besoin de solutions», conclut-il.