Les salariés déplorent le manque d'engagement éthique des entreprises

SONDAGE Les salariés sont en quête de déontologie...

Claire Planchard

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Les banques françaises vont devoir renforcer de manière substantielle leurs fonds propres d'ici la fin juin, en menant leur activité sous la menace, agitée par les pouvoirs publics, d'une suppression des dividendes servis à leurs actionnaires et des bonus dus à leurs "traders".
Les banques françaises vont devoir renforcer de manière substantielle leurs fonds propres d'ici la fin juin, en menant leur activité sous la menace, agitée par les pouvoirs publics, d'une suppression des dividendes servis à leurs actionnaires et des bonus dus à leurs "traders". — Eric Piermont afp.com

Parler d'éthique et de déontologie, c'est bien, agir, c'est mieux. Voilà le sentiment des 505 salariés de grands groupes interrogés à la fin septembre par l'institut BVA dans le cadre d'un sondage réalisé pour le Cercle d'éthique des affaires et le groupe La Poste. Si 80% d'entre eux estiment important d'avoir un interlocuteur sur ces questions au sein de l'entreprise, 40% déclarent ne toujours pas en avoir ou ne pas savoir s'ils en ont un.

«On sent qu'il y a de très fortes attentes : les salariés veulent travailler dans les entreprises qui ont des valeurs et dont ils peuvent être fiers. Mais même s'ils sont 75% à reconnaître des évolutions positives, ils mettent surtout en avant les points à améliorer », résume Olivier Pauget, le directeur de l'étude. La sincérité des entreprises en la matière reste ainsi très largement à prouver : 64% des salariés estiment en effet qu'elles adoptent une démarche éthique ou déontologique uniquement pour améliorer leur image, et seulement 24% pour mener des mesures concrètes. «Il y a une vraie problématique de crédibilité du message», confirme le responsable éthique d'un grand groupe français. «Et le seul moyen pour y parvenir, c'est que les entreprises ne soient pas jugées seulement en fonction de leurs résultats économiques, mais aussi sur leur capacité à démontrer un comportement éthique au jour le jour. C'est l'absence ou l'insuffisance des comportements éthiques des patrons qui laisse la place aux doutes exprimés dans ces enquêtes», explique-t-il.

Un vrai problème de crédibilité du message

Les salariés ont également le sentiment de ne pas être au cœur de la démarche éthique de leur entreprise : bien avant leur bien-être (70%) ou le renforcement de leur confiance dans l'entreprise (73%), c'est celle des partenaires extérieurs du groupe ou de ses clients (91%) qu'ils citent comme les principales motivations de leur employeur. Pourtant, plus encore que la fraude, la concurrence déloyale ou la corruption, c'est bien le respect des individus dans ses conditions de travail au quotidien qui focalise aujourd'hui les exigences éthiques des salariés, mais aussi leurs critiques. «C'est bien beau de vouloir plaire aux actionnaires et aux clients, mais l'essentiel des problèmes éthiques des entreprises est aujourd'hui lié à des problèmes relationnels avec la hiérarchie ou des collègues», résume le déontologue. «Une situation accentuée dans les groupes où le climat social s'est récemment détérioré», souligne pour sa part Olivier Pauget.

 

Méthodologie:

Le sondage a été réalisé du 20 au 29 septembre 2012 par téléphone auprès de 505 salariés travaillant dans des entreprises de plus de 500 personnes.