Compétitivité: L'embarrassant remède du docteur Gallois

ECONOMIE Le gouvernement donnera à son tour mardi ses arbitrages pour booster la compétitivité des entreprises...

Mathieu Bruckmüller

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Louis Gallois a remis son rapport sur la compétitivité au Premier ministre Jean-marc Ayrault le 5 novembre
Louis Gallois a remis son rapport sur la compétitivité au Premier ministre Jean-marc Ayrault le 5 novembre — no credit

Le gouvernement osera-t-il reprendre à son compte «l’explosif» rapport Gallois dont la publication avait déjà été repoussée de trois semaines à sa demande? Si le président de la République a promis des décisions fortes dès mardi après un séminaire gouvernemental, des mauvaises langues parient déjà sur son enterrement et avec lui sa proposition choc: baisser les charges des entreprises de 30 milliards d’euros. Mais l’intéressé, qui a présenté lundi après-midi à la presse écrite son pacte (70 pages et 22 propositions) pour la compétitivité de l’industrie française, se veut serein: «Si il y a un mérite sur ce rapport, c’est que le débat est sur la table».

>> Le rapport Gallois décrypté et à télécharger en Pdf, c'est par ici

L’industrie menacée de déstructuration

Solennel, l’ancien patron d’EADS est de la SNCF est allé au droit au but: «L’industrie français est en train de décrocher» et ce mouvement s’accélère depuis une dizaine d’années. «Elle a atteint un seuil critique, au-delà duquel elle est menacée de déstructuration», pointe le rapport. En 30 ans, la France a ainsi perdu plus de deux millions d’emplois industriels et depuis 2001 la balance commerciale est passée d’un excédent de 3,5 milliards d’euros à un déficit record de 71,2 milliards d’euros en 2011.

A cet état d’urgence, Louis Gallois, optimiste de nature, fixe un cap vers un «redressement possible». Car la France ne part pas de rien. Elle a de nombreux atouts à faire valoir comme ses pôles d’excellence mondiaux (aéronautique, luxe, pharmacie…), des prix de l’énergie relativement bas, une  productivité horaire du travail parmi les plus fortes d’Europe, sans oublier des infrastructures et des services publics de qualité.

Choc

Mais pour redresser la barre, la France devra se retrousser les manches. Et concilier urgence et temps long. Le premier vise à redonner des marges de manœuvres aux entreprises, «un ballon d’oxygène», selon la formule du docteur Gallois,  pour qu’elles puissent investir et monter en gamme. C’est le fameux choc de compétitivité avec un transfert de 30 milliards de charges sociales, jusqu’à 3,5 Smic, vers la fiscalité et la réduction des dépenses publiques. Le tout sur deux ans portant pour deux tiers sur les cotisations patronales et le reste sur les cotisations salariales. Dans ce schéma, une hausse d’impôt à assiette large TVA ou CSG est incontournable.

Mais les ménages pourront-ils supporter ce nouveau coup de massue après les 10 milliards d’impôts prévus au budget 2013? «Que se passe-t-il si on ne fait rien?», répond Louis Gallois pour qui une réduction des cotisations salariales de 10 milliards d’euros permettra de limiter l’impact sur le pouvoir d’achat. Déjà l'UMP applaudit la mesure phare du rapport Gallois et propose de nommer son auteur à un ministère de la compétitivité. De son côté, Laurence Parisot, patronne du Medef, parle de «diagnostic juste». Cependant, le «choc de confiance» à la sauce Gallois pourrait bien faire long feu. Selon Le Point, le gouvernement opterait plutôt pour  un crédit d’impôt de 20 milliards d’euros à destination des entreprises, indexés sur la masse salariale qu’elles déclarent en France. Pas question de hausse de la CSG, mais un relèvement du principal taux de TVA de 0,4 point, à 20% au lieu de 19,6%, serait décidé.

L'exploitation des gaz de schiste enterrée

Autre mesure phare déjà mise de côté par le gouvernement: la relance des recherches sur l'exploitation des gaz de schiste, afin de garder des prix énergétiques bon marché. En revanche, d’autres pistes plus techniques et moins politiques, ayant attrait à la compétitivité dite hors-coût pourrait bien être reprise dans les annonces de Jean-Marc Ayrault mardi. Louis Gallois égrène ainsi plusieurs idées pour favoriser l’émergence d’entreprises de taille intermédiaire, ces fameuses ETI qui font le succès de l’Allemagne, pour leur permettre de monter en gamme, booster la recherche et l’innovation, renforcer la solidarité des filières industrielles, améliorer la gouvernance des entreprises, avec notamment la présence dans les conseils d'administration ou de surveillance des entreprises de plus de 5.000 salariés d'au moins quatre représentants des salariés, sans dépasser le tiers des membres, avec voix délibérative.

Enfin, sur la formation, face à la pénurie de compétence, il propose par exemple le doublement du nombre de formations en alternance sur la durée du quinquennat (actuellement, environ 200.000 par an).

Louis Gallois, qui en appelle au patriotisme économique, prévient: «La reconquête va prendre du temps. Elle nécessite méthode et persévérance avec l’adhésion du corps social». La balle est désormais dans le camp du gouvernement.