Rapport Gallois: Pourquoi il faut un choc de compétitivité

ECONOMIE Les patrons, mais aussi la CFDT tout comme Arnaud Montebourg plaide pour un choc de compétitivité...

M.B.

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Laurence Parisot à Paris le 14 février 2012.
Laurence Parisot à Paris le 14 février 2012. — PRM/SIPA

Louis Gallois vient de remettre au Premier ministre son rapport très attendu pour doper la compétitivité de la France. Mais parmi ses 22 propositions, celle visant à réduire les charges des entreprises de 30 milliards d’euros est loin de faire l’unanimité. 20 Minutes vous explique pourquoi ses défenseurs plaident pour un choc de compétitivité et pourquoi ses détracteurs sont vent debout contre la mesure. Place aux pro-choc.

Louis Gallois était attendu au tournant. Le Commissaire général à l’investissement, très discret ces dernières semaines, est vu comme un oracle par les défenseurs d’un choc de compétitivité, patrons en tête, qui attendent de son rapport des mesures d’envergue susceptibles d’en finir avec le déficit abyssale  de la balance commerciale de la France, près de 70 milliards d’euros en 2011, et la désindustrialisation - environ deux millions d'emplois industriels perdus en 30 ans.

Les patrons font monter la pression

Du côté des chefs d'entreprises, qui ont fait monter la pression par le biais du Medef ou de l'Association française des entreprises privées (Afep), priorité est donnée à une réduction massive des charges sociales patronales. «Les entreprises françaises étouffent. Nous aspirons à un big bang économique», a lâché Laurence Parisot, dans un entretien accordé à L’Usine nouvelle.

Selon l'office européen de statistiques en Allemagne, le coût horaire de la main-d'oeuvre est ainsi de 30,1 euros, en deçà des 34,2 euros de la France. Au-delà du montant en valeur absolue, l'enseignement le plus frappant de l'étude d'Eurostat est qu'entre 2001 et 2011 ce coût horaire a crû de 19,4% outre-Rhin et de 39,2% en France.

«Ouvrons les yeux»

«Pour un même coût du travail, 4.000 euros brut, nous entrepreneurs, payons 1.217 euros de charges patronales alors que notre voisin allemand n'en paye que 695. C'est près du double. Et le salarié français perçoit un salaire net de 2.400 euros, alors que le salarié allemand reçoit un salaire net de 2.615 euros. Résultat: ce sont les salariés français et l'emploi en France qui sont pénalisés. Ouvrons les yeux, depuis vingt ans, la part de marché des entreprises françaises est passée de 7,1 % à 3,9 % des échanges mondiaux, va-t-on vraiment attendre que cette part soit nulle pour réagir ?», enrage Guillaume Cairou, président du Club des entrepreneurs.

Mais les patrons ne sont pas les seuls à ruer dans les brancards. François Chérèque de la CFDT reconnait lui aussi qu’il y a un problème de coût du travail. Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif préconise donc 20 milliards d'euros d'allégements de cotisations patronales à destination des entreprises qui investissent pour les salaires compris entre 1,6 et 2,5 Smic.

Louis Gallois est finalement allé plus loin. Il propose un allègement des charges sociales de 30 milliards d'euros pour faire baisser le coût du travail. Dans le détail, il s'agirait d'une baisse de 20 milliards des charges patronales et de 10 milliards des charges salariales, qui concernerait tous les niveaux de salaires jusqu'à 3,5 fois le SMIC, soit près de 5.000 euros par mois.«Louis Gallois vise en particulier l'industrie, le secteur le plus exposé à la concurrence, qui profite peu des allégements de charges actuels, centrés sur les bas salaires», d’après Les Echos.

Un rapport enterré?

Mais ce transfert de charges est finalement bien plus faible que les 50 milliards d’euros avancés par le même Louis Gallois en juillet. De plus, il n’est pas certain que le séminaire gouvernemental de mardi reprenne tout ou partie du rapport alors que la France court après la réduction des déficits et est confronté à une baisse du pouvoir d’achat. François Hollande n'a-t-il pas dit le 19 octobre à Bruxelles que le rapport engageait son seul auteur? 

>> Pourquoi François Hollande est pris entre deux eaux avec le rapport Gallois