Les funérailles pas chères font un carton

Mathieu Bruckmüller

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Le cimetière du Père Lachaise, à Paris.
Le cimetière du Père Lachaise, à Paris. — AFP PHOTO JOEL SAGET

«Parce que la vie est déjà assez chère». Le slogan de Roc-Eclerc, l’un des principaux acteurs des pompes funèbres, fondé en 1985 par Michel Leclerc, frère du distributeur Edouard Leclerc, fait florès.

«Mourir ne doit pas être un luxe»

Avec la crise, les entreprises du secteur font la course aux prix bas pour capter un pan de clientèle frappé par la baisse du pouvoir d’achat. Après l’aérien, la téléphonie mobile, l’hôtellerie, l’automobile, la distribution, avant bientôt le transport ferroviaire, voici un nouveau pan de l’activité économique qui cède aux sirènes du low-cost. «Dès 2010, nous nous sommes demandés si nous pouvions échapper au phénomène alors que de plus en plus de familles avaient de la difficulté à régler les obsèques», souligne Philippe Martineau, directeur général du Choix funéraire, une coopérative créée en 1997 sur le modèle de Système U. Un déclic qui a amené son groupe à lancer l’an dernier Ecoplus funéraire, car «mourir ne doit pas être un luxe». A la clé: des prix inférieurs de 60% sur les 3.500 euros du coût moyen des obsèques dans l’Hexagone. Le concept: une marque distincte de l’enseigne principale, des magasins dédiés (100 d’ici 2015) mais plus petits, trois offres à partir de 1.250 euros, auxquelles peut se rajouter un bouquet d’options limitées.

Un marché qui pèse plus de 10%

«Le low-cost n’est pas cheap, c’est un produit de qualité avec une offre limitée à un prix juste. Nous voyons l’émergence d’acheteurs malins qui se demandent bien pourquoi ils mettraient plus cher pour des funérailles. Entre 12 et 15% des Français sont à la recherche d’une offre économique», argumente Philippe Martineau. Alexandre Milicourtois, directeur des études du cabinet Xerfi, parle ainsi de «désacralisation des dépenses liées aux obsèques». Une tendance qui devrait s’inscrire dans la durée, notamment après le coup de gueule de l’UFC Que Choisir, qui déplorait en octobre 2011 que «d’un opérateur à l’autre, pour une demande similaire, la facture totale peut considérablement varier: de 1.300 euros pour le plus économique à plus de 6.101 euros pour le plus onéreux». Un grand écart «dû non seulement à un florilège de prestations «non obligatoires», mais aussi à des opérations surfacturées», selon l’association de consommateurs.

Mais le low-cost n’est pas juste l’apanage des opérateurs privés. Le service public s’y engouffre, à l’image de la ville de Paris avec www.revolution-obseques.fr. Depuis le lancement du service en juillet dernier, 200 devis en ligne ont été réalisés, ce qui représente 13% des convois organisés par les services funéraires de la Ville de Paris. Pour le prix de départ, 789 euros, attendez-vous cependant au strict minimum: un cercueil et un corbillard avec chauffeur, auxquels il faudra ajouter les frais de crémation ou d’inhumation, de 200 à 700 euros à Paris.

Et la recette du low-cost «made In France» pourrait bientôt s’exporter. Philippe Martineau ambitionne d’installer Ecoplus funéraire dans les années à venir en Belgique, en Espagne puis en Italie et au Portugal.