Endettement du rail: Mais qui va vraiment payer la facture?

Mathieu Bruckmüller

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La SNCF veut créer, sur la base du modèle allemand, un groupe ferroviaire public unifié qui réunirait la SNCF et RFF
La SNCF veut créer, sur la base du modèle allemand, un groupe ferroviaire public unifié qui réunirait la SNCF et RFF — URMAN LIONEL/SIPA

Mystère et boule de gomme. Le rail français a beau être lesté d’une dette de près de 40 milliards d’euros, le ministre des Transports botte en touche quand il s’agit d’expliquer comment y remédier. Présentant ce mardi matin les grands axes de la réforme ferroviaire, Frédéric Cuvillier a cependant confirmé, une chose est sûre, que les usagers et les collectivités locales ne seront pas mis à contribution: «La dette n’est pas de leur ressort», a-t-il martelé.

C’est donc le nouveau gestionnaire d'infrastructures ferroviaires, comprenant l'actuel gestionnaire du réseau ferré RFF, rattaché à la SNCF «au sein d'un pôle public ferroviaire unifié», qui devra supporter le poids de l’endettement. L’organisation doit voir le jour au premier semestre 2013.

Le ministre balaie la proposition de la SNCF…

Si Frédéric Cuvillier a donc donné gain de cause au patron du transporteur qui militait depuis des mois pour récupérer RFF, il n’a pas retenu sa solution pour remédier à l’endettement du rail. En effet, à Berlin le mois dernier, Guillaume Pépy proposait de reprendre une partie des 30 milliards de dettes de RFF. Il proposait alors de partager le gâteau en trois qui doit atteindre, selon les projections, 51 milliards d’euros en 2025, et menace les investissements futurs. La SNCF, dont la dette est stabilisée à 6 milliards d’euros en 2017 contre 8,5 milliards en 2010, acceptait d’en prendre une partie à sa charge, sans avancer de montant précis. Dans le schéma de la direction de la SNCF, l’idée était de répartir le reste de dettes de RFF d’une part via une possible contribution extraordinaire de l’Etat et d’autre part avec une hausse du prix des billets pour les usagers. 

Charge donc au futur patron  du gestionnaire d'infrastructures unifié (GIU), probablement Guillaume Pépy, de trouver des pistes pour dans un premier temps stabiliser la dette du GIU. Un chantier colossal alors que RFF voit sa dette s’accroître de 1,5 milliard d’euros par an. Dans tous les cas, l’Etat ne veut pas que cette dette vienne alourdir la sienne. En effet, «cela augmenterait son déficit de 0,2%, alors qu'il a déjà du mal à tenir les 3%», selon un observateur. 

… mais reste avare de détails

Mais la dette pourra-t-elle baisser un jour? «Tous les leviers seront activés», a souligné le ministre, avare de détails. Selon lui c’est la réforme du rail, débattu au Parlement au plus tôt à la fin du premier trimestre 2013, qui permettra de restaurer les conditions d’un équilibre de long terme.

«Nous voulons ainsi réunir la famille cheminote sous un même toit (50.000 personnes, ndlr), afin d'en finir avec les rivalités passées», a déclaré lundi le ministre dans un entretien au journal Le Monde. Et tourner le dos selon le ministère à «la dilution des responsabilités et l’incohérence» de l’organisation. Mais la création du GIU permettra-t-il vraiment de réaliser des milliards d’économies, à tout le moins plusieurs centaines de millions d’euros? «Sur la question de la dette, le suspense reste entier. Il faudra bien un jour régler la question du passif», conclut Fabrice Michel, porte-parole de  la Fédération des associations d'usagers des transports (Fnaut).