Compétitivité: C'est quoi le problème?

ANALYSE A une semaine de la présentation du pacte de compétitivité du gouvernement, le diagnostic et les solutions envisagées divisent toujours les politiques et les économistes. «20 Minutes» fait le point...

Céline Boff et Claire Planchard

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Le «made in France» est-il la priorité des Français?
Le «made in France» est-il la priorité des Français? — Sipa

Avec la croissance et l’emploi, la compétitivité des entreprises françaises est aujourd’hui au cœur des préoccupations. Pour savoir comment la relancer, François Hollande et son gouvernement consultent les élites et commandent des rapports. Pourquoi les entreprises françaises peinent-elles à imposer leurs produits et services sur les marchés français et étrangers? 20 Minutes fait le point.

C’est le coût du travail?

C’est ce que pensent certains économistes et surtout les patrons, comme le prouve la lettre qu’ils ont adressée à François Hollande et qui a été publiée ce week-end dans Le Journal du Dimanche. Pour baisser ce coût, ils demandent avant tout de réduire les charges, dont le produit est affecté à la protection sociale, mais aussi l’abaissement de l’impôt sur les sociétés, surtout celui des PME. Deux mesures sérieusement étudiées par le gouvernement.

Reste que pour certains économistes, le coût du travail n’explique pas à lui seul la faiblesse des exportations tricolores. Pour le démontrer, ils rappellent que les écarts de coûts entre la France et l’Allemagne -la championne européenne de l’export- restent limités. Ils mettent également en avant les coûts du travail inférieurs dans les pays de l’Europe du Sud, qui ne sont pas pour autant des rois du commerce extérieur.  

Ce sont nos produits?

Sur ce point, tout le monde est d’accord. Les produits français sont soit superflus, soit trop chers par rapport à leur positionnement. Pour la plupart des économistes, la solution est donc de repositionner l’offre de la France sur les bons segments et de monter en gamme. Autrement dit, les entreprises doivent investir pour innover davantage, y compris en termes de marketing. Mais changer une offre prend du temps… Certains économistes pensent que les produits français pourraient commencer par se démarquer de la concurrence en certifiant par exemple une durée de vie plus longue, avec une garantie de dix ans.

Ce sont nos entreprises?

Un autre point faible du tissu industriel français est le manque d’entreprises de taille intermédiaire, ces fameuses «ETI»  qui font la forces des exportations allemandes. «Le succès de ces entreprises, c’est qu’elles se focalisent sur un segment assez étroit avec des produits techniques très spécifiques. Cela réduit leur marché, mais ouvre d’emblée leur territoire de conquête au monde entier, explique Stephan Guinchard, co-auteur avec de Hermann Simon de Les champions cachés du XXIe siècle- Stratégies à succès. Leur stratégie: prendre le haut du marché en injectant de la valeur et des innovations dans leurs produits. Un positionnement haut de gamme qui leur permet des marges plus importantes mais qui s’accompagne aussi d’une gestion «frugale»  et «d’un réinvestissement massif de leur chiffre d’affaires dans la R&D» souligne le spécialiste. Un cercle économique vertueux et générateur d’emploi enclenché aujourd’hui par trop peu d’entreprises françaises.

C’est la faute des autres?

Sans aucun doute, selon plusieurs analystes. Mais plus que la Chine, c’est l’absence d’un vrai salaire minimum en Allemagne qui pénalise la France, son principal partenaire commercial. «L'Allemagne est compétitive à l'export car elle a pressurisé les salaires. Mais du coup, sa consommation intérieure est faible», analyse Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Le pouvoir d'achat limité de ses travailleurs pauvres les empêche ainsi de consommer... par exemple des produits français.