«Pour la première fois, l'alimentation est aussi touchée»

INTERVIEW Pascale Hébel, directrice du département consommation du CREDOC, analyse l'impact de la crise sur nos comportements d'achat...

Propos recueillis par Claire Planchard

— 

Pascale Hébel, directrice du département consommation du CREDOC.
Pascale Hébel, directrice du département consommation du CREDOC. — CREDOC

Recherche du premier prix, chasse aux bons plans, nouvelles pratiques de consommation collaboratives directement entre consommateurs : face à la baisse de leur pouvoir d’achat, les Français ont profondément modifié leurs habitudes, selon une récente étude des «Cahiers de la consommation» menée par le Crédoc et Pair Conseil. Le décryptage de Pascale Hébel Directrice du département consommation du CREDOC.

Les consommateurs ont-ils rapidement adapté leurs comportements à la crise?

L’année 2008 a été une rupture très forte en termes de hausse de prix et on a vu une montée très rapide des comportements de recherche des prix bas. En revanche, l’émergence de modes de consommation «alternatifs» (troc, achats groupés,etc) a été plus lente, car c’est une tendance structurelle liée au développement d’Internet.  Ces changements ne touchent pas seulement les plus modestes, mais aussi jeunes et classes moyennes, dont le pouvoir d’achat a le plus ralenti.

Quelles sont les méthodes plébiscitées face à la perte de pouvoir d’achat?

C’est la recherche de l’achat malin. Cela ne signifie pas forcément acheter des premiers prix, mais aussi acheter des marques au meilleur prix. L’habillement est le plus touché avec l’essor des ventes privées, déstockages, etc. Mais la nouveauté de cette crise c’est que les dépenses d’alimentation baissent aussi. On change même d’alimentation, en privilégiant les conserves, en mangeant moins de viande. Des phénomènes de privation apparaissent, sur la nourriture mais aussi le chauffage.

Une consommation «collaborative» se développe aussi?

Oui, ce commerce « C to C » entre consommateurs est tiré et stucturé par l’arrivée d’acteurs privés sur ce créneau. En témoignent le succès du site Leboncoin.fr ou les initiatives d’autopartage issues du monde de l’automobile. Et cette tendance durera après la crise, non seulement parce que le privé s’est emparé du marché mais parce qu’une vraie sensibilisation écologique au recyclage s’est développée.