« L'Allemagne joue sur les coûts dans l'agroalimentaire »

Propos Recueillis par Céline Boff

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La ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq, dans son bureau à Bercy.
La ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq, dans son bureau à Bercy. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, présente en exclusivité à 20 Minutes une étude sur l'agroalimentaire français à l'export.

Ubifrance, le bras armé de Bercy à l'international, vient de réaliser une étude sur l'agroalimentaire français à l'export. Quel est votre objectif ?
Cette étude cible les besoins précis de 31 pays pour nous permettre d'y restructurer notre offre. La filière agroalimentaire a enregistré un excédent commercial de 12 milliards d'euros en 2011, mais la France est seulement le quatrième exportateur mondial et nous perdons chaque année des parts de marché. Avec les atouts que nous avons, nous devons prendre la première place.
Dans ce domaine, l'Allemagne

nous devance encore…
Car ils jouent sur les coûts. Dans l'industrie de la viande, ils utilisent une main-d'œuvre qui leur revient à 9 € de l'heure (soit 4 à 5 € pour le salarié), quand nous sommes entre 18 et 22 € (soit 9 à 11 € pour le salarié). Mais nous ferons la différence grâce à notre savoir-faire, notre design, nos innovations et grâce à la marque France, qui est très forte.
Les ministres se réunissent pour parler coût du travail ce vendredi. Vous n'allez donc rien concéder ?
Il y a un problème de coût dans certains secteurs, comme celui de la viande, et nous devons réfléchir aux moyens de diminuer les charges dans ces filières. Mais je n'accepterai jamais qu'un ouvrier français soit payé 4 € de l'heure, comme ce peut être le cas en Allemagne.
Dans quels pays comptez-vous gagner des parts de marché ?
Partout où des couches moyennes se développent et modifient de fait leurs habitudes alimentaires. Les Chinois consomment par exemple de plus en plus de produits laitiers : 27 kg par habitant en 2011, contre 2 kg en 1995. Nous sommes à 100 kg en Europe… Voilà un segment sur lequel nous devons gagner. En Corée du Sud, l'émergence des jeunes célibataires entraîne une consommation accrue de produits unidimensionnels, c'est-à-dire conditionnés à l'unité. Nous devons faire monter cette offre en puissance. Autre exemple mis en avant par l'étude : l'Arabie saoudite, où la consommation des produits biologiques explose. Dans les supermarchés, 20 % de ces produits sont français. Nous devons faire mieux. Et ce, sans délaisser l'Europe, qui représente 66 % de nos exportations.
Mais vouloir se développer sur ce marché, est-ce encore pertinent ?
Nous sommes en crise, mais le pouvoir d'achat des Européens reste réel. Ce n'est pas un hasard si les Etats-Unis et le Japon souhaitent développer des accords de libre-échange avec nous.