La guerre des sexes fait rage à la BCE

ECONOMIE Le Parlement européen a rejeté jeudi la nomination du Luxembourgeois Yves Mersch au directoire de la Banque centrale européenne (BCE), pour protester contre l'absence totale de femmes au sein de cette instance...

M.B. avec agences
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Le Parlement européen a rejeté jeudi la nomination du Luxembourgeois Yves Mersch au directoire de la Banque centrale européenne (BCE), pour protester contre l'absence totale de femmes au sein de cette instance.
Le Parlement européen a rejeté jeudi la nomination du Luxembourgeois Yves Mersch au directoire de la Banque centrale européenne (BCE), pour protester contre l'absence totale de femmes au sein de cette instance. — Patrick Hertzog afp.com

Machiste la BCE? Le Parlement européen veut renverser la vapeur. Les députés ont refusé d'entériner le choix du Luxembourgeois Yves Mersch au directoire de l'institution de Francfort. Cet avis, adopté à une courte majorité à Strasbourg, n'est que consultatif. Mais il devrait embarrasser les gouvernements de l'UE qui désignent au bout du compte les membres de la BCE. Un total de 325 eurodéputés ont voté contre la nomination de Yves Mersch, l'actuel gouverneur de la Banque centrale du Luxembourg, tandis que 300 ont voté en sa faveur et que 49 se sont abstenus.

Protestation contre le déséquilibre des sexes

Plusieurs groupes, dont les Socialistes et les Libéraux, avaient appelé à donner un avis négatif, essentiellement pour protester contre le déséquilibre entre les sexes au sein de la BCE. Si Yves Mersch devenait membre du directoire, il n'y aurait plus aucune femme parmi les 23 membres du Conseil des gouverneurs de la BCE jusqu'à 2018, date prévue du prochain renouvellement. Yves Mersch, 63 ans, avait été choisi par les ministres européens des Finances pour succéder à l'Espagnol Jose Manuel Gonzales-Paramo.

Les représentants des 27 gouvernements de l'UE ont désormais le choix de prendre en compte le vote du Parlement ou de passer outre et de confirmer Yves Mersch.

Le Parlement européen a précisé que sa décision n'était pas fondée sur les compétences du candidat, qui ne sont pas en cause, mais sur l'absence de choix. Le Parlement européen réclame depuis des mois au Conseil (qui représente les gouvernements) non pas un nom mais une liste de noms comprenant des femmes. «Le Parlement européen est clair: nous voulons la diversité. Un directoire de la BCE uniquement composé d'hommes en 2012 et jusqu'en 2018 n'est pas acceptable», a expliqué l'eurodéputée libérale française Sylvie Goulard. «Juridiquement parlant, le Conseil peut certes confirmer Yves Mersch, mais ce serait une énorme erreur politique et un mauvais signal», a-t-elle ajouté.

«Il nous faut davantage que des négociations boiteuses et des promesses insatisfaisantes si nous voulons obtenir la parité au sein de la BCE. Il s'agit d'une question qui touche de nombreuses institutions publiques, et pas seulement la BCE», a affirmé pour sa part la présidente de la commission des Affaires économiques du Parlement, la Britannique Sharon Bowles.

Le monde des banques centrales doit s’ouvrir à la diversité, selon Noyer

Dans un entretien accordé lundi à 20 Minutes, Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, estimait que le monde des banques centrales devait s'ouvrir à la diversité, en particulier hommes-femmes. «Si les Etats eux-mêmes décidaient de nommer comme gouverneur ou sous-gouverneur davantage de femmes dans leur banque nationale, ce serait la meilleure solution pour assurer une bonne représentativité au Conseil de la BCE», soutenait-il.

Mercredi le correspond de Libération à Bruxelles rappelait que «le Parlement européen compte 35% d’élues, la Commission, 9 femmes sur 27, dont 3 vice-présidentes. Au niveau des cabinets des commissaires, la parité est la règle, même si on ne dénombre que 5 chefs de cabinet et 5 chefs adjointes. Dans les services de l’exécutif européen, près de 27% des postes d’encadrement reviennent à des femmes (l’objectif était de 25% pour 2014). Les services du Parlement européen font mieux avec 4 directrices générales sur 10.»