Vers un nouveau plan de rigueur de 22 milliards d'euros en 2013?

ECONOMIE Selon l'OFCE, c'est le tour de vis nécessaire pour tenir l'objectif de 3% de déficit budgétaire...

M.B. avec Reuters

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Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, le 28 septembre 2012 à Bercy
Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, le 28 septembre 2012 à Bercy — B. LANGLOIS / AFP

Une nouvelle cure d’austérité? Le gouvernement français devra imposer un tour de vis de 22 milliards d'euros l'an prochain, en plus des 30 milliards déjà prévus, s'il s'acharne à vouloir réduire le déficit à 3% du PIB, ce qui provoquerait une importante récession, selon l'OFCE. Dans ses prévisions publiées jeudi, le centre de recherche en économie de l'Institut d'études politiques de Paris prévoit une croissance nulle en France en 2013 et un déficit à 3,5%. Vingt-neuf économistes interrogés par Reuters attendent eux aussi en moyenne un déficit à 3,5% pour une croissance de 0,3%, le gouvernement prévoyant 3,0% et 0,8%.

12% de chômage

«Si le gouvernement français tenait coûte que coûte à respecter son engagement de déficit budgétaire à 3%, cela nécessiterait l'adoption d'un nouveau plan de restrictions d'un montant de 22 milliards d'euros», écrit l'OFCE. «Cette stratégie amputerait l'activité économique dans l'Hexagone de 1,2% en 2013 et engendrerait une hausse supplémentaire du taux de chômage qui frôlerait la barre des 12% et amplifierait les destructions d'emplois de près de 200.000.»

>> Eric Heyer: «Le pire est devant nous»

Interrogé sur la probabilité d'un tel tour de vis, Xavier Timbaud, directeur du département analyse et prévision de l'OFCE, a répondu : «Je ne pense pas qu'on le fera.» La stratégie d'austérité de la zone euro échoue et doit changer, a-t-il dit lors d'une conférence de presse, et «l'Espagne constitue le laboratoire du changement de stratégie». Lors de la négociation du possible futur plan d'aide européen, «soit on dit à l'Espagne 'vous devez tenir vos objectifs' et on reste enfermé dans cette logique qui n'aboutira pas, soit (...) on lui donne des objectifs à moyen terme et on lui dit qu'en 2013 il n'est pas nécessaire de faire cette austérité hystérique», a-t-il ajouté.

Choc très négatif

Il devrait ensuite être possible de rediscuter la stratégie des politiques budgétaires en Europe, "dans le cadre d'un accord européen", d'autant que l'effort de redressement budgétaire prévu dans de nombreux pays est très supérieur aux exigences du dernier traité budgétaire européen. Les autorités françaises estiment quant à elle que la France est mal placée pour lancer ce débat en Europe, même si plusieurs ténors du Parti socialiste ont estimé qu'il fallait en parler.

Le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, a estimé dimanche dernier que l'objectif de ramener les déficits publics à 3% de la richesse nationale avait un «côté absurde». «Trois pour cent dans une période de croissance et 3% dans une période où l'Europe est confrontée aux difficultés économiques que nous connaissons, ce n'est pas la même chose», avait-il dit au Grand Jury-RTL-LCI-Le Figaro.

Quant au débat sur la compétitivité, qui voit s'opposer les entreprises et le gouvernement sur la possibilité d'un «choc» pesant plusieurs dizaines de milliards d'euros, Eric Heyer, directeur adjoint du même département de l'OFCE, a estimé qu'en faisant «un choc d'offre compensé par un choc de demande de même ampleur, ce que vous allez gagner d'un côté vous allez le perdre de l'autre». «Vous pouvez même avoir un choc très négatif.» Une analyse proche de celle exprimée au sein du gouvernement, qui prévoit une «trajectoire de compétitivité» plutôt qu'un «choc» car il estime qu'un bond des taxes sur les ménages tuerait l'espoir de reprise économique.