Les Cocotte-minutes chinoises de Seb font bouillir les employés

Arnaud Sagnard

— 

Le groupe français d'électroménager Seb, qui ferme des sites de production en France, mise sur la Chine avec la prise de contrôle du numéro un chinois d'articles de cuisine Supor, espérant profiter d'un marché local en forte croissance et de faibles coûts de production.
Le groupe français d'électroménager Seb, qui ferme des sites de production en France, mise sur la Chine avec la prise de contrôle du numéro un chinois d'articles de cuisine Supor, espérant profiter d'un marché local en forte croissance et de faibles coûts de production. — Jean-Christophe Verhaegen AFP

La succession d’annonces a refroidi les salariés de Seb. Le groupe d’électroménager vient de rendre publique la prise de contrôle du n°1 chinois d’articles de cuisine Supor après avoir supprimé près de 10% de ses emplois en France pour « faire face à la concurrence chinoise ». Cette prise de participation majoritaire s’élève 240 millions d’euros et doit selon Seb « permettre une forte croissance dans les pays émergents » ainsi qu’« une accélération du développement sur le marché chinois ». Seb ne se porte pas trop mal, l’entreprise affiche aujourd’hui un taux d’endettement faible et elle a dégagé un bénéfice en 2005 de 103 millions d’euros.

Si retentissante qu’elle soit, cette annonce n’est pas une surprise, le PDG du groupe, Thierry de la tour d’Artaise avait annoncé depuis quelques années son intention d’accroître l’acquisition de marques et d’unités de production. Une entreprise américaine Mirro WearEver a déjà été rachetée cette année, Supor est d’ailleurs un de ses sous-traitants. Le matériel produit en Chine par Seb pourrait donc être vendu à plus grande échelle sur le marché américain. C’est précisément ce que craignent les syndicats, « Nous n’avons aucune garantie que les usines chinoises ne vont pas nous concurrencer indirectement à l’étranger et au final provoquer de nouvelles fermetures de sites de production en Europe », affirme la CGT.

Un membre du Comité de groupe estime que le PDG est actuellement « tiraillé entre les actionnaires, certains voulant atteindre une rentabilité à deux chiffres poussant à une stratégie offensive, pour toucher de gros dividendes ». Thierry Lepaon, un ancien délégué syndical de Moulinex, entreprise reprise par Seb en 2001, interpelle directement le ministère de l’Economie pour qu’il prenne « des mesures d’urgence pour éviter l’irréparable ». Plus pragmatique, un employé depuis 30 ans dans la maison, affirme : « On sait que dans ces cas-là les politiques peuvent juste essayer de réindustrialiser les sites fermés en quémandant des moyens publics, rien de plus ».

Arnaud Sagnard