Prix des prothèses auditives: La polémique commence à faire du bruit

SANTE La mise en vente d’un assistant auditif à bas coût vendu sans ordonnance relance la polémique sur les marges pratiquées par les professionnels du secteur...

Claire Planchard

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Moins de 20% des personnes ayant des troubles de l'audition sont aujourd'hui appareillées en France.
Moins de 20% des personnes ayant des troubles de l'audition sont aujourd'hui appareillées en France. — DURAND FLORENCE/SIPA

La guerre est déclarée. Le premier coup est parti début 2011. C’est Sonalto qui l’a tiré en lançant «Octave», un assistant auditif vendu 299 euros en libre service dans les pharmacies, quand une prothèse auditive vendue et réglée  par un audioprothésiste atteint 600 à 2.100euros, remboursés au maximum 120 euros par la Sécurité sociale et 300 à 500 euros par les mutuelles.

Un coup de canif dans le monopole de la profession qui a immédiatement provoqué des poursuites en justice par son syndicat l’UNSAF pour atteinte «aux dispositions du Code de la santé publique».

Attaques sur les marges

Fin septembre, la bataille a pris un tour plus médiatique avec la parution d’une tribune des fondateurs de Sonalto incriminant directement les «marges» et les «prix prohibitifs» pratiqués par Audika, le leader mais aussi l’enseigne la plus chère du marché. «On n’est pas des gens agressifs mais face à la levée de boucliers extraordinaire d’un lobby qui représente un marché d’un milliard d’euros et qui a bien compris ses intérêts, notre combat prend une dimension sociale qu’on avait sous-estimée», expliquent Louis Blohorn et Maxence Petit.

Le Président Audika Alain Tonnard, rappelle lui la spécificité du métier d’audioprothésiste nécessitant toute une batterie de tests et de réglages «contrairement à l’opticien qui ne fait qu’appliquer la prescription». Et ses prix, il les justifie par les particularités d’une tarification au forfait qui comprend non seulement l’appareil mais aussi «une séance d’adaptation, quatre séances de rééducation auditive et une vérification des réglages tous les six mois pendant la durée de vie de l’appareil soit environ cinq ans».

Une situation de rente entretenue

Une argumentation contestée notamment par les complémentaires santé. En créant des réseaux d’audioprothésistes pilotées au sein de leurs plateformes de santé, plusieurs d’entre elles ont déjà réussi à obtenir des baisses de prix de 10 à 40%. L’idée: diminuer les marges en garantissant des volumes de clientèle supérieurs. «On est dans un cercle vicieux, avec peu de praticiens et peu de volumes et donc des marges excessives, allant de 1 à 5 par rapport prix d’achat de la prothèse», analyse Marianne Bints, directrice générale du groupe Santéclair, à l’origine d’un de ces réseaux.

Une pénurie de professionnels entretenue selon elle «pour maintenir un système économique de rente» : «il ne sort que 120 audioprothésistes par an alors qu’il en faudrait trois fois plus pour que les marges baissent, que les patients soient plus nombreux et que le problème soit résolu», explique-t-elle, regrettant que moins de 20% des Français malentendants s’équipent faute de financement.

Une tarification forfaitaire opaque

Du côté, des associations, on dénonce aussi l’opacité de cette tarification au forfait, malgré l’obligation faite depuis 2008 de présenter un devis normalisé. «Les tarifs sont rarement affichés et on fait payer à l’avance une prestation qui n’est bien souvent jamais fournie», explique Jacques Schlosser, en charge du dossier des prothèses au sein de l’association SurdiFrance.

Leur proposition : dissocier l’achat de la prothèse de la prestation de maintenance, qui serait alors facturée au semestre ou à la visite, pour créer davantage de transparence, un peu à l’image de la révolution opérée par Free dans la téléphonie mobile. Et encore plus, créer en parallèle un secteur conventionné secteur 1 adossé à une centrale d’achat nationale pour la fourniture des prothèses.

Lors de la présentation du projet de budget de la Sécurité sociale (PLFSS) , la semaine dernière, Marisol Touraine la ministre de la santé, avait dit être consciente des marges excessives pratiquées par la profession. Contacté par 20 Minutes, le ministère de la santé n’a pas donné suite à la demande d‘information sur les projets de mesures à l’étude.

L'assistant auditif et la prothèse dans leur plus simple appareil

 

Assistant auditif ou prothèse ? Si le premier est plus cher que le second, il ne convient pas à tous les problèmes d'audition. Un assistant d'écoute permet d'amplifier les sons aigus et graves pour corriger les pertes de l'audition liées au vieillissement. A la différence d'une prothèse auditive, il ne nécessite ni réglage par un audioprothésiste, ni empreinte d'oreille, ni même d'ordonnance médicale. Néanmoins, il est conseillé de consulter un otorhinolaryngologiste (ORL) ou un généraliste et de passer un audiogramme avant de s'équiper, car les assistants d'écoute ne sont pas adaptés aux pertes auditives importantes, comme les acouphènes. Les ORL recommandent aussi de porter une aide auditive dès qu'une gêne apparaît. S'il n'est pas assez stimulé, le cerveau perd progressivement sa capacité à interpréter les sons.