Mouvement des «Pigeons»: «L'entrepreneur créateur de valeur ne doit pas être taxé comme le rentier»

INTERVIEW Thibault Lanxande, PDG d'Aqoba, explique son soutien de la première heure à la contestation des entrepreneurs «Pigeons»...

Propos recueillis par Claire Planchard

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Thibault Lanxande, PDG d’Aqoba et soutien de la première heure à la contestation des entrepreneurs «Pigeons».
Thibault Lanxande, PDG d’Aqoba et soutien de la première heure à la contestation des entrepreneurs «Pigeons». — DR

«Alignement de la taxation du capital sur le travail: Les sovkhozes vont faire leur apparition en France!». Avec ce billet au titre choc publié mardi matin sur son blog, Thibault Lanxade, le PDG du groupe Aqoba, est devenu un des «défenseurs» du mouvement des «entrepreneurs pigeons» partis en guerre sur les réseaux sociaux contre le projet de loi de Finances 2013 (PLF). Il décrypte pour 20 Minutes cette mobilisation virtuelle et ses revendications.

Dans un billet publié mardi, vous parlez de «racket», de «sovkhozes» et de «nationalisation» du capital des entreprises. N’est-ce pas y aller un peu trop fort?

Je souhaitais surtout dénoncer la dimension confiscatoire de la mesure du seuil de 60%. Il y avait un message à faire passer aux entrepreneurs qui ont souvent la tête dans le guidon et, même s’ils suivent l’actualité, n’ont pas le temps de se plonger dans les entrailles du PLF. Il fallait pousser un coup de gueule sur ce qui est en train de se passer pour les mobiliser très vite au moment où le débat s’ouvrait à l’Assemblée. Maintenant que le mouvement est lancé, voyons comment faire pour défendre au mieux les intérêts des entrepreneurs sur les dispositifs existants. Notre idée maîtresse, c’est qu’il ne faut pas traiter l’entrepreneur rentier et l’entrepreneur créateur de valeur sur un pied d’égalité. Ils ne doivent pas être taxés de la même façon. 

Le mécontentement se focalise sur la taxation à 60% mais quand on regarde le texte de près, de nombreux abattements et d’exonérations ont été prévus pour préserver l’envie d’entreprendre…

Soyons clairs, cela tue toute dynamique de création d’entreprise et il y a un vrai risque que les jeunes aillent à l’étranger. Un jeune entrepreneur démarre aujourd’hui avec un capital relativement faible, si bien qu’il est obligé pour développer son entreprise d’avoir le concours d’investisseurs individuels ou institutionnels qui vont diluer sa part dans son capital. Il passe alors de «dirigeant fondateur» à «fondateur». Une durée de détention de 12 ans pour être exonéré fiscalement est donc beaucoup trop longue dans une phase d’amorçage. D’accord si on veut taxer les investisseurs qui spéculent et créent des bulles, mais il faut que la prise de capital pour les jeunes entrepreneurs soit mieux sécurisée en revenant à des durées de 5 à 8 ans et des seuils d’abattements plus favorables. Les entrepreneurs ne sont pas tous des Bill Gates qui veulent passer leur vie à bronzer au soleil: quand j’ai mis toutes mes économies dans ma boîte, que je ne me suis pas rémunéré pendant des années, il est normal d’avoir une juste rétribution qui passe par la sécurisation de mon capital. Il faut savoir récompenser l’entrepreneur et ne pas le considérer comme un «salarié», car il prend des risques.

Ne craignez-vous pas qu’un tel mouvement renforce l’hostilité d’une partie de l’opinion publique à l’égard des chefs d’entreprise?

Ne répondons pas à la provocation: on a poussé un coup de gueule, on s’est institutionnalisés, notre mobilisation a été bien relayée et suivie par toutes les instances patronales. Maintenant, il faut passer sur l’argumentaire dans le dialogue et la pédagogie. Nous ne devons surtout pas nous radicaliser: il faut couper court à toute doctrine et éviter de tomber dans le piège de la récupération politique. Il faut défendre les intérêts de nos entrepreneurs, qui sont des gens censés et opérationnels, en rencontrant les décideurs politiques pour leur soumettre nos propositions d’aménagement du texte.