EADS/BAE: Les actionnaires d'EADS font monter les enchères avant la fusion

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Les actionnaires d'EADS, Lagardère en tête, ont fait monter les enchères lundi au risque de mettre en péril le projet de fusion avec le britannique BAE Systems qui doit donner naissance au numéro un mondial de l'aéronautique et de l'armement.
Les actionnaires d'EADS, Lagardère en tête, ont fait monter les enchères lundi au risque de mettre en péril le projet de fusion avec le britannique BAE Systems qui doit donner naissance au numéro un mondial de l'aéronautique et de l'armement. — Eric Piermont afp.com

Les actionnaires d'EADS, Lagardère en tête, ont fait monter les enchères lundi au risque de mettre en péril le projet de fusion avec le britannique BAE Systems qui doit donner naissance au numéro un mondial de l'aéronautique et de l'armement. Le français Lagardère, qui détient 7,5% d'EADS, a demandé lundi aux deux groupes de revoir leur copie. Dans un communiqué, il "estime, à ce stade, insatisfaisantes les conditions de rapprochement" qu'ils voudraient pouvoir présenter le 10 octobre aux autorités britanniques. Il s'agit d'obtenir "une contrepartie en échange de l'abandon du pacte d'actionnaires", explique-t-on de source proche de l'industriel français.

Dans ce pacte, Berlin se fait représenter par le constructeur automobile Daimler, qui exerce 22,45% des droits de vote. Paris, qui détient directement 15% des actions d'EADS, se fait représenter par Lagardère, via la holding la Sogeade qui exerce également 22,45% des droits de vote. Le projet de fusion, dévoilé le 12 septembre, prévoit de dissoudre ce pacte et de réserver aux Etats une action spéciale qui leur permette d'empêcher toute prise de contrôle indésirable. Pour les dirigeants des deux groupes, desserrer l'emprise des Etats européens permettrait d'assurer l'accès au marché américain de la défense, le premier au monde.

Les tractations ne sont pas bloquées, mais aucune des parties n'est encore satisfaite. "C'est une phase tout à fait normale d'une négociation, estime un acteur proche du dossier. Il faut voir jusqu'où vont aller les uns et les autres pour tenter d'arriver à une solution". "Il y a des conditions nombreuses et complexes pour aboutir: patrimoniales, industrielles, d'indépendance, de défense, d'emploi...", soulignait ce week-end le ministre français de l'Economie et des Finances Pierre Moscovici dans un entretien au Monde.

"Destruction de valeur de 3 milliards"

Lagardère qui, comme Daimler, à l'intention de sortir à terme du capital, s'alarme de voir le titre EADS décrocher en Bourse et celui de BAE remonter depuis le 12 septembre. "Il y a eu une destruction de valeur de 3 milliards d'euros", souligne-t-on de source proche du Français. Si EADS et BAE ne veulent pas modifier la valorisation proposée de 60/40, qui a déclenché ce mouvement boursier, "à eux d'imaginer d'autres contreparties", ajoute un acteur du dossier. Les Etats, eux, cherchent à protéger l'emploi. Une partie de la négociation porte sur des garanties écrites, que Paris et Berlin veulent les plus fermes possibles, explique une source proche du dossier.

L'avionneur et le fabricant d'armes entendent en effet créer une entreprise qui opérerait "normalement sur le marché", ce qui implique de licencier quand la conjoncture économique l'exige. BAE Systems le fait sans états d'âme, en Grande-Bretagne comme aux Etats-Unis où il réalise près de la moitié de son activité. Berlin insiste aussi sur l'équilibre avec la France au sein de la nouvelle société. Or la France est "actionnaire et (...) veut le rester", a confirmé M. Moscovici. D'où le projet que la presse allemande prête à Berlin de monter au capital de la nouvelle structure, à hauteur de 9% comme Paris, ce qui complique encore la donne.

"Si Paris et Berlin deviennent des actionnaires importants, il sera difficile pour Londres d'insister sur ce qui est certainement la solution qu'il préfère, l'action spéciale sans une participation qui pèserait lourd dans le budget de l'Etat", estime Guy Anderson, analyste en chef chez IHS Jane's. Quant à Washington, "il voit d'un mauvais oeil les sociétés de défense à capitaux d'Etat. Mais il s'est déjà montré prêt à faire des affaires avec une société quasi-publique, comme l'italien Finmeccanica, et à lui permettre de détenir des intérêts substantiels aux Etats-Unis", relève-t-il.