L'horizon s'assombrit pour le marché automobile français

AUTOMOBILE Sans surprise, le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA) a revu lundi ses prévisions à la baisse pour l'ensemble de l’année 2012...

Claire Planchard

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Dans une concession automobile en juin 2011.
Dans une concession automobile en juin 2011. — CHAMUSSY/SIPA

«Depuis notre dernière prévision, le temps a passé et le temps s’est couvert», a lancé lundi matin le président du CCFA Patrick Blain en introduction de sa conférence de conjoncture organisée sur le site du Mondial de l’automobile.

Des ventes attendues en recul de 12%

Alors que le groupement tablait en juillet dernier sur un recul de 8 à 10% des nouvelles immatriculations, il prévoit désormais un recul de 12% sur l’ensemble de l’année «et encore, à condition que la situation ne se dégrade pas  sur les trois mois qui viennent». «Depuis cet été, le marché français s’est enfoncé dans la crise» a expliqué lundi son président. Les mauvais chiffres de septembre en témoignent : avec une baisse de 18,3%  des immatriculations pour les voitures particulières, le recul atteint -13,9 % sur les neuf premiers mois de l’année.

Renault dévisse, les étrangers à la peine

Dans le détail, les constructeurs français accusent davantage le coup (-18,3% en septembre, -16,8% sur neuf mois) que les étrangers (-16% en septembre et -7,5% sur neuf mois). Parmi eux, PSA limite la casse (-6,5%) porté notamment par la bonne résistance de Peugeot (-2,4%) dont la nouvelle 208 s’est hissée à la 6e place des meilleures ventes, tandis que Renault décroche de 30,2% et Dacia de 17,9%.

Côté étrangers, même le champion Volkswagen dévisse avec un recul de  17,4% des ventes globales du groupe. Parmi les marques allemandes, seules Audi (+0,5%) et BMW (+5,4%) résistent en septembre. Les progressions du japonais Toyota (5,5%) et du coréen Hyundai (+47,1% pour Hyundai et +ç,4% pour Kia) font elles aussi figurent d’exception.

Une crise spécifiquement européenne

Et cette fois-ci ce n’est pas la fin de la prime à la casse qui est en cause, mais bien une crise profonde de la consommation qui touche spécifiquement l’Europe.  «Le marché européen devrait être en recul de 8% en 2012, alors que sur l’ensemble du marché mondial on notait une hausse de 8-9% de la production sur les six premiers mois de l’année. C’est ce qui différencie cette crise de celle de 2008 où l’asphyxie d’origine financière était mondiale», souligne Patrick Blain..

Dans ce marasme européen, la France est dans la moyenne «elle fait moins bien que l’Allemagne ou la Grande-Bretagne mais moins mal que l’Espagne, l’Italie ou le Portugal où le décrochage peut atteindre 30 à 50%», note le CCFA. Et l’embellie ne devrait pas être rapide.  «On ne voit pas pourquoi ça repartirait ni quand», confie Patrick Blain. « 2013 sera au mieux stable mais sûrement en légère baisse», explique-t-il.

Le gouvernement attendu sur le compétitivité coût

Face à cette situation, les constructeurs français ne peuvent pas aujourd’hui compter sur l’électrique pour relancer la production : avec seulement 6.900 véhicules vendus depuis janvier en France (1.000 en septembre), le marché reste clairement embryonnaire. La montée en gamme apparaît elle en revanche comme un levier prometteur «à condition de ne pas chercher à concurrencer BMW ou Mercedes», explique le CCFA. «Le marché du haut de gamme français est cinq fois inférieur au marché allemand donc faire du haut de gamme au sens strict sur une basse aussi restreinte est très difficile», met en garde Patrick Blain. «Monter en gamme sur chaque segment où les constructeurs français sont crédibles en ajoutant de la valeur en produit, design mais aussi en technologie, comme l’électrique ou l’hybride,  à l’image de Citroën avec sa gamme DS», lui semble au contraire comme «plus malin».

A cet égard le plan automobile présenté  l’été par le gouvernement est un coup de pouce réel à la «compétitivité hors coût» des constructeurs français. Mais désormais c’est sur l'autre sujet clé de la «compétitivité coût» que les pouvoirs publics sont attendus au tournant. «Et là c’est l’ensemble de la filière qui est concernée, les constructeurs bien sûr mais aussi les équipementiers et les fournisseurs de second ou troisième rang», souligne le CCFA.