ArcelorMittal ferme Florange et donne 60 jours au gouvernement pour trouver un repreneur

SOCIAL Cet arrêt entraîne la mise au chômage de près de 600 personnes...

C.B. avec agences

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Le syndicaliste CFDT de l'aciérie ArcelorMittal de Florange, Edouard Martin, exprime sa colère devant un gendarme à Paris, le 15 mars 2012.
Le syndicaliste CFDT de l'aciérie ArcelorMittal de Florange, Edouard Martin, exprime sa colère devant un gendarme à Paris, le 15 mars 2012. — THOMAS SAMSON / AFP

C’est terminé. Les syndicats d’ArcelorMittal, réunis ce lundi matin en Comité central d'entreprise (CCE), viennent d’annoncer que l'arrêt des deux hauts fourneaux de Florange était bien confirmé.

600 personnes au chômage

Une nouvelle qu’ils redoutaient depuis plus d’une semaine,après leur convocation à ce CCE par la direction d'ArcelorMittal, numéro un mondial de l'acier. Cet arrêt entraîne le chômage pour près de 600 personnes parmi les 2.500 salariés du site, sans compter les sous-traitants.

La perspective de voir rallumés ces hauts fourneaux après 14 mois de fermeture était quasi-nulle, comme l’a confirmé jeudi Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif. Le CCE s’est tenu au siège du groupe à Saint-Denis, dans la banlieue parisienne, avec un seul point à son ordre du jour: «Information sur la situation économique et industrielle d'ArcelorMittal Atlantique et Lorraine». 

ArcelorMittal n'aurait par ailleurs pris lors du CCE aucun engagement concernant les investissements sur la phase à froid, la transformation de l'acier, contrairement à ce que demandait le gouvernement. L'activité packaging (acier pour le boîtage), dont une des deux lignes est arrêtée depuis plusieurs mois, serait menacée si la conjoncture ne s'améliorait pas prochainement, a également dit la direction selon les syndicats. Dans un communiqué diffusé en milieu de journée,  ArcelorMittal a confirmé sa «ferme intention de poursuivre les investissements nécessaires sur le site de Florange afin d’assurer la pérennité des activités aval en Lorraine.»

Blocage des syndicalistes

En Moselle, une quarantaine de syndicalistes du groupe sidérurgique bloquaient lundi les accès aux locaux administratifs du site et entendaient poursuivre leur action. «Aujourd'hui, c'est la rage, on est sous le choc», a dit à Florange Frédéric Weber, délégué de la CFDT, à Florange. «C'est un coup de massue qui tombe sur 1.000 emplois, 550 emplois directs et 1.000 avec les sous-traitants.» «Il ne nous reste plus qu'un espoir, c'est le gouvernement», a dit à Reuters Frédéric Weber.

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, avait annoncé jeudi aux salariés du site que le gouvernement était entré «en conflit» avec le sidérurgiste indien. Paris exige qu'ArcelorMittal investisse 150 millions d'euros sur cinq ans dans la phase à froid de Florange, où s'opère la transformation de l'acier, afin de permettre une reprise.

Selon un communiqué de la direction, le projet de fermeture concerne 629 salariés, mais elle «est convaincue qu’il est possible d’éviter tout licenciement sec en recourant aux différents dispositifs existants – notamment les programmes de mobilité et d’accompagnement individuel en tenant compte de la pyramide des âges sur ses sites français – qui seront définis dans le cadre du dialogue social et qui viseront à trouver une solution adaptée à chacun».

 Vers une proposition de loi

Lakshmi Mittal, PDG d'ArcelorMittal, qui été reçu jeudi dernier en tête à tête à l'Elysée par le président François Hollande, estime trop faible en Europe la demande d'acier et trop cher son coût de fabrication, en France notamment, mais aurait accepté de céder à un repreneur les deux hauts-fourneaux de Florange. La direction du groupe a donné un délai de 60 jours pour trouver un repreneur. «Dès aujourd’hui, le gouvernement se mobilise pleinement pour assurer la recherche d'un repreneur disposant d'un véritable projet industriel afin de pérenniser l'activité du site de Florange.  Le gouvernement sera vigilant à ce qu'Arcelor Mittal donne accès à toutes les informations nécessaires pour que cette recherche ait les meilleures chances de réussir», a signalé le ministre du Redressement productif dans un communiqué.

Si la CGT et FO du site prônent la nationalisation ou l'entrée de l'Etat dans le capital pour y disposer d'une minorité de blocage capable de peser sur les décisions, le gouvernement Ayrault préfère le vote d'une loi contraignant un industriel à céder une usine rentable dont il souhaiterait se débarrasser. Une proposition de loi en ce sens devrait être discutée dès la semaine prochaine au Parlement.

 

ArcelorMittal a déjà fermé temporairement 16 des 25 hauts fourneaux de son groupe sur le continent européen, et deux définitivement, à Liège en Belgique. En 2011, la production d'acier dans l'Union européenne s'est élevée à 177,4 millions de tonnes soit 16% de moins que le niveau de 2007 (210,8 mt), selon les données de la World Steel Association (WSA). La crise aidant, la demande d'acier en Europe a baissé d'un quart par rapport à 2007. Un constat également relevé par l'expert Pascal Faure dans son rapport remis fin juillet au nouveau gouvernement.

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