Mondial de l'auto: «Le moteur diesel est aujourd'hui respectueux de l'environnement et de la santé»

INTERVIEW Guillaume Faury, directeur R&D du groupe PSA Peugeot Citroën, décrypte la stratégie du constructeur automobile...

Propos recueillis par Claire Planchard

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Guillaume Faury, directeur  de la recherche et du développement chez  PSA Peugeot Citroën
Guillaume Faury, directeur  de la recherche et du développement chez  PSA Peugeot Citroën — D.R.

Dangers du diesel, pari du véhicule hybride, avenir de la voiture connectée... Guillaume Faury, directeur de la recherche et du développement chez  PSA Peugeot Citroën, a reçu 20 Minutes sur le stand Peugeot du Mondial de l’automobile pour décrypter la stratégie de PSA et les défis technologiques de l’industrie automobile.

Le diesel représente une part importante des investissements de PSA, allez-vous modifier votre stratégie face aux propositions visant à limiter ce type de motorisation?

Le moteur diesel est aujourd’hui respectueux de l’environnement, c'est-à-dire de la santé. Nous ne contestons pas les résultats des études de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) mais ils concernent les anciens moteurs diesel, c'est-à-dire avant le changement de réglementation européenne qui impose depuis 2011 des systèmes de dépollution, filtres à particules et systèmes de catalyse. Aujourd’hui nos moteurs diesel rejettent des particules solides en plus petite quantité et émettent moins de CO2 que les moteurs à essence. Nous développons même actuellement un nouveau système baptisé SCR qui permettra de diminuer les émissions d’oxyde d’azote des moteurs diesel. Si on anticipe un rééquilibrage en faveur des moteurs essence, c’est donc davantage en raison du coût supplémentaire que représentent ces nouvelles technologies: si le diesel va continuer à monter sur des grosses voitures qui sont confrontées à des problèmes de consommation, il existe aujourd’hui pour des petites voitures circulant en ville des moteurs à essence performants et pas très chers. Donc nous continuerons à proposer les deux offres en fonction des besoins des utilisateurs.

Pourquoi avoir fait le choix de voitures hybrides plutôt que celui de voitures électriques comme Renault?

Les technologies sont identiques donc ce n’est pas un choix technologique mais un choix d’usage. L’électrique est une rupture très forte par rapport aux usages. L’autonomie est faible et le coût de la batterie est élevé, donc il faut rouler souvent, sur de courtes distances, et la recharger longtemps pour la rentabiliser. Cela correspond à des utilisations très particulières. Pour nous, arriver sur ce marché par l’hybride est un moyen d’entrer par des usages plus conventionnels, avec une technologie qui permet de faire plus de choses.

Et les consommateurs sont-ils convaincus, en dépit du surcoût que ce type de technologie représente?

A côté de nos quatre modèles hybrides (Peugeot 3008, 508 berline et 508 RXH et la Citroen DS5)  nous proposons la technologie stop & start qui est un plus petit niveau d’hybridation. Nous allons ainsi continuer à proposer petit à petit des solutions hybrides adaptées aux différents types de voiture: une forte hybridation pour les grosses voitures et une plus petite pour les autres. Le surcoût varie de 3.000 à 5.000 euros selon les modèles, pour les gros rouleurs ça fait donc du sens. Et ça fonctionne bien. Sur les DS5, nous avons même dépassé nos espérances, avec 22% des ventes en modèles hybrides à fin août, et il semblerait qu’on atteigne aujourd’hui 35%. Et les avantages fiscaux proposés par le gouvernement contribuent à attirer l’attention et à financer ce surcoût ont un effet positif sur les ventes.

Qu’en est-il de l’innovation à l’intérieur de l’habitacle: une révolution est-elle aussi en marche?

On travaille beaucoup sur l’agrément à bord et la connectivité. Dans un monde dominé par Internet et les smartphones, l’automobile a un rôle à jouer pour retrouver prolonger cette connectivité. Bientôt vous pourrez localiser directement sur votre smartphone la place de parking de votre véhicule ou vérifier le niveau de carburant. Mais ces innovations nous placent face à des enjeux de sécurité car elles ne doivent pas perturber la qualité de la conduite, mais au contraire être un support de la sécurité. On travaille ainsi à la possibilité de filtrer les appels entrants en les transférant sur la messagerie vocale ou d’annoncer la présence d’un véhicule accidenté sur la voie. C’est une responsabilité que nous avons pris à bras-le-corps.