Un train de propositions pour remédier au chômage des jeunes

SOCIAL Le chômage des 15-24 ans, n’est pas une fatalité pour le Conseil économique, social et environnemental (Cese)...

M.B.

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Une agence pôle emploi à Toulouse.
Une agence pôle emploi à Toulouse. — FRED SCHEIBER / 20 MINUTES

Inemployables, les jeunes? Alors que le chômage des 15-24 ans s’établit au niveau record de 22,7% au second semestre 2012, contre 9,4% pour le reste de la population active, la question lancinante du manque d’adaptation de cette classe d’âge au marché du travail se fait encore plus pressante. Une fatalité à laquelle se refuse Jean-Baptiste Prévost, le rapporteur d’un avis soumis mercredi au vote du Cese. Même si la barre des trois millions de chômeurs sera officiellement dépassée le jour même avec la publication du nombre de demandeurs d'emploi pour le mois d'août. Car contrairement  à la phrase lâchée en 1993 par François Mitterrand: «Dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé», des solutions existent pour les jeunes.

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Une génération pleine de capacités

«Plus diplômés et qualifiés que les générations précédentes, la plupart d’entre eux ont des capacités d’innovation, de création, ou d’adaptation aux nouvelles technologies essentielles aux entreprises» estime Jean-Baptiste Prévost.  Vu la gravité de la crise économique, il faut faire feu de tout bois. Si rien n’est fait rapidement, c’est une génération entière qui risque de trainer comme un boulet pendant toute sa vie professionnelle des conditions d’une insertion difficile dues à la crise.»

Pour renverser la vapeur, l’ex-président de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) préconise ainsi 18 mesures concrètes: «Les indispensables mesures d’urgence ne suffiront pas: ce sont les règles du jeu qu’il convient de changer», tonne-t-il.

Si l’augmentation significative du nombre d’emplois aidés en période de crise, avec 150.000 emplois d’avenir d’ici 2014, s’impose pour éviter que les jeunes ne se coupent durablement du marché de l’emploi, il juge nécessaire d’améliorer le dispositif pour renforcer son volet formation, et ne pas pénaliser les plus qualifiés confrontés aussi à des difficultés pour trouver un emploi. Les  «contrats de génération», l’exécutif table sur 500.000 d’ici 2017, devraient également être mieux ciblés pour éviter les effets d’aubaine. Une analyse partagée par l’OFCE  pour qui sur 100 emplois créés, 60 à 80 l’auraient été de toute façon.

Manque de qualifications

Par ailleurs, l’avis s’inquiète du retard pris par la France en matière de qualification de sa main-d’œuvre. Certaines études, comme celle de l’Institut McKinsey, estiment que «d'ici à 2020, si les conditions du marché du travail restaient inchangées, il manquerait à la France 2,2 millions de diplômés, tandis que 2,3 millions d'actifs sans diplôme ne trouveraient pas d'emploi. » «Même si la crise a entamé son efficacité, le diplôme demeure le meilleur rempart individuel contre le chômage», ajoute Jean-Baptiste Prévost. Il préconise ainsi de renforcer l’accès à la formation des jeunes peu ou pas qualifiés, d’élever le niveau de qualification des jeunes en formation, et de faire évoluer l’offre de formation.

De plus, afin d’améliorer la transition entre le système éducatif et l’emploi, il propose d’instaurer des modules de préparation à l’insertion professionnelle dans les enseignements, et de booster  les dispositifs d’orientation.  Malgré tout, il estime que la généralisation des stages (1,6 million par an, contre 600.000 en 2006) en milieu professionnel doit s’accompagner en parallèle d’un renforcement de leur réglementation, afin de garantir leur contenu formatif, d’étendre l’obligation de gratification des stagiaires à l’ensemble de la fonction publique, de renforcer les droits des stagiaires et de lutter contre les stages abusifs remplaçant des emplois.

La précarité fustigée

Enfin, Jean-Baptiste Prévost tient à battre en brèche «l’idée centrale des politiques de l’emploi en direction des jeunes considérant que la précarité leur permettrait d’accéder plus facilement à l’emploi en limitant le risque lié à l’embauche pour l’employeur». D’après lui, elles ne se sont pas traduites par une amélioration substantielle de leur situation face à l’emploi, le CDD étant de moins en moins un tremplin vers l’emploi durable. Il plaide donc, tout comme le ministre du Travail, Michel Sapin, pour l’instauration d’un «bonus/malus précarité» qui vise à moduler les cotisations chômage des entreprises en fonction du recours au travail précaire. Reste à voir si le gouvernement et le parlement reprendront tout ou partie de ces 18 propositions dans le cas où le Cese adopte cet avis.