Médicaments: Comment économiser 10 milliards d'euros

SANTE Selon les calculs d'une députée européenne...

Vincent Colas
— 
Illustration: Des médicaments génériques.
Illustration: Des médicaments génériques. — DURAND FLORENCE/SIPA

Les Français sont les champions d'Europe de la consommation de médicaments. Surtout, ils les paient beaucoup plus chers que leur voisin européen. L'Arimidex, prescrit après un cancer du sein, coûte 116,50 euros en France, contre 48 euros en Italie. Ce qui irrite la députée Michèle Rivasi (EELV), membre de la commission santé du Parlement européen, selon qui «les mesures de redressement ne sont pas prises», plus particulièrement après le scandale du Mediator et le livre des Professeurs Philippe Even et Bernard Debré, sorti la semaine dernière (lire encadré). Pour elle, au minimum dix milliards d'économies sont possibles, car «on prescrit trop ». En France, sur 10 consultations, 9,7 donnent lieu à une ordonnance, contre 4 aux Pays-Bas. Un constat partagé par la Fédération hospitalière de France, qui estime qu'« un petit tiers des actes médicaux sont inutiles».

Des nouveautés sans bénéfice thérapeutique

Les Français sont également les premiers utilisateurs de molécules récentes, qui n'apportent souvent aucun progrès thérapeutique. Une tendance entretenue par les labos qui n'hésitent pas à lancer de nouveaux traitements, plus chers, alors que la formule a été peu modifiée. En 2011, selon la Haute Autorité de santé, un seul médicament sur 232 testés présentait une amélioration majeure. Et 209 ne présentaient aucune amélioration. Pourtant, tous sont remboursés. «Et pendant ce temps, les profits pharmaceutiques augmentent au détriment de la Sécurité sociale, qui voit son déficit se creuser au risque de mettre en danger notre système de protection sociale», assure la députée européenne. Plutôt qu'«une vague de déremboursements pratiqués sans réelle évaluation», Michèle Rivasi plaide pour une réforme des modalités de fixation des prix des médicaments qu'elle juge «très opaque», pour évaluer précisément «en quoi un nouveau médicament apporte une valeur ajoutée».

 

Deux hommes en colère

La semaine dernière, les Prs Philippe Even et Bernard Debré ont sorti le Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux. Leur constat est implacable : la moitié de ces médicaments seraient inutiles et 5 % seraient même dangereux.