Le Qatar va financer les banlieues françaises

SOCIAL Un fonds de 100 millions d'euros va être débloqué...

Avec Reuters

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La trêve hivernale des expulsions, qui débute samedi soir, va apporter un répit de quatre mois et demi pour des milliers de personnes, dans un contexte de crise du logement et d'une application difficile du droit au logement opposable (Dalo).
La trêve hivernale des expulsions, qui débute samedi soir, va apporter un répit de quatre mois et demi pour des milliers de personnes, dans un contexte de crise du logement et d'une application difficile du droit au logement opposable (Dalo). — Bertrand Guay AFP/Archives

Le Qatar va aider les banlieues françaises pauvres à créer des entreprises en contribuant à un fonds approuvé par le nouveau gouvernement socialiste. L'Etat français, qui espère trouver des partenaires privés, entend au moins doubler la mise initiale prévue de 50 millions pour arriver à 100 millions d'euros, selon une décision du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, annoncée par le journal Libération et confirmée lundi par l'entourage du ministre.

Projet lancé sous Nicolas Sarkozy

Le gouvernement de gauche concrétise donc, en le modifiant, un projet lancé sous Nicolas Sarkozy fin 2011 mais mis en sommeil à l'approche de la campagne électorale, sous la pression de l'extrême droite qui en faisait un cheval de bataille en dénonçant un supposé risque «d'islamisation». Il n'y a pas encore de calendrier, dit-on dans l'entourage d'Arnaud Montebourg, qui met en avant «une approche moins exclusive» qu'une simple aide aux banlieues car le fonds visera aussi les zones rurales. «L'approche, ce sont les territoires déshérités. C'est vrai que les quartiers ont un vrai retard d'investissement, qui est en désaccord avec l'énergie qui en émane», explique-t-on.

Cette démarche du Qatar, même si elle est plus ou moins diluée par un argent d'origine différente, est une nouvelle démonstration de l'émergence dans la vie économique et publique française et européenne de cet Etat du Golfe, grand comme une province française mais aux moyens financiers quasi illimités. Il détient via des fonds souverains des parts dans Lagardère, Vivendi, Vinci, Veolia, Total, ou LVMH et possède de nombreux hôtels de luxe. Il a acquis une grande partie des droits de retransmission du championnat de Ligue 1 de football avec ses chaînes beINsport et a racheté le club du Paris Saint-Germain, le dotant d'une pléiade de stars à coups de millions.  Au plan diplomatique, il a appuyé la France et ses alliés dans l'intervention militaire qui a abouti au renversement du régime du colonel Kadhafi en Libye. Plus mesurées que sous Nicolas Sarkozy, les relations entre le Qatar et la France restent cordiales avec François Hollande, avec de premières rencontres à haut niveau en juin dernier.

Des projets en attente
L'action du Qatar dans les banlieues françaises viserait à relancer l'activité dans des secteurs touchés par le chômage de masse, qui y dépasse souvent les 40%, la délinquance et notamment le trafic de drogue, les problèmes d'urbanisme et de logement. Ce secteur est un point chaud de la vie du pays, en particulier depuis l'automne 2005 quand la mort de deux adolescents à Clichy-sous-Bois, près de Paris, avait provoqué une vague d'émeutes urbaines dans tout le pays.

Kamel Hamza, conseiller municipal UMP à La Courneuve et président de l'Association nationale des élus locaux pour la diversité (ANELD), promotrice de ce projet, estime que ce fonds va aider des initiatives paralysées par l'absence de crédit bancaire. «Cela s'applique uniquement à la création d'entreprise. Suite à l'annonce (de fin 2011-NDLR), on a été contactés par pas mal de porteurs de projets (...) qui ont déjà sorti un 'business plan», a-t-il dit. «C'est plutôt une bonne nouvelle que le gouvernement mette de l'argent. Ça permet de répondre aux détracteurs». Il a ajouté que le fonds s'adresserait non seulement aux banlieues mais aux zones rurales défavorisées, selon ce qu'Arnaud Montebourg leur a dit. Pour l'élu UMP, cette démarche du Qatar montre une chose. «Les pays étrangers ont bien compris que l'avenir de la France se faisait dans nos banlieues».

«Positions dangereuses», pour marine Le Pen

Marine Le Pen, présidente du Front national arrivée en troisième position à l'élection présidentielle, s'en est prise de longue date à l'émergence du Qatar en France, qu'elle voit comme une stratégie de développement de l'islamisme. «Le Qatar prend des positions qui sont dangereuses pour notre indépendance nationale», avait-elle ainsi dit lors d'une émission de la chaîne de télévision M6 sur le sujet en février. «Je le dis très solennellement, ces gens sont des soutiens financiers des fondamentalistes islamiques, des fous de la charia», avait-elle ajouté.

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