Crise entre Madrid et la Catalogne, sur fond de poussée indépendantiste en Espagne

EUROPE Madrid refuse de négocier sur une autonomie budgétaire pour la région...

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Le président de la Catalogne Artur Mas a accusé jeudi l'Espagne d'avoir "raté une opportunité historique" en refusant de négocier sur une autonomie budgétaire pour sa région, désormais en crise ouverte avec Madrid sur fond de poussée indépendantiste.
Le président de la Catalogne Artur Mas a accusé jeudi l'Espagne d'avoir "raté une opportunité historique" en refusant de négocier sur une autonomie budgétaire pour sa région, désormais en crise ouverte avec Madrid sur fond de poussée indépendantiste. — Josep Lago afp.com

Le président de la Catalogne Artur Mas a accusé jeudi l'Espagne d'avoir "raté une opportunité historique" en refusant de négocier sur une autonomie budgétaire pour sa région, désormais en crise ouverte avec Madrid sur fond de poussée indépendantiste.

Le dirigeant nationaliste, à la tête de cette puissante région du nord-est de l'Espagne, a rencontré à Madrid le chef du gouvernement Mariano Rajoy, espérant arracher un accord sur un "pacte budgétaire" qui élargirait l'autonomie dont bénéficie déjà la Catalogne.

Mais il s'est heurté à un refus de Mariano Rajoy. La discussion sur ce pacte "ne s'est pas bien passée", a lancé Artur Mas devant la presse.

"Je crois qu'on a raté une opportunité historique dans la compréhension entre la Catalogne et le reste de l'Espagne", a-t-il ajouté.

Selon lui, Mariano Rajoy lui a répondu qu'il n'existe "aucune marge pour négocier" sur un pacte budgétaire.

Traditionnellement riche, la Catalogne croule aujourd'hui sous les difficultés financières et réclame à Madrid une autonomie budgétaire qui lui donnerait la possibilité de lever elle-même l'impôt.

Autrefois moteur économique de l'Espagne, la région est désormais la plus endettée des 17 communautés autonomes d'Espagne, avec une ardoise de presque 44 milliards d'euros, soit 22% de son PIB.

Fin août, elle s'est résolue à demander une aide de cinq milliards d'euros à Madrid pour affronter ses remboursements de dette.

Les dirigeants nationalistes catalans accusent l'Etat espagnol, qui collecte l'impôt, de ne pas reverser assez à la région qui représente, avec environ 200 milliards d'euros, un cinquième du produit intérieur brut du pays.

Ils affirment que le gouvernement, engagé dans une politique de rigueur sans précédent pour réduire le déficit public, a entraîné leur région dans la crise.

Parallèlement, les revendications en Catalogne pour plus d'autonomie, voire pour l'indépendance, se font de plus en plus pressantes: une foule monstre a défilé dans les rues de Barcelone le 11 septembre, aux cris de "Independencia".

Les tensions sont telles que la presse espagnole évoque désormais ouvertement l'éventualité d'élections anticipées au Parlement régional, qui permettrait à la coalition nationaliste CiU (Convergencia i Unio) d'asseoir son pouvoir, deux ans après le scrutin qui lui a donné une majorité relative, avec 62 sièges sur 135.

"Tout donne à penser que les élections prévues pour 2014 seront avancées au 25 novembre ou au 2 décembre", écrivait jeudi le quotidien El Pais.

Artur Mas s'est borné à répondre que "toutes les options restaient ouvertes".

Après le refus de Madrid de négocier, a-t-il dit, "il faudra prendre des décisions, qui s'inscrivent dans le débat de politique générale" prévu la semaine prochaine au Parlement catalan.

Mercredi, Mariano Rajoy avait fermement rappelé à l'ordre les dirigeants politiques de Catalogne.

"Ce n'est pas le moment de générer plus de problèmes ni une instabilité politique", avait-il lancé.

Soucieux de rassurer ses partenaires européens sur sa capacité à redresser les comptes du pays, le chef du gouvernement s'inquiète de la fronde qui gronde dans certaines régions.

Celles-ci bénéficient d'une large autonomie née de la Constitution de 1978, pilier de la démocratie née après la dictature franquiste, et gèrent de lourds budgets comme ceux de la santé et de l'éducation.

Mais après des années de contrôle insuffisant de la part de l'Etat, leurs dérapages budgétaires menacent aujourd'hui la solidité de l'Espagne toute entière.

Fait rare, le roi Juan Carlos, habituellement discret sur les questions politiques, s'est lui-même invité mardi dans le débat, affirmant dans une lettre ouverte que face à la situation difficile du pays, "le pire que nous puissions faire est de diviser les forces, d'accentuer les dissensions".

Un clair rappel à l'ordre de la Catalogne, qui a soulevé les critiques des partis nationalistes.