En images : Patrick Chauvel, photographe de guerre pour la liberté de la presse avec RSF

PHOTOJOURNALISME Cinquante ans de carrière pour 34 conflits couverts dans le monde

Olivier Juszczak
Irak, 2016. Explosion d’une voiture kamikaze à l’avant d’une colonne de la Division d’or qui progresse dans Mossoul face à l’Etat islamique. Au premier plan, Antoine Chauvel, fils de Patrick.
Irak, 2016. Explosion d’une voiture kamikaze à l’avant d’une colonne de la Division d’or qui progresse dans Mossoul face à l’Etat islamique. Au premier plan, Antoine Chauvel, fils de Patrick. — PATRICK CHAUVEL

Le photographe de guerre Patrick Chauvel est au centre du 69e album de l’ONG Reporters sans frontières qui sort ce jeudi 3 mars en kiosques et en librairies. Pour le 30e anniversaire de la collection « 100 photos pour la liberté de la presse », RSF consacre son ouvrage au légendaire photojournaliste qui avait fait la couverture du premier numéro, en 1992, avec une photo de lui blessé lors de la guerre du Cambodge en 1974. Ce nouveau portfolio de RSF est également le premier livre de photo du photographe français qui a « shooter » 34 guerres en cinquante ans de carrière. A bientôt 73 ans, le photographe français couvre actuellement la guerre en Ukraine, comme il l'a fait auparavant pour d'innombrables conflits armés partout sur la planète. Du Vietnam, en passant par l’Irlande, la guerre en Tchétchénie, jusqu’à la Syrie et l’Afghanistan, voici un aperçu du métier de photographe de guerre. Comme toujours, 30 % des bénéfices de ces albums seront reversés à l’association, afin qu’elle poursuive son combat pour la liberté de la presse.


Réalisation : Olivier JUSZCZAK

  • Couverture de l'album n°69. Tchétchénie, 1995.
    Couverture de l'album n°69. Tchétchénie, 1995. — PATRICK CHAUVEL

    Né en 1949, à Paris, d'un couple de résistants de la Seconde Guerre mondiale, Patrick Chauvel a démarré précocement sa carrière, inspiré par les récits de son père journaliste, de son oncle, le cinéaste Pierre Schoendoerffer, et de leur ami, l'écrivain Joseph Kessel.

  • Couverture du premier numéro de la collection "100 photos pour la liberté de la presse" de RSF, en 1992.
    Couverture du premier numéro de la collection "100 photos pour la liberté de la presse" de RSF, en 1992. — AL ROCKOFF

    Il y 30 ans, Reporters sans frontières publiait le premier numéro de sa collection « 100 photos pour la liberté de la presse ». Sur la couverture, on pouvait voir un jeune photographe de guerre, grièvement blessé au Cambodge lors d’un reportage. C'était Patrick Chauvel.

  • Vietnam, 1969. Opération Apache Snow. Une section du 187e régiment d’infanterie dans la vallée d’A Shau doit reprendre la colline 937, plus connue sous le nom de Hamburger Hill.
    Vietnam, 1969. Opération Apache Snow. Une section du 187e régiment d’infanterie dans la vallée d’A Shau doit reprendre la colline 937, plus connue sous le nom de Hamburger Hill. — PATRICK CHAUVEL

    A 17 ans, Patrick Chavel part en Israël photographier la guerre des Six Jours. A son retour, il réalise que la plupart de ses images sont ratées. L'année suivante, en 1968, il s'embarque pour le Vietnam où il réussit à accompagner des patrouilles de reconnaissance américaines. Associated Press et Reuters achètent ses premières photos.

  • Irlande du Nord, 1972. Affrontement entre les catholiques et l’armée anglaise dans le Bogside à Derry.
    Irlande du Nord, 1972. Affrontement entre les catholiques et l’armée anglaise dans le Bogside à Derry. — PATRICK CHAUVEL

    En 1970, l’agence Sipa l’engage. Il couvre alors le conflit en Irlande du Nord, la guerre d’indépendance au Mozambique.

  • Cambodge, 1974. L’infanterie des forces gouvernementales monte à l’assaut sous le feu des Khmers rouges qui encerclent la capitale cambodgienne.
    Cambodge, 1974. L’infanterie des forces gouvernementales monte à l’assaut sous le feu des Khmers rouges qui encerclent la capitale cambodgienne. — PATRICK CHAUVEL

    Il continue de se rendre au Vietnam et au Cambodge, où la guerre contre les Khmers rouges fait rage. En 1974, blessé par un obus de mortier lors d’un assaut près de Phnom Penh, il est contraint de revenir en France. Il aura sept blessures graves au long de ses cinquante ans de carrière.

  • Erythrée, 1975. Combattante du Front de libération de l’Erythrée.
    Erythrée, 1975. Combattante du Front de libération de l’Erythrée. — PATRICK CHAUVEL

    En 1975, il entre à l’agence Sygma. Il photographie les guerres d’indépendance en Érythrée et en Angola et part au Liban où débute la guerre civile.

  • Liban, 1984. Un tank de l’armée libanaise chrétienne tire sur les milices musulmanes dans le centre-ville de Beyrouth. Un chat de religion indéterminée fuit les combats.
    Liban, 1984. Un tank de l’armée libanaise chrétienne tire sur les milices musulmanes dans le centre-ville de Beyrouth. Un chat de religion indéterminée fuit les combats. — PATRICK CHAUVEL

    En 1978, lors d’une offensive à Beyrouth, il est fait prisonnier par la Saiqa, groupe palestinien contrôlé par la Syrie. Accusé d’espionnage, il est interrogé pendant plusieurs jours et ne doit sa libération qu’à l’intervention de l’ambassade de France qui apporte la preuve de sa qualité de journaliste.

  • Iran, 1978. Manifestation du 11 décembre à Téhéran annonçant le début de la Révolution iranienne, qui provoquera le départ du shah Reza Pahlavi un mois plus tard.
    Iran, 1978. Manifestation du 11 décembre à Téhéran annonçant le début de la Révolution iranienne, qui provoquera le départ du shah Reza Pahlavi un mois plus tard. — PATRICK CHAUVEL

    La fin des années 1970 est particulièrement dense. Il assiste à la révolution islamique en Iran qui provoque le départ du shah Reza Pahlavi.

  • Iran, 1979. La garde impériale iranienne, corps d’élite de l’armée du shah d’Iran, lors d’une démonstration de force dans les rues de Téhéran.
    Iran, 1979. La garde impériale iranienne, corps d’élite de l’armée du shah d’Iran, lors d’une démonstration de force dans les rues de Téhéran. — PATRICK CHAUVEL

    «C’est à nous, journalistes, de rechercher la vérité et de la diffuser par tous les moyens. Face à la fatalité des événements, notre jugement est soumis à rude épreuve et l’œil du photographe ne transmet que ce qu’il voit : un instantané de guerre. Mais comme il y a toujours plusieurs photographes, plusieurs journalistes sur un même conflit, cette succession de témoignages finira par raconter “l’histoire-bataille”, au plus près de la vérité des faits. » - Patrick Chauvel, cité par RSF.

  • Salvador, 1980. Une femme enceinte fuit les tirs avec ses enfants lors des obsèques de l’archevêque Romero.
    Salvador, 1980. Une femme enceinte fuit les tirs avec ses enfants lors des obsèques de l’archevêque Romero. — PATRICK CHAUVEL

    Il pointe ensuite son objectif sur l'Amérique centrale pour couvrir les révolutions. En 1980, au Salvador, il est présent lors de l'assassinat par l'extrème droite du l'archevêque Oscar Romero. Il remporte le prix Missouri pour son reportage lors des obsèques, où une grenade explose au milieu de la foule. 

  • Tchétchénie, 1995. Trois combattants tchétchènes montent à l’assaut sous le feu russe.
    Tchétchénie, 1995. Trois combattants tchétchènes montent à l’assaut sous le feu russe. — PATRICK CHAUVEL

    En décembre 1995, il est en Tchétchénie et couvre l’offensive russe. Ses reportages remportent le World Press et le Prix du Scoop d’Angers en 1996.

  • Tchétchénie, 1996. Petite fille sur un char russe détruit par les combattants tchétchènes à Grozny.
    Tchétchénie, 1996. Petite fille sur un char russe détruit par les combattants tchétchènes à Grozny. — PATRICK CHAUVEL

    Il décide ensuite de se consacrer au documentaire et réalise de nombreaux films comme Rapporteurs de guerre (1999) avec Antoine Novat. Au début des années 2000, il s'exerce aussi à l'écriture comme moyen d'expression, et publie des livres consacrés encore au sujet du reportage en zone de conflit.

  • Irak, 2016. Explosion d’une voiture kamikaze à l’avant d’une colonne de la Division d’or qui progresse dans Mossoul face à l’Etat islamique. Au premier plan, Antoine Chauvel, fils de Patrick.
    Irak, 2016. Explosion d’une voiture kamikaze à l’avant d’une colonne de la Division d’or qui progresse dans Mossoul face à l’Etat islamique. Au premier plan, Antoine Chauvel, fils de Patrick. — PATRICK CHAUVEL

    En 2016-2017, il couvre la bataille de Mossoul en Irak avec son fils Antoine Chauvel, devenu lui aussi photographe. Le Fonds Patrick-Chauvel, créé en 2014, permet de rassembler ses archives comprenant 380.000 clichés. Ce fonds est mis en valeur dans une exposition permanente au Mémorial de Caen. A bientôt 73 ans, le photographe français couvre actuellement la guerre en Ukraine.

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