Résider en maison de retraite pourrait coûter plus cher. Qu'en pensez-vous?

DEBAT Un projet de décret du gouvernement prévoit de laisser une plus grande liberté aux établissements pour fixer leur tarif d'hébergement. Votre avis...

C. F. et P.A.

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Les structures belges accueillant des personnes âgées sont plus petites (moyenne de 46 lits contre 60 en France), avec un aspect "plus convivial et plus chaleureux".
Les structures belges accueillant des personnes âgées sont plus petites (moyenne de 46 lits contre 60 en France), avec un aspect "plus convivial et plus chaleureux". — Thierry Zoccolan AFP/Archives

Déjà onéreuses, les maisons de retraite pourraient peser encore plus lourd dans le budget d'une personne dépendante ou celui de sa famille. Un projet de décret du ministère du Travail en date du 23 juin dernier modifie en effet le mode de financement des établissements publics et associatifs. Il prévoit notamment de leur laisser une plus grande liberté pour fixer leur tarif d'hébergement, une des trois composantes du prix de journée, avec les soins et la dépendance, révèle La Croix ce mercredi. Selon le quotidien, le texte préconise de laisser la maison de retraite fixer elle-même son prix de journée pour le gîte et le couvert pour les personnes qui ne bénéficient pas de l’aide sociale. Le projet de décret précise tout de même que l’évolution de ce tarif devra être encadrée, pour tous les résidents, aide sociale ou non, par la direction de la concurrence et des prix, comme pour les établissements privés.

Nous vous avons demandé ce que vous en pensiez et vous répondez en masse. «Je suis écoeuré, ces vieux ont cotisé toute leur vie, et les enfants ne pourront pas suivre pour le paiement», lance Macaillette. Virusdemocrat, plus virulent, estime qu'il «ne pouvait en être autrement dans un pays qui s'évertue durant toute l'existence des Français à littéralement les spolier, les racketter en leur faisant miroiter une certaine sécurité sociale qui leur est lourdement et doublement facturée». Et Menou d'ajouter, «actuellement, certains petits vieux dépendants ont pu épargner sou par sou. Au bout de leur vie, on les leur rackette tout bonnement, car les prix sont élevés et les prestations parfois inexistantes. Mais que feront nos enfants smicards ou chômeurs quand leurs parents seront vieux? Nous, retraités, on les aide (comme on peut) financièrement... Ce qui nous empêche de faire des économies.»

Famille inquiètes

 
«Incompétence ou mauvaise foi, Mesdames, Messieurs les politiques, nous sommes la honte de l'Europe en matière de traitement des vieux écrit Moisesissou. Nos maisons de retraite publiques sont des mouroirs, où même les règles de sécurité ne sont pas respectées». Mecsicon, lui, lâche: «Il est plus que clair, désormais, que ce gouvernement, issu d'une droite les plus dures d'Europe, acoquinée avec les rebuts et la lie d'une gauche modérée, ne fait plus dans la dentelle, pour casser tous les acquis, toutes les avancées sociales du siècle dernier.»
 
«Le financement social devient de plus en plus difficile parce que les caisses n'étaient alimentées que par les revenus du travail et pas par le capital, explique JP41. Comme avec la crise, il n'y a plus de travail, c'est la conséquence. Si les retraités pauvres pourront encore fréquenter les maisons de retraite parce qu'ils auront des aides, il n'en sera pas de même des autres. Je suis trop riche pour être pauvre et trop pauvre pour être riche, je paie donc plein pot partout.» Et Mumuch, aide-soignante de profession, de raconter: «Je constate de plus en plus d'écart entre les patients dits "aisé" et ceux ayant moins de moyens. Clairement nous allons vers une privatisation de la santé. La moyenne de tarif d'une maison de retraite est déjà d'environ 2.000 euros, ce qui me semble suffisant. Les directeurs recrutés actuellement sont tous des gestionnaires n'ayant aucune vision du soin. Bref, ce décret est simplement scandaleux, écoeurant pour nos aînés.»
 
Les familles sont d’ailleurs inquiètes, même si le ministère se veut rassurant et ouvert à la discussion. Elles craignent une forte hausse du prix de l’hébergement et la mise en place d'un système à deux vitesses, séparant les personnes bénéficiant de l’aide sociale et les autres. «Ces dernières, qui paieront plus, pourraient par exemple être en droit de demander davantage de services», redoute Joëlle Le Gall, présidente de la Fédération nationale des associations de personnes âgées et de leurs familles (Fnapaef), dans les colonnes de La Croix. Actuellement, le tarif moyen de l'hébergement dans un établissement hébergeant des personnes âgées dépendantes (Ehpad) coûte 50 euros en moyenne par jour, soit 1.400 euros par mois, selon l’Association des directeurs au service des personnes âgées. La Fnapaef, elle, chiffre plutôt à 1.700 euros par mois le coût pour une famille, en incluant le ticket modérateur lié à la dépendance.
 
Ce projet de décret vous inquiète-t-il? Avez-vous des proches en maison de retraite? Comment cela se passe-t-il sur le plan financier? Continuez à nous le dire ci-dessous...