Rentrée Littéraire: Cédez à l'appel de Londres avec «Julie’s Way»

RENTREE LITTERAIRE Trois raisons de se laisse tenter par «Julie’s Way», une comédie franco-british tendre et désenchantée parue le 14 janvier aux éditions Alma…

Annabelle Laurent

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Julie's Way, Pierre Chazal, éditions Alma, 18 euros.
Julie's Way, Pierre Chazal, éditions Alma, 18 euros. — Alma Editions

Peut-être le nom de Pierre Chazal était-il arrivé à vos oreilles en 2012, lors de son premier roman remarqué, Marcus. Mais si ce professeur de français et parolier né en 1977 n’a jamais croisé votre route, n’attendez plus : Julie’s Way, paru le 14 janvier aux éditions Alma, vous fera démarrer l’année du bon pied, loin des romans aussi plombants que la météo du moment. Pour trois raisons.

Pour ce qu’il dit du blues de la génération Y 

Le roman s’ouvre sur un départ. Pour Nico et Yann, la trentaine approche, et avec elle la fin de « ces roaring twenties étudiantes qui cassent tout sur le papier et qui quand on y repense après apparaissent aussi fadasses qu’une chanson d’Obispo ». Pleuvent désormais, dans leur entourage, les faire-part de mariage et de naissance. De jeunes « cons et prétentieux », Nico et Yann sont devenus « cons et blasés », admettent-ils d’eux-mêmes, préférant mettre les voiles pour un temps, l’un pour l’Angleterre, l’autre pour l’Asie. L’avenir s’écrira peut-être là-bas. En tout cas plus que devant un PC chez Ernst & Young. La mondialisation ? « On y croyait, pourtant. (…) La partouze géante tant attendue, le coït des cœurs et des esprits d’une humanité enfin réconciliée ! En guise de quoi on a eu le droit à… Stromae au musée Grévin et Florence Foresti à l’Olympia », lance le narrateur désabusé, et drôle, surtout. La génération Y s’y reconnaîtra.

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Pour ce qu’il dit des belles rencontres 

Les rencontres d'Erasmus ou de voyages, celles qu’on n’attend pas et qui réchauffent. On ne sait pas trop où on va, mais on y va ensemble, il est aussi question de cela dans Julie’s Way. Nico se lie d’amitié avec l’Espagnole Maria et l’Autrichien Oliver. Deux collègues un brin perchés avec lesquels il partage la routine d’un job rébarbatif le jour, et l’effervescence de Londres la nuit. Il y a surtout Mrs Pimbleton, sa logeuse, une old lady pleine d’esprit et de répartie persuadée que tout Français qui se respecte se doit de savoir citer Proust ou Flaubert dans le texte. Luckily, il passe le test avec brio.

Leur duo improbable donne lieu à des échanges savoureux que Pierre Chazal a laissés en VO, et traduit en note de bas de page, inutile donc de sortir votre Harrap’s. « I should have kicked you out right away. God only knows why I didn’t », se désole Mrs Pimbleton, fatiguée d'avoir à soigner les lendemains de cuite de son locataire avec des litres d'Earl Grey.

Elle va malgré tout l'encourager à retrouver la fameuse Julie, la petite sœur de Yann et l’amour de jeunesse de Nico, qui s’est enfuie à Londres six ans plus tôt, sans préavis. C’est en espérant la retrouver que Nico va prendre la route jusqu’en Ecosse…

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Pour les clins d’œil aux expats

A Londres, Nico oublie volontiers « ses frères d’armes restés bloqués sur le continent, la ligne A du RER, le bar PMU d’Ozoir-la-Ferrière, le journal de Jean-Pierre Pernaut », glisse Pierre Chazal dans l’un de ces nombreux clins d’oeils qui parleront autant aux 500.000 Français de Londres qu’à quiconque a déjà fui l’Hexagone quelque temps. Autre commentaire du narrateur Nico, quand il rompt avec une petite amie provisoire qui a eu le malheur de l’emmener dans la mauvaise soirée: «Tout ce que j’avais fui en France, elle me le ramenait par packs de douze, modèle unique sorti d’usine. CV béton, born to succeed, l’homme animal aux dents plus longues que Diego le tigre dans L’Âge de Glace». Que les Français de Londres ne le prennent pas mal.