Migrants, chômage, djihad… Si vous aimez l’actu, lisez des romans

RENTREE LITTERAIRE Plusieurs romans de cette rentrée abordent des thèmes d’une actualité brûlante…

Florence Floux

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Alors que la rentrée dernière nous offrait un panel presque inégalé de récits remplis de personnages historiques, les auteurs ont décidé cette année de délaisser – un peu – l’exofiction pour s’emparer autrement du réel. Les djihadistes, le chômage, les migrants… Autant de thèmes d’actualité dont les romanciers ont choisi de se saisir. 20 Minutes présente trois livres bien ancrés dans le réel.

Le Français, de Julien Suaudeau (éd. Robert Laffont)

Le pitch. Un jeune des quartiers sensibles d’Evreux pris malgré lui dans un fait divers s’exile au Mali. De mauvaises rencontres en mauvaises rencontres, lâché par sa famille et ses amis, il va s’enfoncer dans la dérive djihadiste et devenir le bourreau d’otages occidentaux.

L’auteur. Julien Suaudeau avait réussi avec son premier roman Dawa, un polar sociopolitique noir et puissant qui nous emmenait dans les banlieues, les bureaux de la DGSI, et sous les ors de la République, un coup de maître. Pour Le Français, il approfondit un des ressorts de sa première fiction : le terrorisme. Alors que dans Dawa, Suaudeau s'intéressait davantage aux «cerveaux» des attentats, insoupçonnables et bien sous tout rapport, il nous plonge ici au coeur de la psychologie d'un jeune paumé devenu djihadiste presque par hasard. Aujourd’hui installé aux Etats-Unis, Julien Suaudeau, ancien critique cinéma, y enseigne le français.

A lire si… Vous désirez plonger dans une réalité faite de misère sociale, intellectuelle et affective qui fait mal. Un livre coup de poing dédié – pour se mettre tout de suite dans l’ambiance – « à ceux qui crèvent » et qui se termine en apothéose cauchemardesque.

 

Les Echoués, de Pascal Manoukian (éd. Don Quichotte)

Le pitch. Virgil, un père de famille moldave, Assan, Somalien qui veut sauver sa fille des miliciens, et Chanchal, Bangladais de 18 ans mandaté par sa famille pour sauver les siens de la misère, ont décidé de tenter le plus périlleux voyage de leur vie pour rejoindre l’Europe. Echoués en banlieue parisienne, leurs chemins vont se croiser pour déjouer les pièges tendus par un quotidien fait de peur, de violence et de système D.

L’auteur. Pascal Manoukian a commencé sa carrière de journaliste dans les années 1970. Reporter de guerre, il est aujourd’hui directeur général de l’agence Capa. Son premier livre, Le Diable au creux de la main, fait le récit – remarquable – de ses reportages les plus marquants. Les Echoués est son premier roman.

A lire si… Vous voulez en savoir plus sur les réugiés. Manoukian, très au fait de la réalité des migrants (il a couvert le sujet en tant que journaliste), nous introduit dans le quotidien de ces manutentionnaires ou vendeurs de roses anonymes, venus des quatre coins du monde pour échapper à la guerre ou/et à la misère. Un récit humain en forme de fable contemporaine.

 

Burn-out, de Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah (éd. Seuil)

Le pitch. Le 13 février 2013, Jamal Chaar, chômeur en fin de droits de 41 ans, s’immole devant un Pôle emploi de Nantes. Meklat et Abdallah tentent par la fiction, de remonter le fil du drame pour mieux comprendre les raisons qui ont poussé cet immigré algérien à ce geste désespéré.

Les auteurs. Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah s’essaient à leur premier roman à seulement 23 ans. En 2007, encore lycéens, ils rejoignent l'équipe des "kids" du Bondy blog, fondé pendant les émeutes de banlieues de 2005 pour rendre compte de la réalité sociale.  

A lire si… Si vous n’avez pas peur des vrais faits divers. Les deux auteurs donnent la parole, sous forme de livre choral, à l’ensemble des acteurs qui ont pu participer de près ou de loin au quotidien de Jamal Chaar. En essayant de comprendre son geste, ils dressent un portrait cinglant de la société française.