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Interview« Un rappeur doit avoir son gimmick », estime Naps qui raconte son « Okay »

« Un rappeur doit avoir son gimmick », estime Naps qui nous raconte (entre autres) son « Okay »

Interview
Sa décima, comme il l’appelle. Naps sort ce 28 avril « En temps réel », son dixième album. « 20 Minutes » a rencontré le rappeur marseillais, histoire de tchatcher musique bien sûr, mais pas seulement
Ce moment où Naps a vendu son premier million d'albums
Alexandre Vella

Propos recueillis par Alexandre Vella

L'essentiel

  • Naps, le rappeur marseillais, sort ce vendredi En temps réel, son dixième album.
  • L’album présente 22 titres et plusieurs featurings, avec Ninho, Imen Es, Koba laD, Gazo, Gambi, Maes ou encore Kalif hardcore.
  • Un œil sur la route, un œil dans le rétro, il a accordé une interview à 20 Minutes. Un entretien tous azimuts.

En temps réel et en 22 titres. Naps sort ce 28 avril son dixième album physique de sa carrière. 20 Minutes a rencontré le rappeur marseillais, connu, entre autres, pour l’immense succès de La Kiffance dans une chambre d’hôtel du bord de mer marseillais. Le balcon était à l’ombre alors l’entretien s’est poursuivi au soleil dans un coin tranquille de la terrasse de l’hôtel. On y a tchatché musique, évidemment, mais aussi voyages, vie de quartier, football et succès. Une interview tous azimuts, comme un ride en 500 Yamaha, au cours duquel on a appris que le soir de la sortie de La Kiffance, le rappeur avait lancé « une cellule de crise »… parce que le morceau marchait mal.

En sortant un album fin avril, quand tu écris, est-ce que tu te dis « il faut que je fasse le son de l’été ? »

Ce n’est pas forcément quelque chose à laquelle tu penses. Tu essayes d’y faire attention, mais voilà… Après nous, on est méditerranéen, ça fait qu’on est sous le soleil et qu’on a cet ADN-là, c’est ancré en nous. Même mes sons mélancoliques sentent le soleil. Je fais la musique que j’aime bien et, si j’aime bien, ceux qui ont bien aimé Naps vont suivre. J’essaye de rester authentique.

Dans tes chansons tu fais souvent des allers-retours vie de quartier et grands voyages exotiques, ce grand écart permanent, c’est à ça que ressemble ta vie aujourd’hui ?

Oui. C’est peut-être l’envie de découvrir le monde, de changer d’endroit, de voyager et de se ranger un peu de la vie qu’on a pu avoir avant. Mais les jeunes des quartiers voyagent aussi. Ça m’a toujours impressionné, les mecs de quartiers, on a tarpin le goût du voyage, de l’exotisme. A 15 ans, il y en a qui connaisse la Thaïlande. Moi, j’ai commencé à voyager tard. Après, franchement, la plupart des endroits dont je parle dans mes chansons, je n’y suis pas allé. C’est des trucs que je vois dans les reportages. Ce sont des endroits où je voudrais aller, mais avec le travail, c’est chaud. L’endroit où je voudrais vraiment aller en ce moment, c’est Zanzibar.

C’était quoi ton dernier voyage ?

C’était au festival Jemma à El Fna, à Marrakech pour le travail.

Et pour le plaisir, la Thaïlande en 500 Yamaha, comme chanté dans « La Kiffance », tu l’as fait ?

Je profite des showcases pour partir en voyage. Je rajoute une semaine histoire de kiffer aussi. La Thaïlande à moto, oui, je l’ai faite avant d’avoir écrit les paroles. Un énorme kif. Mais le Japon, non, et franchement le Mont Fuji-Yama, j’aimerais bien !


« Si je pouvais changer un truc, ce serait ça : pouvoir enlever sa notoriété et tac-tac la remettre. » »

Minot, c’était quoi les sons de ton enfance ?

Je vais t’en donner trois. Puff Daddy, sa chanson pour la mort de Biggie, I ll be missing you. Y’a Cyndi Lauper, Girls just want to have fun et Cheb Hasni, Mat te bkiche.

D’où vient ton « Okay », qui est un peu ta signature ?

Il vient du film Scarface (une compile des « okay » de Tony Montana, pour faire une idée). Comme l’accent que je prends, c’est un peu celui de Tony Montana. A la base, c’était un délire. Ça sonnait bien à l’ambiance, et c’est resté. Mais c’est un truc de fou ce « okay », je pourrais en faire un livre. Les gens, ils le veulent, s’il n’y est pas sur un son, ce n’est pas normal. Mais ce n’est pas une chose que j’ai cherchée. Un rappeur doit toujours avoir son gimmick certes, mais il faut qu’il vienne naturellement.

Tu suis le foot un peu ?

Ah oui, à fond !

Que penses-tu de la saison de l’OM ?

Franchement, ils font une bonne saison. Après la Ligue des champions, j’étais un peu dégoûté parce que je croyais vraiment qu’on avait des chances de passer en 8e. Ce qui est bien, c’est que le président (Pablo Longoria) a construit une équipe pour la durée. J’espère on va se qualifier en LDC cette année.


Avant son concert au Dôme, Naps a organisé une séance de dédicaces de son nouvel album à la cité La Castellane de Marseille
Avant son concert au Dôme, Naps a organisé une séance de dédicaces de son nouvel album à la cité La Castellane de Marseille  - Mathilde Ceilles / 20 Minutes

Tu as un joueur de l’OM préféré ?

Basile Boli, frérot. Pour son but en finale… mais pour la petite histoire, c’est aussi le tout premier autographe que j’ai eu. Minot, je faisais les marchés avec mon oncle. Un matin sur celui du Prado, il me dit : « Oh, y’a Basile va lui demander un autographe ». Et après je l’ai revu Basile au Vélodrome, quand on avait la loge avec Bande Organisée. Et il m’attendait pour un truc avec son fils. Et là, je le vois, je lui dis : « Tu ne te rappelles pas de moi, je t’avais demandé un autographe ! ». C’est une légende !

Comment tu imaginais ce que serait ta vie quand tu avais 15 ans ?

J’ai commencé a rappé à 15 ans, mais juste avant si tu veux : normal, marié, des enfants, un travail. Si je n’avais pas été rappeur, je crois que j’aurai bien aimé être policier, comme mon père en Algérie. Ou pilote de ligne. Je visais haut déjà, je suis un fou quand même (rires).

Et dans quinze ans ?

Franchement, posé avec ma femme, mes enfants. Je ne sais pas si je serai à Marseille, quoique (il réfléchit)… Autant la notoriété, elle sera redescendue. Si je ne suis pas à Marseille, je serai au moins dans les alentours, le pourtour méditerranéen. Parce que Marseille c’est un peu chaud, tu connais trop de monde. J’aime trop la Méditerranée, je suis un vrai méditerranéen. Quand on est né ici, c’est dur d’aller ailleurs.

Est-ce qu’il y a des choses qui te manquent dans ta vie d’avant le succès ?

Le fait d’être une personne normale. C’est malheureux, mais au quartier il y a de la jalousie. Si je pouvais changer un truc, ce serait ça : pouvoir enlever sa notoriété et tac-tac la remettre.

Est-ce que tu as des rêves encore ?

Je veux tout niquer, encore. Mais si j’ai encore un vrai rêve ? Attention, hein, on parle de rêve, un truc presque inatteignable : franchement, ce serait de faire le Vélodrome.

Des cauchemars ?

Non, sinon tu ne vis plus après. Ça dépend comment tu vois le verre à moitié plein ou moitié vide. Tu vois même le Dôme l’année dernière, pour moi c’était un rêve. C’est une énergie que j’avais jamais reçue. Y’avait de tout, des familles, des enfants, etc. Je m’estime assez heureux de ce que j’ai eu déjà, franchement c’est énorme. Même si ma carrière elle s’arrête là maintenant. J’ai fait des trucs, je suis le seul artiste à avoir deux quadruples diamants et le seul solo à en avoir un quadruple en titre solo en France. C’est un truc énorme. C’est un truc de ouf, une distinction que même des grands artistes n’ont jamais eu. Ce qui m’arrive maintenant est que du plus, voilà.

« En temps réel » est ton dixième album, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter ?

C’est mon dixième album sorti en physique, dans les bacs et en digital donc. C’est la décima, voilà. Comme le Real Madrid. Et comme le Real Madrid qui a gagné trois Ligues des champions d’affilée, moi ça fait trois fois d’affilée que je suis dans le son le plus écouté de l’année. Y’a eu Bande organisée, La Kiffance et Tout va bien, le son avec Alonzo et Ninho. Et là j’espère que ce sera la quatrième… et faire mieux que le Real de Madrid (rires).

Quand tu as sorti « La Kiffance », son succès t’a surpris ou tu savais d’office que ça allait être un énorme hit ?

On sentait le potentiel, on l’avait choisi en single. Mais je me souviens, le soir même de sa sortie on a fait une « cellule de crise ». « Ouais le son, il a que 150.00 vues », ou je ne sais pas ce que je racontais. Et maintenant quand on reparle de ça, on se dit : « Tu imagines, on a fait une cellule de crise alors que ça a été le son le plus écouté de l’année ».

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