«J'ai besoin de repartir à zéro», confie Julien Doré

INTERVIEW Sur « Vous & Moi », qui est sorti ce vendredi, Julien Doré reprend en version acoustique les chansons de son précédent album « & ». Il se lancera ensuite, dès avril, dans une série de concerts intimistes, comme il l’explique à « 20 Minutes »…

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Le chanteur Julien Doré.
Le chanteur Julien Doré. — Goledzinowski
  • Sur Vous & Moi qui est sorti ce vendredi, Julien Doré livre les versions acoustiques de son album &, sorti en 2016 et vendu à plus de 500.000 exemplaires.
  • Il explique à « 20 Minutes » qu’il s’agit une manière de refermer la parenthèse des deux années écoulées, chargées en émotion lors de la tournée.
  • Dès avril, Julien Doré entamera une série de concerts, également acoustiques, au cours desquels il improvisera en interaction avec le public.

« Retirer l’écorce de mes chansons, vous les confier autrement. Les revoir nues & d’un œil nouveau. Réinventer, toujours réinventer. » Rien ne se perd, tout se transforme, même des tubes multidiffusés en radio, nous dit Julien Doré. Il revient avec Vous & Moi, un album constitué de reprises acoustiques des morceaux de son précédent opus, &, sorti en 2016 et qui s’est écoulé à plus de 500.000 exemplaires. Un succès qui s’est confirmé par une tournée dans des salles pleines à craquer et qui a inspiré ce rappel intimiste à l’artiste que 20 Minutes a eu au bout du fil…

Quel a été le déclic qui vous a décidé à livrer ces versions acoustiques ?

Ces chansons ont voyagé pendant des mois en tournée, je les ai vues évoluer. Elles ont pris des formes différentes du moment où je les ai écrites, elles sont passées par divers arrangements pour la scène. Dans leur version acoustique, elles racontent une histoire totalement différente que lorsque je les joue avec mon groupe, avec plus d’énergie. C’est cela qui m’a donné envie de les réenregistrer sous une forme plus proche de celle du stade de l’écriture et qu’on ne dévoile jamais.

La quasi-totalité des chansons de Vous & Moi figurent sur votre album & qui vient d’être auréolé d’un disque de diamant. Il s’est vraiment passé quelque chose de particulier avec cet album ?

(L’évidence - on a l’impression de lui demander si le pape est catholique - le fait sourire) Oui, c’est le moins que l’on puisse dire. Il y a quelques semaines, on a fêté ce disque de diamant avec mon équipe. C’est mon premier, c’est complètement fou. J’ai l’impression que l’histoire a débuté sur l’album précédent, Løve. L’équipe artistique s’est soudée d’une façon très simple – on se connaît depuis plus de dix ans – et quelque chose s’est passé avec le public. C’est assez fou ce que l’on vient de vivre depuis deux ans. Quand on a fait la dernière date de la tournée à Bercy en décembre, je savais que ce seraient mes plus beaux souvenirs artistiques. Je ne pouvais pas me faire à l’idée que ça s’arrêtait là. On a une façon de vivre ces expériences, avec mon équipe et le public, plongés dans l’émotion. Ce n’est vraiment pas facile quand ça s’arrête, c’est un grand vide pour nous. Ça me terrorise. J’avais envie que la pente soit un peu plus douce pour finir, de continuer ce partage de façon intime.

C’est pour cela que vous écrivez, dans le livret de Vous & Moi, qu’il s’agit de « se dire adieu » ?

Les adieux sont liés à l’histoire d’& mais aussi à l’histoire tout court. Quand j’écris une chanson, quand je porte un projet, c’est à chaque fois une nouvelle histoire, cela correspond à un vécu, à des manières de raconter. Je n’écris pas de chansons quand je suis en tournée, je ne sais pas ce qui arrivera. Je vais voir si ces adieux se transformeront en nouvelle histoire…

Vous pourriez songer à dire adieu à la musique ?

La musique, c’est ce qui me tient réveillé, vivant et me donne le sentiment d’être utile, actif. C’est viscéral. Sans elle, je ne saurais pas faire avec mes émotions, avec ce que je suis. Ce qui est certain, c’est qu’enchaîner les albums, l’idée de la « surexistence » médiatique, ne m’obsède pas. & est arrivé à un moment clé de ma vie où je me suis posé la question de ce que signifiait écrire une chanson, et j’ai estimé qu’il y avait des liens entre les chansons. C’est ce qui a trouvé un écho auprès des gens qui m’aiment bien. Pour la suite, je ne sais pas du tout ce qui va arriver, mais c’est bien, très sincèrement. J’ai besoin de temps, de comprendre ce qu’il s’est passé, de repartir à zéro. Le fait de revenir sur scène seul, au-delà du fait que j’ai assez peur, c’est une prise de risque en soi.

Ce sera une occasion de découvrir un autre Julien Doré ?

Oui, même si je n’ai pas trop tendance à cacher des facettes de moi-même. Ce sera une autre façon d’approcher le spectacle vivant parce que je vais jouer dans de nombreux théâtres. La grosse différence, c’est que la mise en scène sera absente. Il n’y aura pas de scénographie travaillée pendant des mois, la matière sera l’improvisation et le feeling. Il va falloir créer chaque soir quelque chose avec le public.

La plupart des dates affichent complet, l’attente du public est là et vos fans sont bienveillants… Cela ne vous rassure pas ?

Cette bienveillance, j’en ai plus que conscience, je l’ai ressentie. Mais je ne peux pas faire simplement confiance à ce qui a été acquis, je dois monter sur scène en proposant quelque chose et construire cela avec les personnes présentes. Je veux me mettre en danger en étant tout seul, avec simplement une guitare, un piano, un ukulélé, puis peut-être faire monter les gens sur scène, échanger sur certaines questions, faire en sorte que ce soit totalement différent chaque soir.

Chaque concert sera donc, d’une certaine manière, « unique »…

C’est là qu’il y a une grande excitation. J’ai envie de jouer plein de chansons, mais tout pourra changer, évoluer en une fraction de secondes. La tournée précédente, c’était une très grosse machinerie, on prenait beaucoup de plaisir mais on avait établi une façon d’avancer au fil du spectacle, on dépendait de la vidéo, des effets spéciaux. Là, ce sera totalement libre…

Vous avez lancé un appel à candidatures à des non-professionnels pour assurer les premières parties. Pourquoi ?

J’ai fait quatre tournées et, à chaque fois, j’ai essayé de donner des coups de pouce à des artistes en cours de signature ou d’élaboration d’un album. Là, je me suis dit que c’était l’occasion de faire quelque chose avec des « non-professionnels », que dans chaque ville, quelqu’un qui exerce un métier différent mais qui, à un moment donné, a fait de la musique, écrit des chansons, puisse monter sur scène. Qu’ils se produisent dans leur ville, devant leur famille… cette fierté-là est jolie. Ça va être stressant pour eux, mais je serais présent sur scène pour les présenter.

Sur Vous & Moi, vous reprenez Africa de Rose Laurens en duo avec Dick Rivers… Pourquoi cette chanson et pourquoi Dick Rivers ?

C’est un peu toujours comme ça que je fais mes choix : à un moment donné, il y a une envie. Là, j’étais dans le Sud et, en entendant Africa à la radio, je me suis rendu compte que je la connaissais par cœur, que l’arrangement était cool. J’ai trouvé ça bizarre de ne pas avoir pensé à la reprendre plus tôt, parce que j’aurais pu la faire à l’époque de Nouvelle Star. Donc j’entends le texte et je sais que je peux l’emmener ailleurs. Arrivé chez moi, je me mets au piano, je trouve cet arpège qui teinte la chanson de quelque chose de plus dark et hypnotique et je commence à faire l’arrangement. Je me suis dit que ce serait bien que ce soit une conversation. J’ai appelé Dick, que je connais depuis des années et qui me sort une voix folle, dans les bas, j’ai halluciné. Cela transforme la chanson en une sorte de version chamanique d’un dialogue père/fils.

Cette reprise est assez symbolique de ce que vous êtes, c’est-à-dire un chanteur populaire, au sens noble du terme, qui parvient à être respecté par une frange plus « élitiste », généralement prompte à mépriser les artistes qui ont du succès auprès d’un large public. Comment l’expliquez-vous ?

Je crois que ce qui m’a sauvé, c’est que je ne me suis jamais posé la question. Avant que je fasse de la musique, je ne me suis jamais posé la question du goût ou du bon goût. Entre le lycée et les Beaux-Arts, j’écoutais aussi bien Leonard Cohen, les Dandy Warhols ou les Black Rebel Motorcycle Club que les Gipsy Kings, Francis Cabrel ou beaucoup de variété française. Jamais personne n’est venu me couper dans cette passion. Même aujourd’hui, quand je parle de ce que je fais, je ne me pose jamais la question. Je mélange ce qui me nourrit sans me demander pourquoi.

Une tournée presque à guichets fermés

Plus d’une vingtaine de dates de la tournée acoustique solo Vous & Moi, prévues en avril et mai en France, en Belgique et à Monaco affichent déjà complet. Il reste des places disponibles pour une quinzaine d’autres concerts, dont ceux les 16 mai, 22 et 23 juin à L’Olympia (Paris), du 5 mai au Silo (Marseille), du 20 mai à la Halle aux Grains (Toulouse), du 23 mai au Théâtre Femina (Bordeaux), du 25 mai à la Cité des Congrès (Nantes) ou du 8 juin à la salle Erasme (Strasbourg)… Plus de renseignements sur le site officiel de Julien Doré.