VIDÉO. Vald: «Je suis un poète, "J'te laisse la chatte en confiture", c'est de la poésie»

INTERVIEW Un an après « Agartha », le rappeur présente son nouvel album ce vendredi, « Xeu »…

Propos recueillis par Clio Weickert

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Vald présente son nouvel album, «Xeu»
Vald présente son nouvel album, «Xeu» — Kub & Cristo

On l’appelle V-A-L-D. Souvent drôle, parfois obscène, aux rimes aussi improbables que virtuoses, Valentin Le Du, aka Vald, présente ce vendredi son tout nouvel album, Xeu, un an après Agartha. Entre biff, buzz, string, démons perso et célébrité, le rappeur livre un album jonglant entre cynisme et optimisme, à l’atmosphère relativement sombre, tranchant avec l’éclat de sa couverture, d’un blanc immaculé.

«Xeu», l'album immaculé de Vald
«Xeu», l'album immaculé de Vald - Kub & Cristo

20 M-I-N-U-T-E-S l’a rencontré.

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Comment on prononce le titre de ce nouvel album ?

Comme on veut ! Il n’y a aucune règle ! gzéou, kseu, gzeu… tout fonctionne !

Et qu’est-ce que ça signifie ?

Ça veut dire ce que l’on veut, c’est ça qui est génial ! C’est à l’image de la vie, et la vie, ça veut dire ce que l’on veut !

Tu as fait le choix d’une pochette blanche, immaculée. Comme la vie aussi ?

Tout à fait, c’est une page blanche, pleine, ou vide. En tout cas c’est une page qui laisse la place à la création. On peut tout faire à partir de ça, on peut même prendre des notes.

Une pochette lumineuse alors que le contenu peut paraître plutôt sombre…

Je pense que c’est l’album le plus sombre que j’ai fait. C’est la musique que j’avais envie de faire, et c’est justement chanmé que la cover soit aussi lumineuse, ça donne une autre dimension, une autre profondeur à tout cela. C’est à la fois ténébreux et optimiste.

Le premier titre s’appelle « Primitif ». Qu’est qui est primitif à tes yeux ?

Notre vie, notre comportement, notre société, notre humanité… On arrive encore aujourd’hui à ne pas nourrir tous les humains, je trouve ça plutôt primitif. On arrive encore à se faire la guerre, plutôt primitif… C’est un point de vue global, mais nous-mêmes, dans nos comportements, nous sommes très primitifs. On pense par la peur, on est obnubilé par notre ego.

Dans « Réflexions basses », tu dis, « est-ce que je suis venu sur terre pour être capitaliste et me faire sucer la bite ? » Mais tu en penses quoi au fond de ce système ?

Il faut savoir bien le vivre, ce n’est pas une obligation. On ne nous met pas un flingue sur la tempe en nous disant « deviens capitaliste ». Maintenant, moi qui me dirige vers cette direction, est-ce que me faire plein de fric et être adulé est un chemin de vie qui va me satisfaire ? La question se pose.

Tu parles beaucoup d’argent justement, un moyen d’accéder au bonheur selon toi ?

Plus que ça, le manque d’argent crée la frustration. Mes parents ont toujours eu peur d’en manquer, et ils m’ont transmis ça. Je sais très bien qu’avec ce que j’ai en ce moment, je ne peux pas faire toute une vie, donc il va falloir que je transpire encore. Sans oublier la peur, pour toute cette merde. C’est terrible, on devrait naître sans peur de manquer d’argent. Elle n’a pas de sens cette peur.

Dans le titre « Gris », tu fais une référence à l’affaire Théo. Dans quelle mesure l’actualité t’inspire pour ta musique ?

Il faut que ça arrive à mes oreilles et ça c’est plutôt compliqué, je ne suis pas sur des circuits de médias faciles, même sur aucun, je ne regarde jamais les news, la télé… Après il faut surtout que j’ai une idée de rime…

Tu n’essayes pas particulièrement de passer des messages ou prendre parti, tu n’es pas politisé ?

Très peu, et je suis peu renseigné sur le sujet. Et les gens qui en parlent alors qu’ils s’y connaissent mal, je trouve ça insupportable, je déteste ça. Ils enfoncent tout le monde, ils tirent les débats vers le bas, ils s’affolent tout le temps. Moi je ne veux pas m’affoler, je ne sais pas de quoi je parle, donc n’en parlons pas.

Tu parles beaucoup de fumette aussi et dis notamment, « quand j’achète ça fait bosser les petits, légaliser ça fait chômer les flics ». Un débat qui revient sans cesse dans notre société…

Ah, je pense que j’ai verrouillé le débat avec ça ! Après, je m’interroge vraiment sur le blocage sur cette question. Au vu des statistiques, si on est l’un des premiers pays consommateurs, je ne comprends pas pourquoi on ne légalise pas encore… Non seulement ça donnerait énormément de travail à beaucoup de gens, et ça permettrait à beaucoup de jeunes de fumer des trucs « carré », car il y a beaucoup de fous à cause de ça. De toute façon tout le monde fume, qu’on légalise ou pas… Faisons de l’argent avec ça. Je trouve ça terrible de bloquer là-dessus alors que c’est une mine d’or et qu’à côté, la vente d’alcool est légale, alors qu’il y a les mêmes dangers. Mais je ne suis pas là pour défendre cette merde non plus, il faut aussi rappeler que ça nique des cerveaux. Au même titre que l’alcool.

Dernière question liée à l’actu, dans « Désaccordé », tu dis « j’te laisse la chatte en confiture ». On peut encore dire ça en pleine période #balancetonporc ?

Je pense qu’il y a un côté compliment dans ça…

Compliment ?

Bah, déjà on me le demande, je ne suis jamais dans une démarche de « je vais tout défoncer » !

Attends, on t’a déjà dit…

« Défonce-moi la chatte ? » Oui ! (rires).

(Rires) Mais on t’a déjà dit « laisse moi la chatte en confiture ? »

(Rires) Évidemment non, mais moi je suis un poète, je fais de la poésie ! Mais bon, c’est le but du rap de faire des phrases un peu folles ! C’est une bonne question en tout cas, mais je ne me sens pas du tout concerné, et pas prêt à m’offusquer de la susceptibilité non plus du mouvement. Que tout le monde soit susceptible, que tout le monde s’exprime. En tout cas, mon cœur est tellement bienveillant envers les femmes que je peux me permettre de dire ça. Tu me surprends même avec cette question, je n’y avais pas pensé.

Je me demandais s’il s’agissait d’un débat et d’interrogations qui te touchaient, et si tu ne songeais pas à te censurer parfois.

Très peu, je me censure sur des trucs qui vont avoir tendance à tirer les gens vers le bas. Je sais que les mots sont des incantations, je sais que ça peut faire beaucoup dans la tête des gens, et il y a certaines phrases, moi-même je me dis que c’est abusé… Et il y a moi-même des trucs que j’enlève. Mais sur ces débats-là, par rapport aux femmes, non.

Dans « Génial », l’un des derniers titres, tu mets en garde contre le rejet des autres, et conseilles alors de « devenir génial » pour se faire accepter. Un point de vue positif ou au contraire, complètement cynique ?

Un peu des deux. C’est un morceau qui dit que si tu n’es pas génial, on ne va pas t’aimer. C’est terrible, et encore à l’image de notre mentalité très primitive. On est dans l’utilisation, si tu n’es pas génial, tu ne sers à rien. Mais en même temps, ça fait du bien d’écouter « deviens génial » ! C’est un peu pour mon fils aussi. Je lui dis que les choses sont telles quelles sont maintenant, et qu’on est obligé de s’y soumettre. J’espère que je vais changer les règles du jeu à un moment donné, mais pour le moment c’est comme ça, et en attendant, devenons géniaux. Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ?