«J'ai été amené à être artiste à une époque où rien n'est facile», estime Amir

INTERVIEW Le chanteur, qui sort son deuxième album ce vendredi, a accordé un long entretien à «20 Minutes» au cours duquel il fut question de sa musique, d’Eurovision, de son rapport aux fans et de ce qu’il estime être sa responsabilité d’artiste…

Fabien Randanne

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Le chanteur Amir.
Le chanteur Amir. — Yann Ohran
  • Amir sort ce vendredi son deuxième album, « Addictions » (Warner Music).
  • Cet opus sort un an et demi après « Au cœur de moi », son premier opus sur lequel figure « J’ai cherché », la chanson avec laquelle il a décroché la sixième place à l’Eurovision 2016.
  • Il a commencé à travailler sur ce deuxième album deux semaines après la sortie du premier et les envisage comme un tandem.

Un an et demi à peine après son premier album, Au cœur de moi, écoulé à plus de 300.000 exemplaires et auréolé d’un disque de platine, Amir enchaîne ce vendredi avec un nouvel opus, Addictions. « J’ai choisi ce titre car je n’arrive pas à mettre un autre nom sur ce moteur qui me pousse à être toujours autant à fond sur mes projets », a expliqué ce stakhanoviste de la chanson française au cours d’un long entretien accordé à 20 Minutes. L’occasion de parler de son album, de ses fans, mais aussi de l’Eurovision et de sa place d’artiste dans le cynisme ambiant…

Addict au travail ?

Complètement addict. C’est vraiment quelque chose qui va au-delà de la volonté, c’est de l’amour pur pour ça. Je ferais le parallèle avec une maman qui est capable de mettre au monde plusieurs enfants de suite et qui aura toujours l’énergie de se réveiller le matin, de les nourrir, de s’occuper de leurs caprices, etc., sans se plaindre. Ces albums, ces chansons, ces concerts, ce sont un peu mes enfants… Ce sont les regards extérieurs qui me font réaliser l’effort que ça représente.

Il vous fallait battre le fer tant qu’il est chaud ?

Avoir peu de temps de battement, c’est particulier à ce tandem d’albums. On a commencé à écrire Addictions deux semaines après la sortie du premier, qui était quelque chose d’inachevé. Il fallait que j’approfondisse ce qu’on avait commencé à raconter. Au cœur de moi, le titre dit tout, était très autobiographique, c’était important de me présenter. Je ne voulais pas aborder des thématiques supplémentaires avant de savoir quel résultat cette carte de visite allait donner. Quand j’ai vu que ça avait bien démarré, que des gens commençaient à accrocher, ça m’a rassuré. La première pierre étant posée, il fallait agrémenter, avec de nouvelles thématiques, de nouvelles collaborations, tout en gardant la même base musicale, artistique. Addictions est le grand frère du premier album… même s’il est né plus tard (rires).

«Je prends en compte, quand j’écris un morceau, qu’il va être écouté aussi bien par une personne de 6 ans que par une autre de 66 ans.»

Le deuxième album est souvent un défi. Quand le premier a été un succès, il faut confirmer. C’est une pression supplémentaire ?

C’est une pression si on veut le prendre comme ça. J’ai la volonté de réussir, de me mettre des challenges, d’essayer de relever la barre toujours plus haut, mais cette exigence n’est pas due au fait de sortir un deuxième album. Je l’ai toujours eue et mes équipes aussi. Et c’est ce qui me fait plaisir : personne n’a fait les choses à moitié. Il y avait des paramètres rassurants dans l’écriture de ce deuxième album. Je savais à quel public je m’adressais, alors que le premier était une bouteille jetée à la mer. J’ai vécu ces gens à travers la France en faisant des tournées, des plateaux radio, en échangeant avec eux sur les réseaux sociaux.

Cet album est très éclectique. Il y a des balades acoustiques, de l’électro… Aucun morceau ne ressemble vraiment au précédent…

Il m’est aussi difficile de me définir comme personnage en une seule facette, qu’il est difficile de définir ma musique. A partir du moment où je ressens émotionnellement un fil conducteur entre les chansons, cela me suffit pour dire qu’il y a une cohérence. Les couleurs sont variées, mais c’est à l’image de ce que je représente humainement et c’est aussi à l’image de mon public. Je suis heureux de savoir que quasiment tout le monde pourrait se retrouver dans cet album. Je prends en compte, quand j’écris un morceau, qu’il va être écouté aussi bien par une personne de 6 ans que par une autre de 66 ans. J’aimerais que la première accroche à une ballade guitare voix classique et que la seconde danse sur du tropical électro. Tout est dans la fusion, le rapprochement, la fédération et c’est comme ça que j’imaginais le projet dès le début.

La chanson la plus marquante d’« Addictions », selon moi, est « Anja », une ballade qui se distingue par sa simplicité…

Anja, c’est pour moi aussi la chanson la plus pertinente de l’album. Celle qui a le potentiel de rester le plus longtemps. Elle est intemporelle parce qu’elle est classique - elle ressemble à de vieilles chansons qu’on a pu entendre dans de vieux disques - et parce qu’elle parle d’une fille qui pourrait vivre à n’importe quelle période et être de n’importe quelle origine. Comme le disent les paroles : « Que tu portes une croix, une étoile, un petit point rouge ou un voile, la réalité et la même. » C’est une chanson que Nazim [également coauteur de J’ai cherché, entre autres] m’a offerte, une des plus jolies que j’ai eu l’occasion d’entendre. J’ai du mal à en parler car c’est en l’écoutant qu’on prend les vraies émotions. Elle a été mise exprès à la fin de l’album, comme un épilogue.

« La seule chose qui me limite, c’est le temps, et le fait de ne pouvoir répondre à mille messages de fans par jour, sinon, je ne serais plus chanteur mais community manager. »

Cet album est très attendu par vos fans, qui sont à bloc sur les réseaux sociaux. Est-ce dû au fait que vous êtes vous-même très actif sur Twitter ?

C’est ce que je me demande. J’essaie d’être présent au maximum. Je ne veux pas qu’il y ait un manque de réciprocité. Nous sommes, à mon sens, importants l’un pour l’autre et il faut savoir l’apprécier. La présence de mon public est quelque chose pour laquelle je dois montrer ma reconnaissance. La seule chose qui me limite, c’est le temps, et le fait de ne pouvoir répondre à mille messages par jour, sinon, je ne serais plus chanteur mais community manager.

L’Eurovision vous a aussi permis d’avoir des fans hors des frontières françaises…

Ça s’atténue avec le temps. Les fans de l’Eurovision et les médias liés au concours Ils se focalisent tous les ans sur les nouveaux représentants, c’est normal.

Pourtant, quand au dernier concours, en mai, à Kiev (Ukraine), je disais que j’étais français, le premier réflexe de mes interlocuteurs était de me parler d’Amir…

C’est encore frais ! (rire) Je ne pense pas qu’on m’ait oublié mais le nombre de messages que je reçois en anglais, en italien, en espagnol, est plus réduit, mais c’est normal. Quand je vois que mes titres sont playlistés dans des pays improbables, ça me touche. De temps en temps, il y a des articles sur les sites de l’Eurovision qui font très plaisir car ils ont un regard différent sur mon projet, avec un prisme moins lié à ce qu’il se fait dans l’industrie musicale. Je veux voir ce qu’un Hollandais a pensé de ma chanson, ça m’intéresse, je trouve ça plus neutre, la compréhension du texte n’est pas là. Il y a une perspective intéressante à explorer.

« J’ai toujours eu du mal à comprendre les questions sur l’Eurovision concernant le "risque" ou le côté ringard… »

Vous sentez que l’étiquette Eurovision, parfois lourde à porter, se décolle ?

Pour ma part, il n’y a jamais eu d’étiquette lourde à porter. J’ai toujours eu du mal à comprendre les questions concernant le « risque » ou le côté ringard… Je n’ai pas été élevé dans cette approche de l’Eurovision, donc ça ne m’atteint pas plus que ça. Je suis toujours aussi fier, voir plus, d’année en année, d’avoir vécu cette expérience exceptionnelle. Je vois à quel point son écho a été retentissant pour ma carrière. Jusqu’à présent, cela n’a été que bénéfique pour moi.

France 2 lance un télécrochet pour désigner le prochain candidat de l’Eurovision… Vous seriez légitime pour faire partie du jury. Vous avez été contacté ?

Il n’y a pas eu de contact, mais je connais le projet de près car je suis resté très copain avec Edoardo Grassi [le chef de la délégation française]. Je ne sais pas si je serai invité à Destination Eurovision d’une manière ou d’une autre. Je suis content de voir que la marque Eurovision donne des ambitions aussi grandes à une chaîne nationale. La participation du public est le seul facteur qui jusqu’à présent n’a pas assez été mis en avant. Qu’on laisse l’opportunité aux téléspectateurs de désigner le représentant tricolore sera très avantageux pour le candidat et pour la candidature française, car elle sera plus facilement soutenue.

Et être coach dans « The Voice », ça vous tenterait ?

Je ne pense pas que trois ans après avoir participé à The Voice je sois légitime pour donner une quelconque leçon de coaching. J’ai encore beaucoup d’expériences à vivre pour l’être. Sans ça, cela reviendrait à faire semblant, je ne suis pas prêt.

Votre nom circule aussi fréquemment pour « Danse avec les stars »…

On me l’a proposé à différentes reprises. A chaque fois, ça tombait sur la tournée. Pour le moment, ce n’est pas jouable de donner deux mois de travail sérieux sur un tel programme. Si je le fais, je veux que ça soit sérieux. Attendons l’occasion…

« Ma responsabilité est de savoir ce que je vais apporter aux personnes qui m’écoutent ou que je suis capable d’influencer car je représente quelque chose pour elles. »

Les Enfoirés, en revanche, c’est une certitude, vous serez au prochain concert ?

Oui ! Les Enfoirés, cela ne dure qu’une semaine et ça se cale presque un an à l’avance, donc il n’est pas difficile de s’organiser. Une fois que je l’ai fait, j’ai compris que cette parenthèse de bonnes actions est importante et tant qu’on me le proposera, je répondrai présent.

Vous chantez la paix, vous apparaissez toujours avec le sourire, de bonne humeur. Amir est-il capable d’être cynique, méchant, en colère ?

Oui, évidemment que je peux l’être, mais je considère qu’il y a des moments où il faut être conscient de la responsabilité qu’on a sur les épaules. J’ai été amené à être artiste dans une époque où rien n’est facile. Ma responsabilité aujourd’hui est en rapport avec les messages que je délivre, elle est de savoir ce que je vais apporter aux personnes qui m’écoutent ou que je suis capable d’influencer car je représente quelque chose pour elles. Sans changer qui je suis, je me focalise sur la légèreté, le ton positif et tout ce qui, à mon sens, nous manque au quotidien. J’essaye de transmettre au maximum des sourires, de la simplicité et de l’optimisme. Pour moi, ça fait partie de mon rôle d’artiste. J’espère qu’on sera, d’ici peu de temps, dans une atmosphère beaucoup plus légère dans laquelle les artistes n’auront pas à faire des efforts pour aller dans le positif et peut-être qu’il y aura un petit peu plus de cynisme, d’humour, de dérision.