«La Science du cœur»: Cinq raisons de tomber en amour pour Pierre Lapointe

MUSIQUE Star au Québec, le chanteur sort son nouvel opus ce vendredi. C’est l’un des meilleurs albums de l’année, mais si cette raison ne vous suffit pas on vous en donne d’autres pour vous intéresser à cet artiste…

Fabien Randanne

— 

Pierre Lapointe, lors d'un concert à L'Olympia, à Paris, en 2014.
Pierre Lapointe, lors d'un concert à L'Olympia, à Paris, en 2014. — SADAKA EDMOND/SIPA
  • Pierre Lapointe sort ce vendredi 6 octobre son nouvel album studio, « La Science du cœur » (Sony Music).
  • Cet artiste, star au Canada francophone, entend « s’inscrire dans la tradition de la grande chanson française ».
  • Pierre Lapointe, passionné d’art contemporain, accorde autant d’importance aux textes qu’au visuel de ses clips.

« Pierre Lapointe, le chanteur star au Québec, fait une percée remarquée en France », écrivait 20 Minutes en 2007. « Idole au Québec, Pierre Lapointe pourrait enfin séduire la France avec son album live, Seul au piano », suggérait-on en 2011. Pourtant, en 2017, si le chanteur cartonne toujours autant dans son pays d’origine, il demeure méconnu dans l’Hexagone, alors qu’il mériterait d’être tout aussi massivement adulé chez nous. La donne changera peut-être avec La Science du cœur, son nouvel album qui sort ce vendredi (Sony Music). S’il vous fallait cinq raisons de « tomber en amour pour » ce chanteur qui porte beau ses 36 ans, les voici.

  • Il signe l’un des meilleurs albums de l’année

« Cet album est un aboutissement pour moi, j’essaie de m’inscrire dans la tradition de la grande chanson française, des harmonies fabuleuses à la Aznavour, tout en étant très contemporain », glisse Pierre Lapointe. La chimie de sa Science du cœur fonctionne à merveille. Lancé par la chanson éponyme et Sais-tu vraiment qui tu es, cet album déploie ses vagues à l’âme. Un ressac mélancolique dont Pierre Lapointe a le secret et on en redemande d’être éclaboussé par tant de poésie. Qu’il s’agisse d’une ode au Prince Charmant, d’Une lettre à un amour enfui ou d’Un cœur « qui saigne », les paroles chantent la valse des sentiments. Les textes mêlent des mots rares ou triviaux à ceux du quotidien. La prose vise juste, en plein dans le palpitant.

  • Il prouve que le français est une langue musicale

On a passé les paroles des 11 chansons au tamis : un seul mot anglais, « jetlag » en est ressorti. Ce n’est pas un hasard si les occurrences anglophones sont quasiment absentes de La Science du cœur. « C’est une prise de position, une façon de dire que la langue française a sa raison d’être », affirme Pierre Lapointe. Le Canadien se félicite qu’émerge « avec La Femme, Fishbach, Grand Blanc, etc., une nouvelle scène en France très créative » dans la langue de Molière. Mais il déplore cette tendance à « se laisser happer par la culture anglophone. Les Scandinaves, par exemple, font du folk en anglais alors que j’aimerais les entendre dans leur langue, je n’ai pas nécessairement besoin de comprendre ce qu’ils disent. »

  • Il chante l’amour au masculin et c’est universel

Dans le clip de Sais-tu vraiment qui tu es, il embrasse un homme sur la bouche et évoque les « marins de Fassbinder ». Plus loin dans l’album, il compare son « Prince Charmant » a un modèle de David Hockney tandis que « les Homos hurlent à la une » dans Alphabet. Autant de références plus ou moins explicites à l’homosexualité. « Ecrire une chanson d’amour au masculin, c’est une manière de m’engager », répond Pierre Lapointe quand on lui demande s’il lui semble important de faire entendre sa voix pour les droits des personnes LGBT. « Je me sens une responsabilité, ne serait-ce que parce que c’est ma famille. Je ne veux pas porter un drapeau et parler de ça tout le temps, complète-t-il. Je sais qu’en France, c’est compliqué, mais au Québec, ce n’est pas une question. Dans ma vie, je ne veux pas nommer les choses, mais les vivre. » Au final, peu importe à qui il s’adresse dans les paroles de chansons, chacun et chacune pourra s’y retrouver, quelle que soit la direction où leur cœur les porte.

  • Il a un univers affirmé

A quelqu’un qui ne connaît rien de son travail, Pierre Lapointe suggérerait d’écouter Nos joies répétitives [figurant sur l'album Punkt, sorti en 2013] et de regarder le clip car « cela illustre bien la rencontre entre ma rigueur dans les textes et le visuel ».

Pour la pochette de La Science du cœur, il a réfléchi avec l’illustrateur Pascal Blanchet à « un univers esthétique difficile à dater ». On y retrouve des couleurs vives très eighties et des éléments surréalistes rappelant Dali ou de Chirico - « c’est un grand classique, ça me plaît bien d’être associé à ce mouvement », glisse le chanteur, passionné d’art. Dans les deux premiers clips, on retrouve ce même environnement épuré et théâtral. « Je n’ai jamais été aussi direct et réaliste dans mes textes, mais j’ai voulu un décor fantastique comme celui-ci pour que les gens sentent une confusion entre le vrai et le fantasmé. »

  • Il réussit à faire le grand écart entre le pointu et le populaire

« Au Québec, je peux être le porte-parole des festivités d’ouverture du Pavillon Pierre Lassonde du Musée des beaux-arts – quelque chose d’assez pointu – et en même temps être juré de La Voix [la version québécoise de The Voice] », se réjouit Pierre Lapointe. Et c’est en partie comme cela qu’il explique les raisons de son succès au Canada plutôt qu’en France « où tout est plus catégorisé ». « Au Québec, les gens me voient tout le temps. Quand ils viennent à mes concerts, c’est pour savoir où j’en suis rendu dans ma tête », poursuit-il. Effectivement, ses spectacles peuvent parfois être conceptuels ou déjouer les attentes du public – il ne se sent pas obliger de chanter ses plus grands succès. « En France, on me voit sporadiquement, mais j’ai une audience grandissante, initiée à mon travail. » Pourvu qu’elle grandisse encore bien davantage.