J'aime pas le classique, sauf... dans un environnement exceptionnel

PANORAMA Dimanche, grâce au festival Pablo Casals, on pouvait assister au lever du soleil en haut du Canigou en musique et à un concert dans une grotte classée au patrimoine mondial de l'Unesco...

Claire Barrois

— 

Les musiciens du festival Pablo Casals jouent pour le lever du soleil en haut du Canigou pendant que les spectateurs admirent la vue.
Les musiciens du festival Pablo Casals jouent pour le lever du soleil en haut du Canigou pendant que les spectateurs admirent la vue. — C.Barrois / 20 Minutes
  • Vous n’aimez pas la musique classique ? Ou alors vous aimez plutôt ça mais vous vous abstenez parce que vous « n’y connaissez rien » ?
  • Pas de panique. Cet été, 20 Minutes vous emmène sur la route des festivals qui ont mille et une idées malines pour faire enfin apprécier le classique.
  • Aujourd’hui, on prend de la hauteur avec le festival Pablo Casals qui allie musique et rando.

Ils se sont levés tôt ou ont fait plusieurs heures de randonnée ou de 4x4 pour être à l’heure. A 6h, dimanche matin, près de 200 personnes étaient réunies pour écouter les musiciens du festival Pablo Casals au lever du soleil en haut du Canigou (2150 m). C’était le coup d’envoi de la « journée Canigou de haut en bas » qui s’est terminée par un concert dans les  grottes des grandes Canalettes, classées au patrimoine mondial de l’Unesco. L’occasion d’en prendre plein les yeux et les oreilles.​

>>Tout savoir sur notre série d'été : J'aime pas le classique, sauf... cet été dans les festivals

De bonne heure et de bonne humeur

« Pour organiser un concert en plein air, en altitude et à 6h du matin, il faut avoir de bons amis », plaisante Michel Lethiec, le directeur du festival. Il faut dire que le clarinettiste est parti à 3h30 pour arriver à temps au refuge des Cortalets, et que les autres musiciens y ont passé la nuit. A peine croyable quand on connaît l’inquiétude que certains musiciens peuvent avoir pour leurs instruments. Imaginez les violons dehors, dans l’humidité, et sensibles à l’altitude… Pourtant, à 5h30, les musiciens discutent gaiement autour de leurs tartines. une fois le petit-déjeuner avalé, ils sortent, munis de pinces à linge, l’outil indispensable pour pouvoir lire leurs partitions malgré le vent.

En raison d’un vol d’instruments, le programme musical a été bouleversé : Le choral à Saint Antoine (de Padoue, celui qu’on invoque justement pour retrouver les objets perdus…) remplace la symphonie Le Matin de Haydn. Michel Lethiec, jamais avare de bons mots, assure que c’est grâce à la répétition de la veille qu’on a retrouvé deux violons, dans une poubelle… Il reste encore un alto et un violoncelle disparus, il espère que rejouer cette invocation au Saint permettra de les retrouver.

Couleurs changeantes et yeux ensommeillés

Côté public, les plus prévoyants se sont préparés avant le concert afin de partir directement en randonnée une fois le soleil levé. Certains installent des chaises dehors pour profiter d’un minimum de confort, d’autres se mettent face à l’horizon, dos aux musiciens pour profiter au maximum de la vue. Il fait encore nuit, et autour du Canigou, les nuages forment une mer calme et douce. Le voyage peut commencer.

Face à la vue incroyable qu’offre le refuge des Cortalets au lever du soleil, peu importe le changement de programme, le public est comblé. Les couleurs modifient le tableau à chaque instant et la musique l’empreint tantôt de joie, tantôt de nostalgie. Les derniers randonneurs qui n’avaient pas eu vent du concert descendent en cours de route, encore engourdis de sommeil, et terminent leur nuit dans leur duvet, leurs sens, eux, bien en éveil.

En réalité, la plupart des personnes qui occupent le refuge et peuplent les tentes aux alentours sont venues exprès pour le concert. C’est le cas de Paulette, 75 ans, montée la veille à pieds avec ses copines et de Maïté et Bram (33 et 29 ans), qui ont planifié leur randonnée au Pic du Canigou ce jour-là pour assister à ce concert exceptionnel.

Stalagmites et stalactites au programme du soir

Les spectateurs les plus assidus se sont hâtés de descendre pour assister au concert suivant, à midi, au Casino de Vernet les bains. Ici, la symphonie Le Midi a pu être jouée, car les instruments étaient au complet. Mais l’autre concert très attendu était celui où on pourrait écouter Le Soir (toujours de Haydn), à 21h, aux grottes des Grandes Canalettes, peuplées de stalagmites et stalactites en tous genres. Ici, l’émerveillement est complet : après vingt minutes de marche au milieu de roches de toutes les couleurs, on arrive dans la grande salle, celle du concert. Après avoir pris place, personne ne peut s’empêcher de jeter des coups d’œil un peu partout.

Ici aussi, le lieu est un personnage à part entière du concert. Ici aussi, on peut laisser aller son regard en oubliant presque la musique parce qu’elle se fond dans le décor. On y est d’ailleurs directement invité lorsque le flûtiste Patrick Gallois part derrière les gradins pour interpréter l’Incantation pour flûte seule de Jolivet.

Devant de tels spectacles, impossible de rester insensibles. Parmi tous les événements sélectionnés par 20 Minutes qui luttent avec intelligence contre les « J’aime pas le classique », le festival Pablo Casals est assurément le plus audacieux.

>> A lire aussi : J'aime pas le classique, sauf... gratuit, sur la plage, et avec des surprises

>> A lire aussi : J'aime pas le classique, sauf... quand je mange