Kaaris: «Sarkozy, c'est le plus caillera des politiciens»

INTERVIEW «20 Minutes» a rencontré le rappeur de Sevran, qui sort son troisième album vendredi...

Propos recueillis par Olivier Philippe-Viela

— 

Kaaris sort un troisième album éponyme :
Kaaris sort un troisième album éponyme : — DefJam/Universal

Okou Gnakouri, voilà le titre du nouvel album du rappeur Kaaris, qui paraît ce vendredi. Son troisième en trois ans après Or Noir et Le bruit de mon âme. Okou Gnakouri est aussi le nom à la ville du Franco-Ivoirien, que 20 Minutes a rencontré pour parler de la genèse du disque, de politique et de clash.

Pourquoi ce titre ?

Je crois que c’est l’album qui me ressemble le plus. Et puis mes initiales sont vraiment pas mal [OG, pour « original gangster »], c’est l’une des seules choses de bien que j’ai (rires). Il y a un peu de tout dans ce disque, avant mes albums étaient plus linéaires, c’était dur, dur, dur. J’avais envie de faire autre chose. Les sonorités ont évolué : Therapy, avec qui j’avais l’habitude de travailler, n’est plus derrière toutes les prods. J’ai choisi d’autres sons, j’ai essayé de faire plus mélodieux, que ce soit dans Boyz N The Hood ou Poussière. Il y a plus de chant, plus d’autotune. Mais l’esprit reste le même. Plus proche d’Or noir que du Bruit de mon âme d’ailleurs.

Quelle est la différence entre Kaaris et Okou Gnakouri ?

Kaaris c’est celui qui travaille, Okou Gnakouri c’est celui qui est à la maison. Mais je crois qu’il n’y a plus trop de différence aujourd’hui. C’est plus comme avant, quand il y avait cette mentalité rap en mode « ouais, on est des durs, on a un regard froid ». Moi je n’ai plus envie de ça, ça ne sert à rien. Le monde du rap a changé à cause de l’appareil photo dans le téléphone. Désormais, les artistes sont plus proches de leur public. Avec les réseaux sociaux, il y a moins de filtres. Les gens se rendent compte qu’on est normaux. Je suis devenu plus parano. Il faut faire attention à tout, dès que je sors dehors, il y a quelqu’un pour me prendre en photo. J’habite à Blanc-Mesnil, à côté de Sevran [sa ville d’origine], et parfois ça crie en bas de chez moi pendant une heure, même quand je ne suis pas là.

Comment viennent les punchlines ?

Par assemblage, par petits bouts. Certains textes, comme celui de Blow, sont écrits d’un trait, mais c’est rare. Je peux rester devant une feuille pendant deux semaines sans que rien ne sorte. C’est plutôt un mélange d’images et de mots qui viennent comme ça. Parfois de mon entourage, parfois d’un film. C’est un tout qui forme mon univers. Bon, mon rap est hardcore, mais ça ne veut pas dire que ma vie est un film gore ! Je me suis fixé sur ce type de rap parce que c’est celui que j’ai toujours écouté : Nas, Mobb Depp, Rakim, ou la vague d’Atlanta et de Chicago aujourd’hui. Je mise beaucoup sur l’écriture. On est en France : à la fin, c’est toujours le texte qui va rester, de la même manière que je me rappelle les paroles d’IAM et de NTM, mais pas des autres gars qui vendaient beaucoup à l’époque.

Il y a beaucoup plus de chant sur ce disque, pour créer un décalage entre les paroles violentes et le son mélodieux ?

Clairement. L’écriture n’est pas la même, mais c’est là où c’est fort. Regarde Travis Scott, Drake ou encore Young Thug. Lui c’est un rappeur, et pourtant il ne fait que chanter. Tout se mélange aujourd’hui, on tend vers ça. Les gars de PNL chantent, pourtant ça reste du rap.

Que penses-tu des tags antipolice à la Sorbonne qui reprenaient certaines de tes punchlines ?

>> A lire aussi : Les tags antipolice à la Sorbonne tirés de chansons rap et punk

J’ai des fans qui vont à la fac, la preuve. Je ne pense pas que ces gens-là soient des tueurs de flics. Moi, j’aurais plutôt mis : « Travaillez et devenez de bons politiciens ». Même si je ne suis jamais allé à la Sorbonne, je ne sais même pas où c’est. Mais je regarde beaucoup la politique. Si demain, un politicien veut faire partir tous les noirs de France, il vaut mieux que je sois au courant pour préparer mon petit paquetage (rires).

Alors, qui est le plus gangster en politique ?

Sarkozy ! C’est le plus thug, le plus caillera de tous les politiciens. Il met et enlève qui il veut au pouvoir, il va en Libye s’il veut. Les autres présidents l’auraient fait en douce. Sarkozy, il dit face-à-face tout ce qu’il a à dire. C’est un genre de Donald Trump, en plus intelligent. Il est fort, c’est un thug de ouf.

Et en termes de clash, où ça en est ?

Ça continue, malgré moi. Comme Booba ne veut plus que je rappe et que je fasse de la musique, il m’attaque. Et je lui réponds. Et c’est marrant. On s’amuse bien, il essaie de faire une bonne blague, et moi j’essaie de faire une meilleure blague. On s’envoie des clashs comme ça, par Instagram.

Quels sont les projets pour la suite ?

Je suis arrivé tard dans le rap, je n’ai pas de plan. Je fais tant que je peux et tant que j’ai envie. La musique va très vite aujourd’hui, il faut toujours enchaîner. Je suis déjà entré en studio pour le disque suivant, deux morceaux sont enregistrés. Au cinéma, j’ai eu un coup de chance, on m’a appelé pour tourner dans deux-trois films. Il y en aura un en février, Overdrive, que j’ai tourné à Marseille avec Scott Eastwood. Après… je crois au destin, en Dieu, et je me dis que peut-être que ça viendra, mais je n’en sais rien. Je ne me fais pas d’illusion, je suis noir. Un agent me l’a dit, en France c’est moins facile. J’aimerais bien faire autre chose que le rôle du mec qui est toujours en bas dans le hall. Peut-être que ça viendra avec le temps.