Le festival Pitchfork vaut-il son prix?

FESTIVAL L’événement se tient du jeudi 27 au samedi 29 octobre à la Grande halle de la Villette à Paris…

Constance Daulon
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Le public du festival lors de l'édition 2015 sous la Grande halle.
Le public du festival lors de l'édition 2015 sous la Grande halle. — Vincent Arbelet

« Tu vas au Pitchfork cette année ? La prog’ est vraiment folle. » « Non, c’est un peu cher quand même. » Voilà ce qu’on peut entendre depuis le lancement du festival à Paris il y a six ans. Coproduit par l’agence Super ! et par le site américain, ce week-end dédié à la musique indépendante mérite-t-il une telle sentence ? Le prix d’une soirée est de 54€ et le pass trois jours coûte 110 €. Si l’on compare à d’autres festivals plus généralistes, la différence est notable : 49€ la soirée à Rock en Seine, 44€ aux Vieilles Charrues et 40€ aux Nuits Sonores, dédiées aux musiques électroniques.

Pour Julien Catala, directeur de l’agence Super !, cet écart s’explique d’abord par le business plan choisi. « Contrairement à d’autres festivals, nous ne touchons pas de subventions publiques. Et nous sommes une société qui ne fait travailler que des salariés, il n’y pas de bénévoles au Pitchfork. » Sans oublier que la Grande halle de la Villette est un monument classé patrimoine historique ce qui ne revient pas au même prix que d’organiser un événement en extérieur par exemple.

Une programmation unique

Mais la raison principale ne se trouve pas là. Le Pitchfork est souvent plébiscité pour sa programmation. La raison ? Les exclusivités. C’est le cas cette année de M.I.A qui n’a que deux dates en Europe : Paris et Manchester. « Notre but est d’avoir une programmation différente de celle des tournées d’été, il faut être plus inventif », souligne le boss de l’agence de production.

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Pitchfork et Super ! s’efforcent alors de faire venir spécialement des artistes. On peut même dire qu’ils sont parfois les initiateurs de leur tournée. « On doit alors rentabiliser cette démarche », conclut simplement Julien Catala. Et ce n’est pas le coproducteur, le magazine américain, qui va dire le contraire. « Ils sont assez exigeants côté programmation, nous ne sommes pas un festival généraliste qui peut faire de grands écarts. On essaie de concevoir le meilleur line-up. »

Le public et les coûts changent

Le Pitchfork mise aussi sur un accueil de qualité : celle du son mais également de la scénographie et de la nourriture proposée. « Nos festivaliers ont entre 25 et 35 ans, CSP+ et sont passionnés de musique. Jusqu’à présent, le public était composé de 50% d’étrangers, notamment d’Anglais et d’Américains, et de 50% de Français. » Mais selon les premiers chiffres, c’est beaucoup moins le cas cette année.

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« Il y aura 75% d’étrangers en moins. On peut l’expliquer par la baisse du tourisme à Paris depuis les attentats mais aussi par le cours de la livre anglaise et du Brexit », remarque le directeur. Un premier constat déplorable alors que le Pitchfork voyait son nombre de festivaliers augmenter depuis son arrivée en France. D’autant que Julien Catala n’est pas le seul à dresser ce bilan provisoire, de nombreux festivals ont senti passer les effets des attentats cet été : baisse du nombre de visiteurs et coût élevé des dispositifs de sécurité. Des nouvelles variantes à prendre désormais aussi en compte.