On a écouté la radio avec la chanteuse Cléa Vincent

RADIO GAGA Longtemps négligée par ce média, la chanteuse française a enfin quelques titres en playlist, notamment sur France Inter...

Benjamin Chapon

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Cléa Vincent
Cléa Vincent — Elodie Daguin

Dans un monde idéal, il serait inutile de présenter Cléa Vincent. Ses chansons passeraient en boucle dans tous les supermarchés et dans tous les autoradios de France (du monde ?). Or, pour découvrir la pop magique de Cléa Vincent, il ne faut pas trop compter sur les radios françaises. France Inter et Nova diffusent deux de ses titres, RTL 2 aussi, un peu, tard le soir. « Je passe pas mal dans les radios Campus et sur Radio Piaaf, une web radio super cool » note la chanteuse. Surtout, Cléa Vincent a été invitée à de nombreuses reprises pour jouer en live lors d’émissions sur France Culture et voit différents de ses morceaux diffusés sur FIP : « Ils sont hyperfidèles aux artistes qu’ils soutiennent ». Une fidélité qui permet de découvrir le premier album de la chanteuse au-delà des tubes Retiens mon désir et J’m’y attendais pas.

Problème : toutes ces radios qui diffusent Cléa Vincent ont en commun de ne pas être des radios musicales. On a donc surfé avec elle sur la bande FM (en vrai sur les applis des radios) pour écouter un peu les musiques qui piquent la place de Cléa Vincent.

Skyrock

«J’écoutais ça le soir quand j’étais ado dans le 92… C’était un peu sulfureux, ça parlait de trucs de jeunes », rigole Cléa Vincent alors que passe le dernier morceau du rappeur Sadek dont on peine à deviner la voix derrière des multicouches d’autotune. « L’autotune, au départ, c’était pour cacher les problèmes de justesse mais maintenant, c’est plutôt un outil pour mettre de la distance et se donner une voix robotique pour ne pas faire trop chochotte, analyse Cléa Vincent. J’ai l’impression que les rappeurs ont du mal à assumer leur voix alors que maintenant ils chantent tout le temps. C’est important d’être à l’aise avec sa voix, de savoir ce qu’on peut dire avec elle, les émotions qu’elle suscite. »

« Ça me ferait bader de faire un duo avec Jul. J’aime vraiment bien ce qu’il fait. »

A Skyrock, Cléa Vincent préfère Générations, qu’elle écoute dans les taxis. « J’ai découvert Dosseh comme ça, c’est pas mal. » A tel point que la chanteuse pop pourrait envisager un duo avec un rappeur : « Mais j’ai un peu peur que ça ne semble trop commercial. Ça me ferait bader de faire un duo avec Jul par exemple. J’aime vraiment bien ce qu’il fait. Il a rencontré Jacques mais je ne sais pas s’ils vont faire des trucs ensemble. »

Sans transition, on transmute sur…

RFM

La radio passe du Christophe Maé. « J’étais amoureuse de lui à un moment. Même s’il a zéro hype, j’ai du respect pour lui, il sort quand même des gros hits… » La suite de la programmation de RFM séduit moins notre chanteuse. « A mon avis, ce genre de radio, ce n’est pas pour moi, c’est l’équivalent de M6 Music. En même temps, j’ai des clips diffusés la nuit sur M6. C’est une bonne source de revenus pour nous. »

On passe au voisin…

RTL 2

Marc Lavoine, Arthur H et Cœur de Pirate chantent en trio. « Mmmm, là on entend bien la différence entre la variété et la pop. La variété, c’est des violons, du pathos, des effets de séduction dans la voix, tout ça. La pop, c’est plus straight, sans fioriture. Moi, je fais de la pop française. »


Pendant que l’on devise sur les grandes heures passées ou à venir de la pop francophone, RTL2 enchaîne avec Coldplay, puis Oasis. « Mais qui écoute encore ça aujourd’hui ? Je vais peut-être sembler sectaire mais je pense qu’on ne devrait plus écouter une chanson qu’on a déjà écoutée 300 fois. A quoi ça sert ? Moi j’attends d’une chanson qu’elle me surprenne, me brusque un peu. Je regarde toujours vers l’avenir, vers la musique de demain. »

L’avenir, pour nous, c’est…

Virgin Radio

Mais on tombe sur une pub braillarde : « C’est le gros défaut de la radio, il faut tout le temps zapper, c’est la galère. Ça m’irrite énormément. »

On zappe donc sur…

Fun radio

On écoute la fin d’un tube de Rihanna enchaîné avec un tube de Beyoncé… « Ces artistes-là sont le résultat du fonctionnement capitalistique de la musique. L’élite des compositeurs travaille pour l’élite des interprètes. Alors, forcément, ça cartonne. Drake, c’est imparable. Justin Bieber aussi. J’aime énormément son disque. J’aime bien aussi Kendrick Lamar, et Sia, parce que ça reste un peu dirty. »

« Ce genre de musique, je l’écoute au casque, concentrée pour analyser les kicks et apprendre un peu leur méthode. Pour mon prochain album, j’aimerais avoir un son street et minimaliste. »

On quitte Fun Radio avec un titre Sia pour aller sur…

NRJ

… qui diffuse la même chanson de Sia… « La radio, c’est le monde des majors, c’est comme ça… Ma musique, c’est plus une musique d’épicerie que d’hypermarchés. On est des artisans, on vend nos fromages de chèvre. Tu ne peux pas me comparer à Sia. Les mecs qui sont derrière elle, ce sont des banquiers. On ne fait pas le même métier. Mais je crois qu’il y a un avenir pour nous parce que notre marché intéresse de plus en plus de gens lassés des grosses productions mondialisées. Notre force, c’est qu’on ne prend pas beaucoup de place. »

Alors que Cléa Vincent décrit ses modèles de carrière idéaux (quelque chose entre le destin de Philippe Katerine et la montée en puissance de La Femme lui irait très bien), on passe discrètement sur…

Nostalgie

« Y a quand même de super-morceaux… Tu peux tomber sur du Véronique Sanson ou du France Gall. J’adore Michel Berger… Moi, j’ai fait mon éducation musicale avec Nostalgie parce que mes parents écoutaient surtout du jazz à la maison. J’ai eu ma période romantique fleurs bleues pendant laquelle je me suis construit en tant qu’ado avec des chansons d’amour ringardes. »

Alors que résonne une nouvelle pub, on zappe sur…

Chérie FM

La radio diffuse Tout le bonheur du monde, repris par Kids United. « Lamentable… », tranche Cléa Vincent. S’ensuit une longue analyse particulièrement dure, mais juste, sur la tendance aux reprises prétendument « en hommage » à des artistes morts ou vivants. « Ils en viennent à nous dégoûter de ces artistes. Le comble de l’horreur, c’est Patrick Bruel qui reprend Barbara. »

Cléa Vincent remarque tout de même que Chérie FM diffuse aussi Christine & the Queens. Tout espoir n’est donc pas perdu pour elle. « Je suis sereine. J’adorerais passer à la radio parce que j’adorerais être une artiste populaire. Mais je ne fais pas de la musique pour ça, comme je ne fais pas de la musique pour gagner plein d’argent. Ce que je veux, c’est construire quelque chose de solide, à mon rythme. »