Babos, fumeurs de pétards... Qui écoute Tryo aujourd'hui?

MUSIQUE Le groupe sort un nouvel album ce vendredi, intitulé « Vent Debout »…

Clio Weickert

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Ce vendredi, Tryo présente «Vent Debout», le 6e album du groupe
Ce vendredi, Tryo présente «Vent Debout», le 6e album du groupe — ©YannOrhan

« Quand je dis que j’écoute Tryo, tout le monde se fout de ma gueule. » Aujourd’hui, comme le constate Sophie, une Parisienne de 31 ans, chantonner les mélodies de Guizmo et ses compères (et préserver sa dignité), n’est pas chose aisée au quotidien. A commencer par le cadre de l’environnement professionnel. Entendu à la rédac’: « ces sonorités lancinantes avec des paroles de babos dessus, c’est au-dessus de mes forces », « musique de punks à chien », « militants du NPA », « Hahaha » etc. Sans compter les vannes incessantes et inépuisables (par mails, au détour d’un couloir, et sur les réseaux sociaux) d’un certain collègue aux goûts vestimentaires douteux que nous ne nommerons pas ici, viscéralement hermétique au répertoire des auteurs de La main verte.

Bref, à l’occasion de la sortie ce vendredi deVent Debout, le nouvel album du groupe, la question se pose : qui écoute Tryo aujourd’hui ? Doit-on nécessairement avoir un penchant pour la marie-jeanne et sympathiser avec Olivier Besancenot ? Et accessoirement, est-ce si grave en 2 016 d’oser dire « oui j’avoue je ne suis pas contre un petit Hymne de nos campagnes en fin de soirée ? »

Tous des écolos hippies ?

« Assieds-toi près d’un vieux chêne, et compare-le à la race humaine/L’oxygène et l’ombre qu’il t’amène, mérite-t-il les coups de hache qui le saignent ? ». Depuis 1997 et le succès de leur premier album Mamagubida, l’engagement pour l’écologie de Tryo n’est pas vraiment un mystère.

Mais si la sauvegarde de la planète est toujours l’un des combats de Tryo, et qu’il est fort probable qu’un certain nombre de leurs fans partage cette opinion, tous ne votent pas EELV et ne se battent pas pour les arbres. « Nous avons la chance incroyable d’avoir toutes les générations qui viennent nous voir, explique Guizmo, des jeunes, des soixanthuitards, des gens de droite… Après l’idée c’est peut-être justement de réunir des gens différents, d’origines, de tailles, de poids et de valeurs politiques, et de cogiter dans la joie et la bonne humeur ».

Sensibiliser en s’amusant, le credo de Guizmo, Manu, Mali et Danielito, est un parti pris qui plaît. « J’aime leur musique parce que leurs textes parlent de choses dans lesquels on peut tous se reconnaître », estime Maxence, un ouvrier de 28 ans. « Je trouve que leurs paroles sont juste vraies, ajoute Hélène, une assistante d’éducation de 28 ans, c’est le quotidien de beaucoup de monde ». Une certaine appétence pour les problèmes sociétaux et écologiques donc, mais pas forcément un amour féroce pour Eva Joly.

Tous des gauchos ?

« Tout c’qu’on a pas/Si on l’a pas ça va pas/De l’inutile du vide/Du futile on est avide », entonne Tryo dans Obsolète, issu de son nouvel album. Une fois encore, les penchants politiques du groupe laissent peu de place au doute, et les chances sont plutôt minces pour qu’un fervent défenseur du capitalisme s’y retrouve. Non ? « Je pense qu’il y a des chansons qui touchent tout le monde, on n’est pas en train de dire pour qui voter avec Tryo, précise Guizmo. On ne l’a jamais fait, on n’a jamais supporté un parti politique, on s’est toujours mis à notre place de chansonniers. On est là pour amener de l’optimisme ».

Pas de politique alors ? « La période n’est pas facile, entre les attentats, la montée de l’extrême droite et cette gauche qui n’existe pas… On essaye de faire contrepoids, de rire et d’essayer d’avancer dans tout ça », explique-t-il. « 2017 va arriver, je ne dis pas qu’on fait de la politique, mais de la citoyenneté ».

Tous des fumeurs de pétards ?

« Je veux fumer de l’herbe de qualité/Boucher le trou de la sécu en fumant mon tarpé ». Le message est relativement clair, oui. Mais implique-t-il pour autant que les fans de Tryo fument du cannabis ? Pas tous, non. « Je n’ai jamais fumé et je ne fume toujours pas », jure Sophie, notre Parisienne de 31 ans moquée par ses amis. Et on la croit.

« C’est un peu à l’image du groupe, on ne fume pas tous, chacun vit sa vie un peu comme il le souhaite », réagit Guizmo. « Aujourd’hui on n’en est plus là, poursuit-il, il y a juste ces espèces de stéréotypes qui restent. Mais la musique de Tryo a évolué, son public aussi, on avance et on ne reste pas dans les années 1990 ».

Qui écoute Tryo donc ? Des babos, des écolos, des militants du NPA et des punks à chiens probablement, des fumeurs de pétards sûrement… Mais pas seulement, des jeunes aussi, des vieux, des gens de droite qui sait, quelques non-fumeurs, des assistantes d’éducation, des ouvriers, des journalistes… Et sinon, quid de « Vent Debout », le titre du nouvel album de Tryo ? « Ça veut dire d’aller face au vent, éclaire Guizmo, et que malgré les vents contraires on peut encore avancer ». A bon entendeur.