Hélène Ségara: «Pour "Amaretti", je me suis réapproprié des chansons d'hommes»

INTERVIEW A quelques jours de la sortie de son nouvel album, Hélène Ségara évoque pour « 20 Minutes » son rapport aux classiques de la variété italienne…

Propos recueillis par Fabien Randanne
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La chanteuse Hélène Ségara.
La chanteuse Hélène Ségara. — Sony

Marcel Proust avait ses madeleines, Hélène Ségara a ses amaretti. Ces biscuits italiens donnent son titre au nouvel album (1) de la chanteuse, composé uniquement de reprises de chansons transalpines. De O sole mio à L’Envol, une adaptation du Il Volo de Zucchero, tous les morceaux lui remémorent des souvenirs et des émotions que l’artiste souhaite désormais partager avec son public. En attendant la sortie de cet opus, le 30 septembre, 20 Minutes a cherché à en avoir un avant-goût…

En 2008, vous aviez déjà signé un album de reprises, « Mon pays c’est la Terre ». Pourquoi y revenir aujourd’hui ?

Et pourquoi pas ? (rires) Je suis avant tout une interprète. Mon pays c’est la Terre, c’était une demande de Universal. J’ai adoré. Cela m’emballait car je chante en dix langues et j’ai pu le démontrer, et puis ça m’a fait voyager en concert. Au sujet d’Amaretti, un journaliste m’a dit récemment : « S’il y a une personne qui a la légitimité de le faire [de reprendre des chansons italiennes] en France, c’est bien vous. » Ça m’a fait très plaisir. C’est vrai que, de par mes origines [son père est italien], ma carrière [Orlando est son ancien producteur, Richard Cocciante a composé Notre Dame de Paris…], beaucoup de choses me ramènent à l’Italie dans ma vie. Et puis, je vais vous faire une confidence, quand je voyage en voiture, j’aime écouter ces chansons italiennes et, depuis que je les ai reprises, mes enfants, qui en avaient marre, me les réclament désormais.

« Amaretti »… Est-ce parce que, comme ces biscuits, les chansons italiennes peuvent être sucrées et amères ?

Ce n’est pas amer. Je voulais faire un clin d’œil parce que, dans mon enfance, j’ai grandi dans une famille plutôt modeste. Mon grand-père, en Italie, m’achetait parfois des petits amaretti emballés dans du papier coloré. J’ai choisi de me replonger dans mes souvenirs, comme des madeleines de Proust. Sur la pochette de l’album, j’écris pourquoi j’ai sélectionné telle ou telle chanson. Cela n’a pas été un choix facile à faire.

Et quand vous hésitiez entre deux chansons, qu’est-ce qui vous décidait à opter pour l’une plutôt que pour l’autre ?

Par exemple, Perché lo fai (« Pourquoi je le fais »), je l’ai toujours adorée. Tout le monde n’a pas compris  . C’est une chanson sur la drogue, sur les addictions en général. C’est terrible de voir les personnes que l’on aime s’autodétruire. Ce morceau me plonge dans une profonde émotion, j’avais envie de le revisiter. La plupart des chansons qui figurent dans cet album sont interprétées à l’origine par des hommes. J’ai dû me les réapproprier, garder leur âme et les réactualiser.

Avez-vous envisagé de réinterpréter « Vivo per lei », que vous chantiez en duo avec Andrea Bocelli ?

Je suis toujours en contact avec Andrea Bocelli. J’ai déjeuné avec lui récemment mais il était trop tard pour qu’il revienne la chanter sur l’album. Cela sera peut-être possible de la chanter en télé. J’ai proposé un duo avec Davide Esposito [sur Amaretti, ils interprètent Tant qu’il est temps, reprise de ], qui est un ami de longue date et qui, comme moi, était un ami de Grégory Lemarchal. Cela nous a rapprochés. Par ailleurs, il y aura, je l’espère des duos surprises en télévision.

Quelle est, selon vous, la plus belle chanson italienne ?

J’ai toutes mes chouchoutes sur l’album. Histoire d’un amour, Perché, Svalutation, Ti amo, très jolie, pour laquelle on a fait une fin un peu spéciale. Et puis O sole mio, c’est la berceuse de ma grand-mère. J’en ai fait une version plus cool, lounge…

Une tournée est-elle prévue ?

Il est trop tôt pour le dire. Je fais des tournées diluées, une à quatre dates par mois, plutôt le week-end, ce qui me permet de protéger mes enfants et de caler des impératifs comme le tournage de .

Vous avez rejoint le jury de l’émission de M6 l’an passé. L’alchimie avec les autres jurés Eric Antoine, Kamel Ouali et Gilbert Rozon a été saluée…

Le public a aimé notre complicité et notre complémentarité. M6 était contente des chiffres [les audiences étaient supérieures à celles enregistrées lors de la saison précédente] mais ce n’était pas gagné d’avance car c’était la onzième saison. La nouveauté du jury a créé un intérêt. On s’est dit que si on devait refaire une nouvelle saison, ce serait soit tous les quatre, soit pas du tout. Là, on a commencé les auditions [pour la nouvelle saison d’Incroyable talent​ qui sera diffusée prochainement] et on se marre beaucoup. Il se passe toujours quelque chose, même durant les temps morts.

Etre juge d’un télécrochet comme « The Voice », cela vous intéresserait ?

Une fois que l’on a signé chez M6, je ne suis pas sûr que TF1 soit très favorable à cela. Je me trouve très bien chez M6. J’aime beaucoup  et particulièrement The Voice Kids. Je suis en empathie avec les candidats et non dans le jugement. Je crois que c’est cela qu’apprécie M6, le fait que je joue le rôle « maternel ».

« Notre Dame de Paris » sera rejoué sur scène cet automne à Paris. Hiba Tawaji, que l’on a d’ailleurs vue dans « The Voice », reprend le rôle d’Esmeralda qui fut le vôtre. Avez-vous un conseil à lui donner ?

J’étais avec  sur un enregistrement télé il y a quelques jours. Je n’ai pas de conseil particulier à donner. C’est un spectacle de garçons, alors le contraste doit venir de la sensibilité…

Le spectacle des Enfoirés 2017 se prépare sans Jean-Jacques Goldman…

J’ai arrêté aussi [sa dernière participation remonte à 2015]. Je n’y serai pas. J’ai participé à seize éditions, c’est beaucoup. , c’est un gros show télé aujourd’hui, avec plus de comique que de musique. Je me suis d’ailleurs beaucoup amusée avec Kad Merad ou Michaël Youn. J’avais envie de cohérence. Je me consacre à beaucoup d’associations, peut-être moins médiatisées. Je suis la marraine de plus de quinze associations. Je lève par exemple des fonds pour l’   car il y a peu de collectes organisées dans ce secteur de la recherche.

(1) Amaretti (Sony), sortie le 30 septembre 2016.