Reprises, nostalgie, bonne cause... Les raisons du phénomène Kids United

MUSIQUE « 20 Minutes » s’est penché sur le succès des stars des cours de récré…

Fabien Randanne

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Le groupe Kids United lors du concert Pop Love à Disneyland Paris, en juillet 2016.
Le groupe Kids United lors du concert Pop Love à Disneyland Paris, en juillet 2016. — SIPA

Le succès est-il un jeu d’enfant ? Les Kids United ont entre 9 et 16 ans, mais ils ont déjà chanté à guichets fermés à l’Olympia et se préparent à une tournée des Zénith. Leur premier album, Un monde meilleur, vient d’être sacré disque de diamant, ce qui signifie qu’il s’est écoulé à plus de 500.000 exemplaires. Leur deuxième opus, Tout le bonheur du monde, sorti il y a un mois, a des chances de connaître le même parcours puisqu’il a pris la tête des meilleures ventes la semaine de son lancement et il se maintient depuis dans le Top 5. L’engouement autour de Gloria, Ezra, Gabriel, Nilusi et Esteban ne semble pas près de s’éteindre. Si bien que 20 Minutes a tenté de percer les secrets de leur succès…

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Une recette qui n’a rien de nouveau

« Ce n’est pas un phénomène exceptionnel, nuance d’emblée le journaliste Bertrand Dicale, auteur de nombreux livres dont La Chanson française pour les nuls (First). Il y a toujours eu des chorales, des groupes d’enfants qui chantent. La recette n’a rien de nouveau. » Il ne faut effectivement pas oublier, entre autres exemples, que les Poppys ont ambiancé les années 1970, ni que les Mini-Star ont eu leur heure de gloire la décennie suivante.

« L’apparition des Kids United intervient après des années de jachère, reprend Bertrand Dicale. Il n’y avait pas eu de projet similaire depuis les albums de Rock Kids, des standards du rock repris par des voix d’enfants. » Les Rock Kids ? Mais si ! Souvenez-vous du We Will Rock You braillé par des bambins et utilisé par une marque d’eau minérale pour faire sa pub… Les moins de vingt ans n’ont sans doute aucune idée de quoi il s’agit et c’est justement pour cela que les Kids United ont l’air d’un concept inédit dans les cours de récré. Alors qu’au fond, Ezra, Esteban et consorts ne sont que des versions contemporaines des Petits chanteurs à la croix de bois.

Un groupe qui a de la reprise

La filiation n’a rien d’exagérée car la chorale qui interprète des chants sacrés a su s’engager dans la voie de la culture pop. « Dans les années 1950, ils chantaient aussi des gospels américains à une époque où ce répertoire est plutôt prisé par les jeunes adultes de l’extrême gauche », avance Bertrand Dicale.

Le tour de chant des Kids United ne comprend pas davantage de titres originaux. Qu’ils remettent au goût du jour un morceau oublié de Demis Roussos, On écrit Sur les murs (plus de 114 millions de vues pour le clip sur YouTube en moins d’un an !), ou s’attaquent aux plus connus Papaoutai de Stromae ou Destin de Céline Dion, le groupe se contente de reprendre des tubes. « Chaque titre repris sur leurs albums a au moins atteint les 500.000 ventes au moment de leur création », note Fabien Lecoeuvre, spécialiste de la chanson française, qui a publié au printemps Les Perles des chanteuses et chanteurs français (éditions Fortuna).

Leurs réorchestrations tombent dans les oreilles d’un public intergénérationnel : les enfants découvrent des chansons qu’ils ne connaissaient pas alors que les adultes voient leur fibre nostalgique titillée. « Les parents et grands-parents achètent des chansons qu’ils ont eux-mêmes connues », reprend Fabien Lecoeuvre, qui estime aussi que certains sont pris par les sentiments : « A partir du moment où quelqu’un devient parent, il s’attache aux voix d’enfants. Elles ont un écho particulier pour eux. »

La cible préados

Les parents sont-ils vraiment prescripteurs dans l’achat de disques des Kids United ? Non, juge Bertrand Dicale : « Ce sont les enfants qui décident. L’industrie musicale s’est retournée massivement sur le marché des préados. Cela fait partie d’une espèce de système, que personne ne dirige mais qui est cohérent et dans lequel on trouve aussi Black M ou Maître Gims, d’une variété française qui a abaissé l’âge de sa cible. »

Fabien Lecoeuvre abonde : « En France, les 5 à 12 ans, sont environ 6 millions, c’est colossal. Certains ont tendance à ignorer ce pan du public pour s’intéresser plutôt aux 15-30 ans ou aux seniors, alors que les plus jeunes émettent les premiers ordres d’achats. Ce sont eux qui ont permis les succès de Douchka ou Dorothée… »

L’effet bonne cause

Et le facteur caritatif, dans tout ça ? Car les Kids United reversent une partie de leurs bénéfices à l’Unicef. Leur premier opus aurait ainsi à lui seul garanti à l’association une enveloppe de 400.000 euros, utilisée pour développer des projets liés à l’éducation des plus jeunes dans les pays défavorisés. « L’Unicef, ça fait plaisir aux parents, car faire du business avec des enfants c’est mal vu », affirme Bertrand Dicale. Et puis, un peu comme avec l’album annuel des Restos du cœur, acheter un CD des Kids United permet de (se) faire plaisir tout en contribuant à faire une bonne action.

Un argument de bonne conscience qui ne suffira peut-être pas à mettre les Kids United à l’abri des critiques. « En France, le succès dérange. S’ils revendent 500.000 ou un million d’exemplaires, certains vont commencer à leur tomber dessus en les traitant de singes savants, déplore Fabien Lecoeuvre. Je connais le producteur, tout est bien réglé, mais on risque de lui faire tous les procès d’intention de la Terre. » Bertrand Dicale est du même avis : « Ce serait dommage de leur faire de faux-procès car, travailler avec des enfants, c’est compliqué, c’est un sacerdoce. » Pour l’heure, officiellement, du côté des Kids United, c’est Tout le bonheur du monde.