Mawimbi replace l’Afrique sur le devant de la scène électronique

Courant Le collectif et label remet au goût du jour les tonalités d’un continent très riche en sonorités…

Constance Daulon

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Les cinq membres de Mawimbi lors d'un live.
Les cinq membres de Mawimbi lors d'un live. — Jacob Khrist

Une première compilation en 2015, le succès de l’EP, Eclipse, du duo Pouvoir Magique cette année, la production des soirées/concerts «  La Ganzoü » au Petit Bain… Depuis deux ans, un nouveau  coup de projecteur éclaire Mawimbi même si le collectif anime la nuit parisienne depuis 2013. Association loi 1901, la bande de copains s’est engagée dans la promotion des « musiques actuelles d’inspiration africaine ». « On a d’abord commencé par produire des événements », se souvient Clément, moitié de Pouvoir Magique, pour mettre en avant ce style afrobeat/disco/techno.

« C’est ça qui nous fait plaisir et qui nous donne envie de danser », commente Clément. Une première raison classique mais primordiale quand on enchaîne les dates en festivals l’été. Pour le manager de la partie label et directeur artistique, Adrien dit SSCK [Shellshock], cet intérêt vient aussi « de la manière dont l’Afrique fascine, les fantasmes qu’elle entraîne, les percussions et la spiritualité qui s’en dégage ».

Un territoire infini…

Pas besoin d’un cours de géographie pour rappeler que c’est un continent étendu, où se produisent de nombreux changements. « Nous sommes de cette génération qui a bien conscience des flux migratoires et de la diaspora africaine puisqu’elle a grandi avec », ajoute Alt, de son vrai nom Alex. Et qu’il y existe, par conséquent, une multitude de paysages musicaux très différents : « Le sample est déjà quelque chose de vaste, on a donc vraiment pas fini de tout découvrir. »

« Nous représentons une infime partie de la production, rien à voir avec Analog Africa qui est l’un des plus gros diggers en la matière. » Nés à la fin des années 1980, les membres de Mawimbi soulignent aussi l’importance d’être de la génération digitale qui leur permet d’avoir accès facilement à la musique. « On a le désir de s’y rendre un jour, pas uniquement pour la musique d’ailleurs. On aimerait trouver des collaborations avec des musiciens locaux. » Pour l’instant, ils s’inspirent de ces sonorités pour les transmettre dans leurs DJ sets et invitent des artistes dans la même veine qu’eux comme les Berlinois d’ Africaine 808.

…qui pose la question de l’appropriation culturelle

Justement, est-ce qu’on leur a déjà fait des remarques sur cette musique locale dans laquelle ils puisent et qu’ils transforment sur des rythmes de techno/disco ? « On a quelques trolls sur les réseaux mais très peu », annonce Clément. Quant aux membres du milieu musical, aucun ne s’en est jamais offusqué. « La France a une histoire forte avec ce continent et il y a moins de communautarisme que dans les pays anglo-saxons. »

Et de compléter : « Nous avons toujours été clairs là-dessus, on n’envisage pas la musique comme ça, c’est-à-dire en se l’appropriant. Jamais il ne nous viendrait à l’idée de ne pas créditer un artiste. » D’ailleurs, si Mawimbi sort du lot ces derniers temps, ils ne sont pas les premiers Français à s’intéresser aux styles africains. « La France a toujours aimé ça, n’est-ce pas Laurent Garnier ? » 

Comment expliquer alors ce nouvel engouement pour cette techno à résonnance africaine ? « Il y a le côté cyclique où chaque mouvement revient, certains redécouvrent aussi ce patrimoine culturel grâce à Internet », affirme Adrien.

#live #Mawimbi #memories @artsonicfestival - 📷 David Antunes

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Equipe, team, crew, collectif, label, producteurs, organisateurs : les cinq têtes de Mawimbi ont donc bien des visages. Dans un futur très proche, ils ont décidé revenir à leurs premières amours : « la production d’événements et d’artistes ». « Nous sommes un collectif et un label. » C’est ce qu’on va constater une fois de plus avec la sortie du premier EP de Loya en novembre et de leur compilation volume 2 en 2017.