Air et Cassius sont de retour: «Allez Papy, raconte-nous encore la French Touch»

MUSIQUE Le festival Ocean Climax à Bordeaux a accueilli Air et Cassius, actuellement en tournée, lors d’un concert qui fleurait bon 1999…

Benjamin Chapon

— 

Air aux Victoires de la musique en 1999
Air aux Victoires de la musique en 1999 — NIVIERE/SIPA

Les groupes Air et Cassius en têtes d’affiche d’un festival, voilà qui, pour les plus de 35 ans, rappelle bien des souvenirs. C’était en 1999 : Air sortait son second album, Moon Safari, et était au top de la branchitude (on disait ça à l’époque). Un peu moins connu, mais à peine, Cassius sortait également son premier album, le bien nommé 1999.

Depuis, Air est devenu un mastodonte de la musique électro française, bien qu’un peu en retrait ces dernières années. Cassius, eux, s’étaient fait oublier depuis dix ans. Leur tout nouvel album, Ibifornia, est un habile condensé des tendances musicales électroniques et sensuelles de la décennie écoulée. « On n’avait pas disparu », assurent Zdar et Boom Bass. L’un et l’autre ont multiplié les projets musicaux en tant que producteurs.

L’époque des K7

N’empêche, leur retour au premier plan avec un nouvel album replonge bien des fans dans le tourbillon créatif des jeunes années 2000, quand la France était au centre de la carte de la musique électronique, et ce sans l’aide de David Guetta.

Samedi soir, au festival Ocean Climax, à Bordeaux, une large partie du public a bien connu l’époque French Touch. Il y a aussi quelques festivaliers moins calés sur le sujet. Tom et ses amis ont 22 ans. « La French Touch ? Sacha pense qu’il s’agit du nom d’un label versaillais. Pas mal, mais faux. Olivia assure qu’il s’agit du nom du premier album de Daft Punk, jamais vraiment sorti et enregistré sur K7 audio. Poétique, mais archifaux. Tom avance que c’est un terme inventé par des journalistes un peu idiots. » Grmlml… Allez, on le lui accorde.

Lâche tes instruments

A leurs jeunes oreilles, les mélodies sensibles de Air ont mal vieilli. Dans la foule compacte des festivaliers, ça papote sévère. « C’est mignon et on reconnaît quelques tubes, explique Samuel. Mais bon, ce n’est pas trop mon truc, surtout en concert. Ils jouent trop avec leurs instruments… »

Ils jouent trop avec leurs instruments ? C’est-à-dire ? Pour ce jeune apprenti musicien et son groupe d’amis, « à part quand on fait du rock, les guitares et le piano, ça ne sert à rien. Pour avoir un son précis et puissant, mieux vaut des machines. » Le conseil est cocasse quand on se souvient qu’à leurs débuts, les artistes de la French Touch étaient méprisamment traités de « DJ » par leurs contempteurs.

Un truc d’anciens combattants

La musique de Cassius, avec ses larges références house, ses beats organiques et funk, parvient mieux à dérider, même la frange la plus jeune du public. Renseignée sur le pedigree du duo, Sarah leur reconnaît « avoir joué un rôle de dynamiteur dans la musique électronique française », eux qui ont su, dès les années 1990 « marier le hip-hop, la house, le rock et tout dans des compositions électro. » Pour autant, le label French Touch la laisse songeuse. « C’est quoi le délire ? Trois groupes français qui font de la musique électro et ça fait une tendance dont on parle encore 20 ans après ? Ok, ils ont eu du succès à l’international mais à part ça, ils n’ont quand même rien en commun. »

On retrouve Tom et ses amis. Ils ont raté le concert de Air, entendu d’une oreille distraite. « C’est suspect que vous soyez encore bloqué sur ce truc de French Touch. Ça fait vraiment ancien combattant. Et ça montre surtout qu’il n’y avait pas grand-chose qui émergeait à l’époque. Aujourd’hui, des DJ français qui innovent et font des tournées mondiales des clubs, y en a des dizaines, et on n’a pas créé un terme pour autant. »